« Bon pied bon oeil » et la voyelle de liaison

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Voici le texte corrigé :


Bonjour à toutes, bonjour à tous et bienvenue dans Le français, c’est facile avec Adrien. Adrien, c’est donc moi ! Aujourd’hui, nous sommes le 13 janvier, et cet épisode sera diffusé demain, le 14 janvier.

Je voulais commencer par vous recommander un film que j’ai revu hier soir. Je l’avais déjà vu quand j’étais adolescent. Ce film s’appelle La vie est un long fleuve tranquille. C’est un film des années 90 — 1988 ou 1990, si je ne me trompe pas — qui raconte la vie de deux familles. La première s’appelle les Lequesnois. C’est une famille de la bourgeoisie française, très chrétienne, très croyante, dans la lignée des familles bourgeoises de l’époque, avec beaucoup d’enfants. La mère porte un serre-tête et une jupe, le père est très propre sur lui, pas un mot de travers. Tiens, d’ailleurs, « ne pas avoir un mot de travers » — voilà une autre expression à étudier, je me la note pour plus tard !

La deuxième famille s’appelle les Groseille. Ce sont des gens pauvres, assez vulgaires, assez mal habillés. Et ce qui se passe, c’est qu’on apprend à un moment que deux des enfants, un de chaque famille, ont été échangés à la maternité : un bébé Lequesnois a été échangé avec un bébé Groseille. Les deux familles s’en rendent compte, et après… je vous laisse découvrir la suite ! Le titre, c’est La vie est un long fleuve tranquille, mais en réalité, la vie n’est pas un long fleuve tranquille. Peut-être qu’on étudiera aussi cette expression un autre jour — je me la note.


Alors, aujourd’hui, l’expression du jour, c’est « bon pied, bon œil ». Mais avant d’aborder l’expression, comme d’habitude, une petite astuce de français.

Aujourd’hui, on va parler des liaisons entre les mots — c’est-à-dire l’enchaînement du son final d’un mot avec le son initial du mot suivant. Par exemple, dans « bon œil », j’entends le N de « bon » se lier à « œil » : on dit « bon-n-œil » et non pas « bon œil » séparé.

Ces enchaînements de sons, on appelle ça des liaisons. Voici comment ça fonctionne. Si un mot se termine par une consonne — je vous rappelle que les consonnes, ce sont toutes les lettres de l’alphabet sauf les voyelles A, E, I, O, U, Y — et que le mot suivant commence par une consonne, il n’y a pas de liaison. Par exemple : « bon pied ». Bon s’écrit B-O-N, donc le N final est une consonne. Pied commence par P, qui est aussi une consonne. Donc on dit « bon pied », sans liaison.

En revanche, dans « bon œil », bon se termine par N (consonne) et œil commence par O (voyelle). Donc on fait la liaison : on dit « bon-n-œil » et non « bon œil ».

Autres exemples. Le verbe avoir à la deuxième personne du pluriel : vous avez. Vous se termine par S (consonne), avez commence par A (voyelle). On fait donc la liaison en prononçant le S comme un Z : « vous-z-avez ». On ne dit pas « vous avez » sans liaison.

Autre exemple : « il est aimé ». Est se termine par T (consonne), aimé commence par A (voyelle). On dit donc « il est-t-aimé » et non « il est aimé ».

La liaison fonctionne de la même façon quand le mot suivant commence par un H muet — c’est-à-dire un H qu’on ne prononce pas. Par exemple : « un homme ». Homme s’écrit H-O-M-M-E. Le H initial ne se prononce pas — c’est un H muet. Donc on fait la liaison avec le N de un et le O de homme : on dit « un-n-homme » et non « un homme ».

Voilà pour cette astuce. On peut maintenant passer à notre expression : « bon pied, bon œil ».


Analysons la nature et le sens des mots.

« Bon » — c’est un adjectif, masculin. Le féminin serait bonne. Bon a plusieurs sens. Le premier, c’est quelque chose de bonne qualité, de bien fait, d’utile : « c’est un bon outil pour travailler ». Notez la liaison : bon outil, on dit « bon-n-outil ». Le deuxième sens, c’est généreux : « une bonne personne » — quelqu’un qui fait le bien autour d’elle. Bonne s’écrit ici B-O-N-N-E, au féminin, car personne est un mot féminin. Le troisième sens concerne le goût : « c’est bon, ce pain », « j’adore la viande, c’est bon » — on utilise bon pour dire qu’on apprécie ce qu’on mange. Dans notre expression, « bon pied » veut donc dire un pied de bonne qualité, robuste, solide.

