Le loup et l’agneau

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Voici le texte corrigé :


Bonjour à toutes et bonjour à tous, et bienvenue dans Le français, c’est facile avec Adrien. Aujourd’hui, c’est le 30e podcast — un chiffre rond ! Et tous les dix épisodes, on étudie ensemble une fable de La Fontaine. Aujourd’hui : Le Loup et l’Agneau.

Comme d’habitude, je vais d’abord vous lire la fable originale telle que La Fontaine l’a écrite, puis je vous l’expliquerai phrase par phrase, et enfin je vous lirai ma version simplifiée pour que vous puissiez bien comprendre la morale. Je vais essayer de faire les voix du loup et de l’agneau — ça devrait être assez amusant. Allons-y !

Le Loup et l’Agneau

La raison du plus fort est toujours la meilleure : Nous l’allons montrer tout à l’heure.

Un Agneau se désaltérait Dans le courant d’une onde pure. Un Loup survint à jeun qui cherchait aventure, Et que la faim en ces lieux attirait.

« Qui te rend si hardi de troubler mon breuvage ? Dit cet animal plein de rage : Tu seras châtié de ta témérité.

 Sire, répond l’Agneau, que Votre Majesté Ne se mette pas en colère ; Mais plutôt qu’elle considère Que je me vas désaltérant Dans le courant, Plus de vingt pas au-dessous d’Elle, Et que par conséquent, en aucune façon, Je ne puis troubler sa boisson.

Tu la troubles, reprit cette bête cruelle, Et je sais que de moi tu médis l’an passé.

Comment l’aurais-je fait si je n’étais pas né ? Reprit l’Agneau, je tette encore ma mère.

Si ce n’est toi, c’est donc ton frère.

Je n’en ai point.

C’est donc quelqu’un des tiens : Car vous ne m’épargnez guère, Vous, vos bergers et vos chiens. On me l’a dit : il faut que je me venge. » Là-dessus, au fond des forêts, Le Loup l’emporte, et puis le mange, Sans autre forme de procès.

Qu’est-ce que vous avez compris de cette fable ? Quels mots avez-vous reconnus ? On va l’analyser phrase par phrase — pas vers par vers, ce serait trop long — pour que vous puissiez bien comprendre.

Phrase 1 : « La raison du plus fort est toujours la meilleure. Nous l’allons montrer tout à l’heure. » On peut simplifier : « Nous allons démontrer que le plus fort a toujours raison. » Ici, le plus fort, c’est le loup par rapport à l’agneau.

Phrase 2 : « Un Agneau se désaltérait dans le courant d’une onde pure. » Un agneau, c’est le petit du mouton — si vous ne savez pas ce qu’est un mouton, je vous invite à écouter l’épisode sur les moutons de Panurge. C’est donc un petit animal sans défense. Se désaltérer, ça veut dire boire pour étancher sa soif. Le courant d’une onde pure, c’est un ruisseau, une rivière à l’eau claire. Traduction : « Un agneau buvait dans une rivière. »

Phrase 3 : « Un Loup survint à jeun qui cherchait aventure, et que la faim en ces lieux attirait. » Le loup, vous savez ce que c’est : un animal sauvage qui vit dans la forêt, avec de grandes dents, qui chasse pour se nourrir. Survenir, c’est arriver soudainement. À jeun, c’est sans avoir mangé — le loup est affamé. Chercher aventure, c’est chercher les problèmes, provoquer. La faim l’attirait en ces lieux — c’est l’odeur de l’agneau qui l’a attiré là. Traduction : « Un loup arriva car il avait très faim. »

Phrase 4 : « Qui te rend si hardi de troubler mon breuvage ? Dit cet animal plein de rage. » Hardi, c’est courageux, audacieux. Troubler, c’est déranger, perturber. Le breuvage, c’est la boisson — ici, l’eau de la rivière que boit le loup. Traduction : « D’où te vient ce courage de me déranger ? dit méchamment le loup. »

Phrase 5 : « Tu seras châtié de ta témérité. » Châtié, c’est puni. La témérité, c’est l’audace excessive, le fait d’oser faire quelque chose sans en avoir le droit. Traduction : « Tu seras puni de m’avoir dérangé. »

Phrase 6 : « Sire, répond l’Agneau, que Votre Majesté ne se mette pas en colère. » Sire et Majesté sont des titres qu’on utilisait autrefois pour s’adresser à un roi. L’agneau prend ici une position d’infériorité, il se soumet face au loup. Traduction : « Monsieur le loup, répond l’agneau, ne vous énervez pas. »

Phrase 7 : « Mais plutôt qu’elle considère… » Le pronom elle ne renvoie pas au loup mais au mot Majesté — qui est féminin. Traduction : « Mais regardez plutôt… »

