« Ça casse pas trois pattes à un canard » et la cédille

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Voici le texte corrigé :


Bonjour à toutes et bonjour à tous, j’espère que vous allez bien et bienvenue dans Le français, c’est facile avec Adrien. Aujourd’hui, on est le lundi 3 février — début du deuxième mois de l’année. Il fait froid dehors, mais on va se remonter le moral en parlant de nourriture, qui est quasiment mon sujet préféré. L’expression du jour, c’est « ça ne casse pas trois pattes à un canard ».

Commençons par le canard — et je m’excuse d’avance auprès des végétariens, mais c’est une spécialité du sud-ouest de la France qu’il faut absolument connaître. Dans le canard, vous avez le confit de canard, le magret de canard, et bien sûr le foie gras. Je ne sais pas si vous avez déjà goûté du foie gras, mais c’est excellent. Le problème, c’est le procédé de fabrication : le gavage des volailles est une pratique difficile à défendre éthiquement. J’ai cependant entendu dire qu’il existait désormais d’autres méthodes pour produire du foie gras — je me pencherai sur la question prochainement. Il existe du foie gras d’oie et du foie gras de canard. En France, on le consomme traditionnellement à Noël et au Nouvel An — on en trouve toute l’année en supermarché, mais la tradition veut qu’on le réserve aux fêtes de fin d’année. Il existe aussi des foies gras aromatisés au porto, à la figue ou au curry — les déclinaisons sont nombreuses et délicieuses.

Et puisqu’on parle de canard et de traditions françaises, je ne peux pas ne pas mentionner La Danse des canards, de Jean-Jacques Lionel. C’est une chanson un peu ridicule, que tout le monde connaît en France — absolument tout le monde — même si personne ne l’écoute au quotidien. Elle ressort invariablement dans les mariages et les fêtes étudiantes bien arrosées. Je vous en fais juste deux secondes : « C’est la danse des canards, qui en sortant de la mare, se secouent le bas des reins et font coin coin. » Voilà, c’est tout, je ne m’en ferai pas davantage la honte. Allez voir ça sur YouTube, c’est hilarant.


Avant de décortiquer l’expression, un point de grammaire sur la cédille — ce petit crochet qu’on voit parfois sous la lettre C, comme dans le premier mot de l’expression : ça.

La lettre C peut se prononcer de deux façons :

Son dur (K) — quand C est suivi des voyelles A, O ou U : CA, CO, CU. Exemples : canard, cour, couronne.

Son doux (S) — quand C est suivi des voyelles E, I ou Y : CE, CI, CY. Exemples : cédille, cigale, ciseau.

Mais que faire si l’on veut le son doux devant A, O ou U ? C’est là qu’intervient la cédille — ce petit crochet sous le C qui lui donne automatiquement le son S, quelle que soit la voyelle qui suit. Exemples : un Français (C + A, mais son S grâce à la cédille), une leçon (C + O, son S), un garçon (C + O, son S).

Dans l’expression du jour, on a trois mots avec la lettre C : ça, casse et canard. Dans ça, il y a une cédille — on prononce donc S. Dans casse et canard, pas de cédille, donc on applique la règle classique : son dur (K). C’est d’ailleurs pour ça que j’ai choisi de travailler la cédille aujourd’hui.


Passons à l’expression : « ça ne casse pas trois pattes à un canard ».

Petite remarque préalable : j’ai volontairement écrit ça casse pas — sans le ne — parce que c’est ainsi qu’on l’entend le plus souvent à l’oral. La forme correcte est ça ne casse pas trois pattes à un canard, avec le ne de la négation. À l’oral, on supprime fréquemment ce ne pour aller plus vite et parler de façon plus naturelle. Mais à l’écrit, le ne est obligatoire — même les Français l’oublient parfois, mais c’est une faute.

Analysons les mots.

« Ça » — pronom démonstratif, équivalent de cela. Il représente une chose, une situation, une idée. C’est un des pronoms les plus utilisés en français familier.

« Ne… pas » — marqueur de la négation, qu’on a vu de nombreuses fois. Il encadre le verbe : ne casse pas.