« Pied » — c’est un nom commun. Petite parenthèse : la différence entre un nom commun et un nom propre. Un nom propre, c’est le nom d’une personne ou d’un lieu — Adrien, Voltaire, Rimbaud, Paris : ce sont des noms propres. Un nom commun, c’est tout le reste : pied, chaise, lampe, table, etc. Donc, pied est un nom commun masculin. Le pied, c’est la partie inférieure du corps, le bas de la jambe, ce qui sert à marcher et à toucher le sol — quand on est pieds nus, bien sûr. Au bout des pieds, on a les cinq orteils.

« Bon œil » — même utilisation que bon pied : quelque chose de bien fait, en bonne santé, qui fonctionne correctement. Et l’œil, c’est ce qui sert à voir, au niveau du visage. On l’avait déjà vu dans l’expression « ne pas avoir les yeux en face des trous », il y a quelques épisodes. Au singulier, on dit un œil ; au pluriel, des yeux — c’est un pluriel irrégulier, à retenir ! Les personnes qui ne voient plus sont appelées des non-voyants ou des aveugles. Non-voyant vient de la racine du verbe voir : non-voyant = qui ne voit pas.

(Je mets mon téléphone en vibreur, c’est fatigant ces interruptions !)

Ce qui est intéressant ici, c’est que « bon pied, bon œil » est une phrase sans verbe. On apprend souvent aux élèves qu’une phrase doit avoir un verbe — sujet, verbe, complément : « je suis français » (je = sujet, suis = verbe, français = attribut). Mais en français, on peut tout à fait créer des phrases sans verbe pour souligner quelque chose ou créer un style particulier.

Victor Hugo, le plus célèbre écrivain français, en donne un bel exemple dans Les Travailleurs de la mer, où il décrit la mer ainsi : « Pas un souffle, pas un flot, pas un bruit. À perte de vue, la mer déserte, aucune voile d’aucun côté. » Pas un seul verbe — et pourtant, on comprend parfaitement. L’absence de verbes souligne le vide, le calme plat, l’infinité de la mer. Voilà une belle digression sur les phrases sans verbes !


Le sens de l’expression « bon pied, bon œil ».

Premier sens : cela désigne quelqu’un qui est en forme pour son âge — une personne âgée qui fait encore du sport, des activités, qui va au cinéma, qui participe à la vie associative, qui est toujours alerte et dynamique. On dira de cette personne qu’elle est « bon pied, bon œil ».

Exemple : vous vous promenez dans un parc à Paris — ou dans n’importe quelle autre ville — et vous voyez une personne âgée qui court. Quand elle passe devant vous, vous pouvez lui dire avec le pouce en l’air et un sourire : « Bravo Monsieur, bon pied, bon œil ! » C’est un compliment, avec une petite touche d’humour. C’est une expression qui n’est pas vulgaire du tout, qu’on peut utiliser avec n’importe qui — amis, inconnus, tout le monde.

Deuxième sens : « être bon pied, bon œil » peut aussi vouloir dire être sur ses gardes, faire attention, être vigilant. Par exemple, deux soldats qui gardent un campement militaire. L’un peut dire à l’autre : « Il faut rester bon pied, bon œil » — c’est-à-dire « il faut rester attentifs, vigilants ». Je ne suis pas sûr que ce soit une expression très courante dans la bouche des militaires aujourd’hui, mais elle reste tout à fait utilisable.


L’origine de l’expression.

Elle vient du XVIIe siècle, c’est-à-dire entre 1601 et 1700. À cette époque, le pied symbolisait la stabilité et la rapidité, et l’œil symbolisait bien sûr la vue. Quand on était âgé — et à cette époque, on mourait plus jeune — et qu’on avait encore de bonnes jambes et une bonne vue, on disait qu’on était « bon pied, bon œil ».

Des synonymes : « être en forme pour son âge », « être alerte » — d’ailleurs, « être alerte » serait une bonne expression à étudier un autre jour. Et pour le deuxième sens : « être sur ses gardes ».


Une citation avant de vous laisser.

J’ai trouvé une citation d’Honoré de Balzac — autre grand auteur français — tirée de La Rabouilleuse : « J’ai bon pied, bon œil, bonne santé. J’espère vivre encore assez pour savoir dans quel chemin vous mettrez les pieds. »

En anglais, on pourrait traduire « bon pied, bon œil » par « to be in good shape » ou « sharp as ever ».


Merci beaucoup de m’avoir écouté jusqu’au bout. J’espère que cet épisode vous a intéressé. Si vous avez des suggestions d’expressions, de fables ou de poésies à étudier, n’hésitez pas à me les envoyer. Merci beaucoup, à bientôt ! Bye bye, hasta luego, matane !


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