Phrase 8 : « Que je me vas désaltérant dans le courant, plus de vingt pas au-dessous d’Elle. » Que je me vas désaltérant, c’est une forme de vieux français. En français actuel, on dirait « que je me désaltère » ou « que je bois ». Vingt pas au-dessous d’elle — c’est-à-dire vingt pas plus bas dans la rivière, en aval. L’agneau explique qu’il boit en dessous du loup, donc l’eau coule du loup vers lui, et non l’inverse. Traduction : « Que je bois dans la rivière, en dessous de vous. »

Phrase 9 : « Et que, par conséquent, en aucune façon, je ne puis troubler sa boisson. » Traduction directe : « Et donc, je ne peux pas vous déranger. »

Phrase 10 : « Tu la troubles, reprit cette bête cruelle, et je sais que de moi tu médis l’an passé. » Médire de quelqu’un, c’est dire du mal de lui. L’an passé, c’est l’année dernière. Le loup, ignorant délibérément l’argument de l’agneau, l’accuse d’avoir dit du mal de lui l’année précédente. Traduction : « Tu me déranges, reprit le loup, et je sais que tu as dit du mal de moi l’année dernière. »

Phrase 11 : « Comment l’aurais-je fait si je n’étais pas né ? Reprit l’Agneau. Je tette encore ma mère. » L’agneau se défend avec logique : il est né depuis si peu de temps qu’il tète encore sa mère — il n’aurait pas pu dire quoi que ce soit l’année passée. Traduction : « Comment aurais-je pu dire cela alors que je n’étais pas encore né ? Je suis encore un nouveau-né. »

Phrase 12 : « Si ce n’est toi, c’est donc ton frère. » Le loup, imperméable à tout argument, répond : si ce n’est pas toi, c’est un membre de ta famille.

Phrase 13 : « Je n’en ai point. » L’agneau n’a pas de frère.

Phrase 14 : « C’est donc quelqu’un des tiens : car vous ne m’épargnez guère, vous, vos bergers et vos chiens. » Ne pas épargner quelqu’un, c’est le maltraiter, ne pas lui faire grâce. Les bergers et leurs chiens sont chargés de protéger les troupeaux contre les loups — ils les repoussent, les blessent parfois. Le loup retourne cela contre l’agneau. Traduction : « C’est donc quelqu’un de ton entourage, car vous me maltraitez tous — vous, les bergers et les chiens. »

Phrase 15 : « On me l’a dit : il faut que je me venge. » Le loup n’a en réalité qu’une seule idée en tête depuis le début : manger l’agneau. Il n’écoute pas ses arguments — pourtant logiques et sensés — parce que sa décision est prise d’avance. Il cherche seulement un prétexte.

Phrase 16 : « Là-dessus, au fond des forêts, le Loup l’emporte, et puis le mange, sans autre forme de procès. » Sans autre forme de procès, c’est une expression qui signifie sans plus de cérémonie, sans réfléchir davantage, sans jugement. Le loup emporte l’agneau dans la forêt et le dévore. Traduction : « Aussitôt, le loup l’emporte au fond des forêts et le mange sans y penser davantage. »

Le sens de cette fable.

Jean de La Fontaine dénonce ici une réalité de son époque : les procès n’étaient pas équitables. Souvent, la condamnation était décidée avant même que le procès ne commence. Le plus fort — qu’il s’agisse d’un juge, d’un noble ou d’un puissant — avait toujours raison, quels que soient les arguments du plus faible. Le loup représente ce pouvoir arbitraire, l’agneau représente l’innocence impuissante. La raison du plus fort est toujours la meilleure — c’est une formule ironique et amère.

Je vous relis maintenant la fable originale, puis ma version simplifiée.

Version originale(cf. ci-dessus)

Version simplifiée :

Nous allons démontrer que le plus fort a toujours raison. Un agneau buvait dans une rivière. Un loup arriva, car il avait très faim. « D’où te vient ce courage de me déranger ? dit méchamment le loup. Tu seras puni de cela. — Monsieur le loup, répond l’agneau, ne vous énervez pas. Regardez : je bois dans la rivière, en dessous de vous, et donc je ne peux pas vous déranger. — Tu me déranges, reprit le loup, et je sais que tu as dit du mal de moi l’année dernière. — Comment aurais-je pu dire cela alors que je n’étais même pas né ? Je tète encore ma mère. — Si ce n’est toi, c’est ton frère. — Je n’en ai pas, répond l’agneau. — C’est donc quelqu’un de ton entourage, car vous me maltraitez tous — vous, les bergers et les chiens. On me l’a dit : il faut que je me venge. » Aussitôt, le loup emporte l’agneau au fond des forêts et le mange sans y penser davantage.

J’espère que cette fable vous a plu et que vous l’avez bien comprise. Si vous avez une suggestion de fable à étudier, je suis preneur — j’en ai déjà prévu quelques-unes, mais vos idées sont toujours les bienvenues. Merci beaucoup de m’avoir écouté jusqu’au bout. À bientôt, bye bye, hasta luego, matane !


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