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Bonjour à toutes et à tous, j’espère que vous allez bien et bienvenue dans Le français, c’est facile avec Adrien. On est aujourd’hui samedi, mais quand cet épisode sera diffusé, on sera le dimanche 19 janvier. L’expression du jour, c’est « mentir comme un arracheur de dents ».
Le mot dents — ce sont les choses blanches qu’on a dans la bouche, qui servent à mâcher. Pour les animaux, c’est la même chose. Les dents d’un requin, par exemple, sont acérées, pointues, et le requin en possède énormément.
D’ailleurs, dans les années 70 — je viens de vérifier, c’est 1975 — est sorti un film qui s’appelle Jaws. Je pense que tout le monde l’a vu : c’est l’histoire d’un requin qui s’attaque à des baigneurs et à un bateau. La traduction française du titre, c’est Les Dents de la mer. Si on traduisait ce titre littéralement en anglais, ça donnerait « Teeth of the Sea ». Mais dans l’autre sens, Jaws veut dire mâchoire — et appeler le film La Mâchoire en français, ça n’aurait pas rendu très bien. Les Dents de la mer, avec l’image des dents du requin, est bien plus évocateur.
C’est d’ailleurs quelque chose de courant : la majorité des films américains ou anglophones sont traduits en français avec un titre différent. Par exemple, la trilogie Jason Bourne : le premier, The Bourne Identity, a été traduit par La Mémoire dans la peau — ça n’a rien à voir, mais ça sonne bien et ça accroche. Le deuxième, The Bourne Supremacy, est devenu La Mort dans la peau. Et le troisième, The Bourne Ultimatum, La Vengeance dans la peau. C’est quelque chose qu’on retrouve très souvent dans les titres de films entre l’anglais et le français.
Bref, revenons à l’expression du jour : « mentir comme un arracheur de dents ».
Avant d’analyser l’expression, on va étudier l’écriture du son « o » — qu’on entend dans le mot comme.
Dans l’épisode d’avant-hier sur « s’aimer comme deux tourtereaux », on avait vu les deux façons de prononcer le o : le o ouvert et le o fermé. Aujourd’hui, on va voir les façons de l’écrire.
Il y a trois façons d’écrire le son « o » en français :
La première, c’est la lettre O — quand le son est ouvert, prononcé avec la bouche plus ouverte. Par exemple : un bol (B-O-L), un homme (H-O-M-M-E), une parole.
La deuxième, c’est les lettres A-U — quand le son est fermé, prononcé avec la bouche plus fermée et arrondie, et qu’il se trouve au début ou au milieu du mot. Par exemple : aussi, un autre, un restaurant.
La troisième, c’est les lettres E-A-U — quand le son est à la fin du mot. Par exemple : un gâteau, un bateau, de l’eau.
Bien sûr, comme souvent en français, il y a des exceptions. On dit à l’école que c’est l’exception qui confirme la règle — tiens, encore une expression à noter pour un prochain épisode ! Par exemple, le mot noyau : le son « o » est à la fin, mais il ne s’écrit pas E-A-U, il s’écrit A-U. Ce genre d’exception, vous ne pouvez pas la deviner — c’est en lisant et en pratiquant que vous la retenez.
Récapitulatif : trois façons d’écrire le son « o » — la lettre O, les lettres A-U, et les lettres E-A-U.
Maintenant, analysons l’expression « mentir comme un arracheur de dents ».
« Mentir » — à quel groupe appartient ce verbe ? Je vous laisse réfléchir. C’est un verbe du troisième groupe. Il signifie ne pas dire la vérité, cacher la vérité — c’est le contraire de dire la vérité.
Une petite illustration avec une publicité qu’on a vu en France dans les années 90-2000. On voit un enfant qui mange en cachette une mousse au chocolat avec une petite cuillère, avant que sa mère n’arrive. Quand elle rentre, l’enfant jette la petite cuillère dans le bocal du poisson rouge — mais il a du chocolat plein autour de la bouche. Il dit alors au poisson rouge, devant sa mère : « Maurice, tu pousses le bouchon un peu trop loin ! » Il fait croire à sa mère que c’est le poisson rouge qui a mangé la mousse au chocolat. L’enfant ment. Vous pouvez chercher sur YouTube « tu pousses le bouchon trop loin Maurice » — vous trouverez facilement et vous comprendrez de quoi je parle.
