« C’est pas la mer à boire » et « la mer » de Charles Trenet

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Bonjour à toutes et bonjour à tous, j’espère que vous allez bien et que vous avez passé un bon lundi puis un bon mardi. Bienvenue dans Le français, c’est facile avec Adrien. On est le mercredi 5 février 2025 et l’expression du jour, c’est « ce n’est pas la mer à boire » — ou, pour parler comme un Français à l’oral : c’est pas la mer à boire. À l’écrit, le ne est obligatoire, mais à l’oral, on l’avale souvent. Je vous préviens que j’ai la voix un peu plus grave qu’habituellement — je suis légèrement enrhumé, mais tout va bien.

Avant de passer à l’expression, je voulais vous conseiller une chanson française qui parle justement de la mer : « La Mer » de Charles Trenet, sortie en 1946. C’est une chanson magnifique, les paroles sont belles et la mélodie est inoubliable. Je vous en propose une petite analyse.

Les quatre premières lignes sont : « La mer, qu’on voit danser le long des golfes clairs, a des reflets d’argent, la mer, des reflets changeants sous la pluie. »

Ligne 1 : « La mer qu’on voit danser » — l’auteur trouve que les vagues et les remous de la mer ressemblent à une danse. Il personnifie la mer, il lui donne un mouvement humain. On voit danser la mer.

Ligne 2 : « Le long des golfes clairs » — attention, ici golfes (G-O-L-F-E-S, avec un E) n’a rien à voir avec le sport. Ce sont des échancrures de côtes, des portions de littoral en forme de courbe où la mer s’engouffre. Le long des golfes clairs = le long des côtes.

Ligne 3 : « A des reflets d’argent, la mer » — c’est une inversion poétique. La phrase normale serait « la mer a des reflets d’argent » — c’est-à-dire que la mer brille d’une couleur grise et métallique. L’auteur a inversé pour la rime et le rythme.

Ligne 4 : « Des reflets changeants sous la pluie » — la couleur de la mer n’est pas fixe, elle varie selon la lumière et le temps. Quand il pleut, les reflets changent. Les reflets, c’est la lumière que renvoie une surface — ici, l’eau de la mer.

Résumé de ces quatre lignes : On voit danser la mer le long des côtes ; elle brille d’une couleur argentée qui change quand il pleut. C’est une chanson que je vous recommande vraiment — allez écouter la version originale sur YouTube. Et si vous avez des chansons françaises que vous aimez et que vous aimeriez qu’on analyse ensemble, envoyez-moi un message sur Instagram ou en commentaire YouTube — je le ferai volontiers de temps en temps.


Passons à l’expression du jour : « ce n’est pas la mer à boire ».

« C’est » — contraction de ce + est, le verbe être à la troisième personne du singulier. On l’utilise constamment en français pour introduire une information, une définition, une description. C’est beau, c’est une forêt, c’est quoi ça ? Avec la négation, ça donne ce n’est pas — ou à l’oral, c’est pas.

« La mer » — on en a parlé avec la chanson. Il y a cinq océans dans le monde : l’océan Atlantique, le Pacifique, l’Indien, l’Arctique et l’Antarctique. Quelle est la différence entre une mer et un océan ? Principalement la taille. Le plus petit océan, l’Arctique, fait environ 14 millions de kilomètres carrés. La plus grande mer du monde, la mer d’Arabie, fait environ 3,6 millions de kilomètres carrés — soit environ quatre fois moins. La différence est considérable.

« À » — ici avec accent grave, ce qui est important. On distingue a (verbe avoir : il a) et à (préposition, avec accent). On fera un épisode complet sur cette distinction — c’est une erreur fréquente même chez les Français. Ici, à introduit un complément d’objet indirect (COI). Pour identifier un COI, on pose la question à quoi ? ou à qui ? — si la réponse correspond, c’est un COI. Pour un complément d’objet direct (COD), on pose la question qui ? ou quoi ?. Exemple : j’ai acheté des fleurs à Jeanj’ai acheté quoi ? Des fleurs → COD. À qui ? À Jean → COI. Dans notre expression, la mer à boire : à quoi ? À boire → COI. Ne vous inquiétez pas si c’est encore flou — ça viendra progressivement.

« Boire » — avaler un liquide. Ici, il s’agit littéralement d’avaler toute l’eau de la mer.


Le sens de l’expression.

Boire toute l’eau de la mer serait impossible — c’est irréalisable, absurde. Ce n’est pas la mer à boire signifie donc, par contraste, que ce dont on parle n’est pas difficile — c’est faisable, simple, accessible. Ce n’est pas comme essayer de vider la mer. C’est une façon d’encourager quelqu’un en lui disant : allons, ce n’est pas si compliqué que ça.

Exemple 1 : votre fils de 12 ou 13 ans rentre du collège avec un cours qu’il n’a pas compris. Vous lui expliquez plusieurs fois, mais il n’y arrive toujours pas. Au bout d’un moment, vous lui dites avec bienveillance : « Écoute, c’est quand même pas la mer à boire — essaie encore, tu vas y arriver. » Vous lui signifiez que le cours n’est pas si difficile et qu’avec un peu de persévérance, il peut le comprendre.

Exemple 2 : dans l’apprentissage du français, je vous conseille d’apprendre un ou deux mots par jour et de les réviser régulièrement — par exemple avec l’application Anki, dont le nom signifie d’ailleurs par cœur en japonais. Vous les ouvrez dans la salle d’attente du médecin, à l’arrêt de bus, aux toilettes — cinq minutes par-ci, cinq minutes par-là. Si un élève me dit « c’est trop, deux mots par jour c’est trop difficile », je lui répondrai : « Allez, c’est pas la mer à boire ! Un ou deux mots par jour, c’est tout à fait gérable. »


L’origine de l’expression.

Elle vient d’une fable de La Fontaine intitulée Les Deux Chiens et l’Âne mort. Je ne vais pas vous la lire en entier — je l’ai fait, et elle contient beaucoup de vieux français et de tournures compliquées. Voici le résumé.

Deux chiens aperçoivent un animal qui flotte dans une rivière. Ils n’arrivent pas à identifier ce que c’est. L’un d’eux propose alors à l’autre : « Si on voulait savoir quel est cet animal — et peut-être le manger — il suffirait de boire toute l’eau de la rivière. L’animal se retrouverait à sec et on pourrait le voir. » Ils se mettent à boire… et meurent de trop boire. Le projet était évidemment absurde et irréalisable. C’était la mer à boire — trop d’eau, trop difficile, impossible.

La formule originale de La Fontaine était donc « c’est la mer à boire », pour dire c’est impossible, c’est une tâche démesurée. Avec le temps, on ne l’utilise plus guère qu’à la forme négative : ce n’est pas la mer à boire — ce n’est pas si difficile, c’est tout à fait faisable.

En anglais : « it’s not that much to ask » ou « it’s not such a big deal ».


J’espère que cette expression vous a plu et que vous repartez avec une image bien en tête — celle des deux chiens qui tentent de vider une rivière ! Comme toujours, n’hésitez pas à m’envoyer vos questions, vos remarques ou vos suggestions de chansons françaises sur Instagram @lefrancaisavecadrien ou en commentaire sur YouTube. As always, if you have any suggestions about French songs you’d like us to analyse together, feel free to send me a message — I’ll pick one or two and we’ll study them together. Merci beaucoup de m’avoir écouté, à bientôt, bye bye, hasta luego, mata ne !


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