« Casse » — verbe casser, premier groupe, conjugué à la troisième personne du singulier — ici avec ça comme sujet. Je vous conjugue casser au présent : je casse, tu casses, il casse, nous cassons, vous cassez, ils cassent. Et au passé simple — un temps qu’on utilise pour une action passée et terminée, surtout à l’écrit et dans les récits littéraires : je cassai, tu cassas, il cassa, nous cassâmes, vous cassâtes, ils cassèrent. Les trois premières personnes du singulier sont celles qu’on rencontre le plus souvent. Casser, ça veut dire briser, détruire. Quand on se blesse à un os, on dit se casser la jambe, se casser le bras. Dans l’expression, on parle de casser les pattes du canard — mais rassurez-vous, on ne casse rien du tout.

« Trois » — le chiffre 3.

« Les pattes » — ce sont les membres inférieurs des animaux. Pour les humains, on dit des jambes ; pour les animaux, des pattes. Attention à l’orthographe : patte, P-A-T-T-E (deux T), ce sont les jambes d’un animal. Pâte, P-Â-T-E (un seul T, avec accent circonflexe), c’est la pâte à pain, ou les pâtes alimentaires — spaghettis, fusilli, tortellinis, etc. Deux mots qui se prononcent de façon identique mais qui s’écrivent différemment et n’ont absolument rien à voir.

« À » — ici, préposition qui introduit un complément. Elle répond à la question à qui ? : à un canard. On fera un épisode complet sur la différence entre à (avec accent grave) et a (verbe avoir, sans accent) — c’est une distinction importante à l’écrit.

« Un canard » — l’animal qui fait coin coin. On en a parlé en introduction !


Le sens de l’expression.

Ça ne casse pas trois pattes à un canard signifie que quelque chose n’est pas extraordinaire, pas impressionnant — c’est ordinaire, banal, sans grand intérêt. L’image est absurde — et les Français adorent l’absurde. Un canard n’a pas trois pattes, il en a deux. Trouver un canard à trois pattes serait déjà extraordinaire en soi. Et réussir à lui casser ses trois pattes serait encore plus improbable. Donc si quelque chose ne casse pas trois pattes à un canard, c’est qu’il n’a rien d’exceptionnel — c’est la banalité même.

Exemple 1 : vous allez dans un restaurant étoilé, réputé pour son excellence. Vous vous attendez à quelque chose d’exceptionnel. Le plat arrive — il est moyen. Vous dites à votre compagnon de table : « Franchement, ça ne casse pas trois pattes à un canard. »

Exemple 2 : vous visitez Paris et des amis parisiens vous emmènent voir la tour Montparnasse — la plus haute tour de la capitale. En arrivant, vous êtes déçu : la tour est assez laide, sans grand charme architectural. Vous dites : « Ça ne casse pas trois pattes à un canard. » Cela dit, il y a une chose que j’apprécie sur cette tour : en hiver, la mairie de Paris installe une patinoire tout en haut, d’où l’on peut faire du patin à glace avec une vue panoramique sur tout Paris. Ça, par contre, c’est magnifique.


L’origine de l’expression.

Je n’ai pas trouvé d’origine certaine en préparant cet épisode. Une hypothèse évoque les chevaux cagneux — c’est-à-dire aux pattes mal formées, déviées vers l’intérieur. Le mot cagneux aurait évolué en cagnard, puis en canard. Mais cette piste est incertaine, donc je n’irai pas plus loin.

Synonymes : ce n’est pas terrible, ça ne casse pas des briques — même idée, quelque chose de décevant ou de peu remarquable.

En anglais : « there’s nothing special about it » ou « it’s nothing to write home about ».


J’espère que ce podcast vous a plu. N’hésitez pas à laisser un commentaire sur YouTube ou une note sur Apple Podcasts — c’est toujours très encourageant. Et je vous rappelle que je publie également un conte de Grimm par semaine, tous les jeudis à 18h00 heure française — une lecture en français pour travailler votre compréhension orale. C’est une excellente façon de s’habituer au rythme et aux sons du français. Merci beaucoup de m’avoir écouté, à bientôt, bye bye, hasta luego, matane !


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