« Comme » — on l’a déjà vu dans « s’aimer comme deux tourtereaux ». On peut le remplacer par autant que. Donc : mentir autant qu’un arracheur de dents.
« Un » — c’est un article indéfini masculin, car arracheur est un mot masculin.
« Arracheur de dents » — on va analyser les trois mots ensemble, c’est plus simple. Un arracheur de dents, c’est le terme péjoratif pour désigner le dentiste — le médecin des dents, la personne qui soigne vos dents quand vous avez mal. Arracheur vient du verbe arracher, qui signifie enlever avec force, détacher violemment. Arracher une dent, c’est donc l’extraire, l’enlever de l’endroit où elle est ancrée dans la gencive.
Et les dents — on en a parlé en ouverture — ce sont les structures blanches dans la bouche qui servent à écraser et à mâcher les aliments. Les dents du devant, en haut et en bas, s’appellent les incisives. À côté, les dents pointues sont les canines. Viennent ensuite les prémolaires, puis les molaires, et tout au fond les dents de sagesse.
Petite précision importante : on ne dit pas je vais au dentiste. On dit « je vais chez le dentiste ». De même : « je vais chez le coiffeur ». C’est une erreur qu’on entend encore parfois, même chez des francophones — faites-y attention.
Le sens de l’expression.
Quand vous allez chez le dentiste, il vous dit souvent que ça ne va pas faire mal — alors que parfois, ça fait très mal. Il vous dit que ça va bien se passer — pour vous rassurer et vous garder dans le fauteuil — alors que c’est souvent plus compliqué que prévu. Il ment, en somme, pour éviter que vous ayez peur et que vous partiez avant d’être soigné.
Je vous recommande à ce sujet le film français L’Aile ou la Cuisse, avec Louis de Funès et Coluche, réalisé par Claude Zidi. Il y a une scène au début où Louis de Funès doit se faire soigner par son dentiste, mais il déteste ça. Alors le dentiste se déplace jusqu’au bureau de Louis de Funès avec son assistante, son fauteuil et tous ses instruments — et c’est très comique, parce que Louis de Funès fait tout pour éviter d’ouvrir la bouche : il trouve des excuses, il remet en question la date du rendez-vous, il refuse de coopérer. Si vous ne l’avez pas vu, c’est un classique de la comédie française — je vous le conseille vraiment.
L’origine de l’expression.
Au XVIIe siècle (de 1601 à 1700), on arrachait les dents sur la place publique, dans la rue ou dans les foires, sans anesthésie, sans aucun analgésique. C’était donc extrêmement douloureux. L’arracheur de dents — c’est ainsi qu’on appelait le dentiste à l’époque — promettait évidemment au patient que ça n’allait pas faire mal, alors qu’à coup sûr, c’était une véritable torture. De là vient l’expression : mentir comme un arracheur de dents.
Un exemple concret : vous amenez votre voiture chez un garagiste mal intentionné. Il vous dit qu’il faut changer cette pièce, puis une autre, puis encore une autre — alors que rien de tout ça n’est nécessaire. Vous ne vous y connaissez pas, vous acceptez, mais en repartant, vous sentez bien qu’il n’a pas été honnête. Vous dites à votre conjoint ou votre conjointe : « Il ment comme un arracheur de dents, celui-là ! » — c’est-à-dire : il m’a bien menti.
Synonymes : dire des mensonges, dire des bobards, raconter des balivernes. Et en anglais, on traduirait par « to lie like a rug ».
Voilà, j’espère que cette expression est maintenant claire pour vous. J’ai fait quelques digressions — Les Dents de la mer et L’Aile ou la Cuisse — mais ce sont deux très bons films dans des styles très différents, et je vous les recommande tous les deux.
Merci de m’avoir écouté jusqu’au bout. Si vous avez des questions ou des suggestions d’expressions à étudier, vous pouvez m’envoyer un message sur Instagram : @lefrancaisavecadrien. À bientôt, bye bye, hasta luego, mata ne !
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