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Bonjour à toutes et à tous et bienvenue dans Le Français c’est facile avec Adrien. Aujourd’hui, nous sommes le lundi 6 janvier — oui, c’est bien ça — lundi 6 janvier, c’est le début de la semaine et il ne fait pas très beau. Le temps est maussade. On va dire : « ça va comme un lundi », ce qui signifie que le travail reprend, le week-end est terminé, et que ça ne va donc pas très bien.
Je voulais vous parler, avant de commencer, de la magie des podcasts. Les podcasts, c’est vraiment quelque chose de formidable. Pourquoi ? Parce qu’on peut comprendre une langue rien qu’en écoutant. Bien sûr, il faut du temps, il faut surtout écouter tous les jours. Je vous invite à écouter chaque jour du français : un podcast, un film, une chanson. Le podcast reste un média très pratique pour apprendre une langue. Si vous en écoutez un tous les jours pendant une semaine, deux semaines ou un mois, vous ne comprendrez pas grand-chose. Mais si vous continuez pendant un an, un an et demi, deux ans, votre niveau s’améliorera obligatoirement. Vous comprendrez de mieux en mieux le français, naturellement, sans vous prendre la tête. Et ça, c’est la magie des podcasts.
Alors, l’astuce de prononciation du jour porte sur le son F. Pour produire ce son, il faut souffler en abaissant les dents du haut vers la lèvre du bas. Le son F, comme dans : français, France, facile, faux, fou, foie. On recommence : français, France, facile, faux, fou, foie. Faites ces exercices en même temps que moi, répétez les mots juste après que je les ai dits, en essayant de reproduire mon F. Français, France, facile, faux, fou, foie. J’espère que ces exercices vous seront utiles.
Passons maintenant à l’expression du jour : « faut pas pousser mémé dans les orties. » Vous remarquerez qu’elle commence justement par le son F qu’on vient de travailler.
Avant d’analyser les mots, sachez que la phrase complète et grammaticalement correcte est : « il ne faut pas pousser mémé dans les orties. » Dans la langue courante, on supprime « il ne » pour aller plus vite, ce qui donne : « faut pas pousser mémé dans les orties. » C’est un raccourci très fréquent à l’oral. Par exemple, plutôt que de dire à un enfant « il ne faut pas manger avant les autres », on lui dira : « faut pas manger avant les autres. »
Analysons maintenant chaque mot.
« Faut » s’écrit F-A-U-T — et non F-A-U-X, qui est le contraire de « vrai ». « Faut » vient du verbe « falloir », un verbe du troisième groupe très particulier, car il ne se conjugue qu’à la troisième personne du singulier. Au présent : il faut. À l’imparfait : il fallait. Au futur : il faudra. On ne peut pas dire « je faut » ou « tu fauts » — cela n’existe pas. L’idée exprimée par ce verbe, c’est quelque chose qui doit être fait ou ne pas être fait. « Il faut faire cela » signifie que c’est important de le faire. « Il ne faut pas faire cela » signifie qu’on ne doit pas le faire.
« Pas » est la deuxième partie de la négation « ne…pas ». Ici, le « ne » a été supprimé avec le « il » du début, mais il est bien présent dans la forme complète : « il ne faut pas. »
« Pousser » est un verbe du premier groupe, ici à l’infinitif. Il a plusieurs sens. Le premier, c’est exercer une pression contre quelque chose ou quelqu’un : vous poussez une porte en entrant, vous poussez quelqu’un en appuyant sur lui. Le deuxième sens, c’est toucher légèrement quelqu’un pour le prévenir discrètement : on dit « pousser du coude » ou « pousser du genou » pour attirer l’attention de quelqu’un sans faire de bruit. Le troisième sens, c’est faire sortir un son avec force : on dit « pousser un cri » si quelqu’un nous fait peur, ou « pousser la chansonnette » quand on chante.
« Mémé » peut désigner votre propre grand-mère — c’est alors un surnom affectueux, au même titre que « mamie » ou « bonne-maman ». Mais si vous utilisez ce mot pour désigner une vieille dame que vous ne connaissez pas, c’est alors péjoratif et assez méchant. À éviter, donc.
« Dans » est une préposition invariable — elle ne change pas selon le genre ou le nombre. Son sens le plus courant est d’introduire un lieu : « mettre une bûche dans la cheminée », « chercher du bois dans la forêt. » Elle peut aussi exprimer un moment futur : « rendez-vous dans cinq minutes », « on se voit dans six mois. »
« Les » est l’article défini pluriel, le pluriel de « le » ou « la ».
« Orties » est un nom féminin — on dit « une ortie ». Les orties sont des plantes vertes qu’on trouve un peu partout en France. On les évite car leur contact provoque des démangeaisons et des plaques rouges sur la peau. En anglais, on dit « nettle ». En France, on peut aussi en faire de la soupe — la soupe d’orties est assez connue et paraît-il délicieuse.
Quel est donc le sens de l’expression ? « Faut pas pousser mémé dans les orties » signifie qu’il ne faut pas exagérer, ne pas abuser, ne pas aller trop loin.
Premier exemple : vous avez dit à votre fils de 15 ans de rentrer à 23h. Il rentre à 1h du matin. Vous l’attendez dans le salon et vous lui dites : « dis donc, t’abuses ! Faudrait quand même pas pousser mémé dans les orties. »
Deuxième exemple : vous êtes dans un magasin de vêtements et vous demandez une réduction au vendeur. Il accepte. Vous en demandez alors une encore plus importante. Le vendeur, en souriant, pourra répondre : « faut pas non plus pousser mémé dans les orties. » Notez que « faudrait » peut remplacer « faut » — c’est une forme conditionnelle, qu’on étudiera peut-être dans un prochain épisode.
L’origine de cette expression remonte au début du XXe siècle. À la base, l’expression était simplement : « faut pas pousser », pour dire « il ne faut pas exagérer ». On y a ensuite ajouté « mémé dans les orties » pour souligner le contraste entre la douceur et la fragilité d’une grand-mère et le côté piquant et désagréable des orties. Pourquoi voudrait-on pousser une vieille dame dans des orties ? Ce serait vraiment exagérer.
Comme synonymes, vous pouvez dire : « faut pas exagérer », « faut pas pousser », « faut pas déconner » — plus familier, à réserver entre amis — ou encore « faut pas prendre ses rêves pour des réalités », une expression qu’on étudiera dans un futur épisode.
Cette expression a même inspiré un livre : en 2014, l’autrice française Aurélie Valognes a publié un roman intitulé Mémé dans les orties. Si vous cherchez des lectures pour travailler votre français, c’est une bonne piste.
Enfin, comme d’habitude, les traductions en anglais : don’t push it too far et let’s not get carried away.
Je vous remercie de m’avoir écouté jusqu’au bout. Je suis désolé d’avoir dépassé les vingt minutes — c’est un peu long pour un épisode d’apprentissage. Si vous avez des remarques, des questions ou des expressions que vous aimeriez qu’on étudie ensemble, n’hésitez pas à m’envoyer un message sur mon compte Instagram Le Français c’est facile avec Adrien. If you have any questions or suggestions, feel free to send me a message on Instagram. Merci beaucoup, à bientôt, bye bye, hasta luego, mata ne !
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