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Bonjour à toutes et à tous et bienvenue dans Le français, c’est facile avec Adrien — et les fables de La Fontaine ! On est aujourd’hui le vendredi 7 février, demain c’est le week-end, et aujourd’hui c’est le 40e épisode de ce podcast. Quarante, déjà !
La fable du jour s’appelle « La Grenouille qui veut se faire aussi grosse que le Bœuf ». On a déjà parlé des grenouilles dans un épisode précédent — je ne me souviens plus lequel exactement. Petit rappel : une grenouille, c’est le petit animal verdâtre ou brunâtre qui vit dans l’eau et au bord des étangs, et qui fait coâ coâ. Il en existe de nombreuses espèces.
Quant au bœuf, on en a parlé dans l’expression qui vole un œuf vole un bœuf, quelque part entre les épisodes 10 et 20. Un bœuf, c’est un taureau castré — le mâle de la vache auquel on a retiré les testicules. C’est un animal d’élevage robuste, avec des cornes, et qui fait meuh.
Comme d’habitude, je vais d’abord vous lire la fable originale, puis je vous l’expliquerai ligne par ligne, et enfin je vous lirai ma version simplifiée. Je vous conseille, si vous avez votre téléphone ou votre ordinateur à portée, de chercher la fable sur Internet pour la lire en même temps que je la lis — ça aide beaucoup. Allons-y !
La Grenouille qui veut se faire aussi grosse que le Bœuf
Une Grenouille vit un Bœuf Qui lui sembla de belle taille. Elle, qui n’était pas grosse en tout comme un œuf, Envieuse, s’étend, et s’enfle, et se travaille Pour égaler l’animal en grosseur, Disant : « Regardez bien, ma sœur ; Est-ce assez ? dites-moi ; n’y suis-je point encore ? — Nenni. — M’y voici donc ? — Point du tout. — M’y voilà ? — Vous n’en approchez point. » La chétive pécore S’enfla si bien qu’elle creva.
Le monde est plein de gens qui ne sont pas plus sages : Tout bourgeois veut bâtir comme les grands seigneurs, Tout petit prince a des ambassadeurs, Tout marquis veut avoir des pages.
Je suis conscient que c’est un peu difficile pour quelqu’un qui apprend le français — c’est justement pour ça qu’on va la travailler ensemble, ligne par ligne.
Ligne 1 : « Une Grenouille vit un Bœuf » — ici, vit est le passé simple du verbe voir : la grenouille voit un bœuf dans un pré ou dans un champ. Rien de compliqué.
Ligne 2 : « Qui lui sembla de belle taille » — la grenouille trouve que le bœuf est impressionnant, costaud, très grand. Sembler, c’est paraître, avoir l’air de. On peut simplifier : qui lui semblait bien plus grand qu’elle.
Ligne 3 : « Elle, qui n’était pas grosse en tout comme un œuf » — c’est une construction un peu inversée. En français moderne, on dirait : elle était aussi petite qu’un œuf. La grenouille est minuscule comparée au bœuf.
Ligne 4 : « Envieuse, s’étend, et s’enfle, et se travaille » — la grenouille est jalouse de la taille du bœuf. Alors elle essaie de se gonfler, de prendre de l’air, de s’élargir. Se travailler, dans ce contexte ancien, veut dire faire des efforts, s’évertuer.
Ligne 5 : « Pour égaler l’animal en grosseur » — pour devenir aussi grande que lui. Égaler, c’est atteindre le même niveau que. La grenouille veut devenir aussi grosse que le bœuf.
Ligne 6 : « Disant : Regardez bien, ma sœur » — ici, la grenouille parle au bœuf — elle l’appelle ma sœur dans un élan un peu familier. Elle lui dit : regardez-moi bien.
Ligne 7 : « Est-ce assez ? dites-moi ; n’y suis-je point encore ? » — la grenouille, en train de se gonfler, demande au bœuf : est-ce que je suis maintenant aussi grosse que vous ? N’y suis-je point encore ? = je n’y suis pas encore ?
Ligne 8 : « Nenni. — M’y voici donc ? — Point du tout. — M’y voilà ? » — c’est un dialogue entre les deux animaux. Nenni, c’est du vieux français pour non. Le bœuf répond non. La grenouille se gonfle encore davantage : et maintenant ? Le bœuf répond point du tout — pas du tout. La grenouille insiste : et là ?
Ligne 9 : « Vous n’en approchez point » — le bœuf répond : vous êtes encore loin de ma taille. N’en approchez point = vous n’êtes même pas proche.
Ligne 10 : « La chétive pécore s’enfla si bien qu’elle creva » — chétive veut dire petite, chétive, sans force ; pécore est un vieux mot pour désigner un petit animal un peu sot. La petite grenouille se gonfla tellement qu’elle éclata — elle en mourut. Elle voulait tellement être aussi grosse que le bœuf qu’elle poussa trop loin l’effort et en mourut.
Ligne 11 : « Le monde est plein de gens qui ne sont pas plus sages » — le monde est plein de personnes aussi peu raisonnables que cette grenouille, qui ne savent pas se contenter de ce qu’elles sont.
Ligne 12 : « Tout bourgeois veut bâtir comme les grands seigneurs » — un bourgeois, c’est à l’époque de La Fontaine une personne aisée, de la classe moyenne ou supérieure, mais pas de la noblesse. Un grand seigneur, c’est un noble, quelqu’un de très haut rang qui possède un château. La Fontaine dit : tout bourgeois qui a une belle maison rêve d’un château. On veut toujours plus que ce qu’on a.
Ligne 13 : « Tout petit prince a des ambassadeurs » — même les princes de moindre importance s’entourent d’ambassadeurs, de représentants officiels, pour paraître plus grands qu’ils ne sont.
Ligne 14 : « Tout marquis veut avoir des pages » — un marquis, c’est un titre de noblesse. Un page, c’est un jeune serviteur placé au service d’un noble pour être éduqué tout en le servant. La Fontaine dit : tout noble, aussi modeste soit-il, veut avoir ses serviteurs — veut paraître plus important qu’il n’est.
La morale de la fable.
Contrairement à certaines fables de La Fontaine où la morale est écrite explicitement — comme dans Le Corbeau et le Renard : « Apprenez que tout flatteur vit aux dépens de celui qui l’écoute » — ici, la morale est implicite, c’est-à-dire qu’elle se déduit du récit et des dernières lignes.
La morale, c’est : personne ne sait se contenter de ce qu’il est ou de ce qu’il a. La grenouille voulait être aussi grosse que le bœuf — c’était impossible, et cette vanité lui a coûté la vie. Les hommes font pareil : le bourgeois veut le château du seigneur, le petit prince veut les attributs du grand, le marquis veut ses pages. La jalousie et la vanité poussent les êtres à vouloir ce qu’ils ne peuvent pas avoir, parfois à s’y perdre.
Je vous relis maintenant la fable originale, puis ma version simplifiée.
Version originale — (cf. ci-dessus)
Version simplifiée :
Une grenouille vit un bœuf qui lui sembla costaud et très grand. Elle, elle était aussi petite qu’un œuf. Jalouse de la taille du bœuf, elle se mit à gonfler, à prendre de l’air, pour devenir aussi grosse que lui. Elle lui dit : « Regardez, regardez bien — suis-je aussi grosse que vous ? — Non. — Et là ? — Pas du tout. — Et maintenant ? — Vous êtes encore loin de ma taille. » La petite grenouille se gonfla tellement qu’elle éclata et mourut.
Le monde est plein de personnes aussi peu raisonnables que cette grenouille. Celui qui a une maison veut un château. Tout prince s’entoure d’ambassadeurs. Tout noble veut avoir ses serviteurs. Personne ne sait se contenter de ce qu’il a.
J’espère que vous avez compris la fable et sa morale. Si vous avez des questions ou si vous souhaitez d’autres explications, envoyez-moi un message sur Instagram @lefrancaisavecadrien. Je vous souhaite un très bon week-end et on se retrouve dès lundi pour une nouvelle expression. Merci beaucoup de m’avoir écouté, à bientôt, bye bye, hasta luego, matane !
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