« Ne pas être né de la dernière pluie » et conseil de lecture

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Bonjour à toutes et bonjour à tous, bienvenue dans Le français, c’est facile avec Adrien. J’espère que vous allez bien et que vous avez passé un bon mois de janvier — car nous sommes aujourd’hui le 1er février, le premier jour du deuxième mois de l’année !

L’expression du jour, c’est « ne pas être né de la dernière pluie ». Et ce mot pluie m’a fait penser à un livre que j’ai lu récemment : Son odeur après la pluie, de Cédric Sapin-Defour.

Je vais vous en dire quelques mots avant de passer à la grammaire. L’auteur a écrit ce livre pour rendre hommage à son chien, décédé. Comme beaucoup de maîtres, il avait développé avec lui une relation fusionnelle, très forte. Il décrit dans cet ouvrage la capacité extraordinaire des chiens — et des animaux en général — à percevoir des choses que les humains ne ressentent plus. Il cite notamment l’exemple de son chien qui avait senti les prémices d’un séisme avant même qu’il ne se produise. Les chiens sont bien plus connectés à la nature que nous.

Peut-être que nous, les humains, l’étions autant autrefois. Mais l’auteur — et je partage cette idée — estime qu’on s’est progressivement déconnectés de la nature, et qu’il serait bon d’essayer de s’y reconnecter. J’avais d’ailleurs vu un documentaire sur Arte où l’on montrait que des chiens étaient capables de détecter des cellules cancéreuses chez des patients, avant même les appareils médicaux comme l’IRM — dès les tout premiers stades de la maladie, quand il n’y avait encore que quelques cellules. C’est dire à quel point leurs sens sont développés.

Ce livre est donc à la fois un éloge des chiens et un éloge de la nature, accompagné d’un appel à renouer avec elle. Personnellement, j’ai trois chiens, mais j’en ai perdu un il y a bientôt cinq ans. Il me manque beaucoup. Ce qui me manque, comme l’auteur le décrit si bien, c’est son odeur — surtout après la pluie — mais aussi le bruit de ses pattes sur le parquet. Ce petit tic-tic-tic qui résonnait dans la maison. Ça me manque énormément.

Voilà pour le conseil de lecture. Ce livre est magnifique, mais il sera sans doute difficile si vous débutez en français — le style est assez littéraire. Si vous avez un bon niveau, je vous le recommande vraiment.


Avant d’expliquer l’expression, un point de grammaire sur le mot « né » — qui peut s’écrire de quatre façons différentes : né, nés, née ou nées.

est le participe passé du verbe naître — c’est-à-dire venir au monde, arriver à la vie. Quand une femme accouche, son bébé naît. Pour les animaux, on parle de mise bas — le moment où les petits naissent. Quelqu’un dont l’anniversaire est le 1er février est le 1er février.

Comment accorder ce participe passé ? La règle de base est celle de l’accord en genre et en nombre avec le sujet, lorsque l’auxiliaire est être.

Au masculin singulier : il est né, je suis né (si je suis un homme) — N-É. Au féminin singulier : elle est née, je suis née (si je suis une femme) — N-É-E. Au masculin pluriel : ils sont nés — N-É-S. Au féminin pluriel : elles sont nées — N-É-E-S. Pour nous : si le groupe est exclusivement féminin, on écrit nées ; s’il y a au moins un élément masculin, même un seul parmi de nombreuses femmes, on écrit nés. En français, le masculin l’emporte sur le féminin dès qu’il y a un seul élément masculin dans le groupe. C’est une règle traditionnelle qu’il faut retenir.

Il existe d’autres règles sur le participe passé et ses accords avec les auxiliaires, mais c’est un sujet plus complexe qu’on approfondira dans un autre épisode.


Revenons à l’expression : « ne pas être né de la dernière pluie ».

« Ne pas » — c’est le marqueur de la négation en français. Une négation se compose toujours de deux éléments : ne (ou n’ devant une voyelle) + pas. C’est la structure de base de toute phrase négative.

« Être » — ici, être n’est pas un verbe plein mais un auxiliaire, c’est-à-dire qu’il sert à construire une forme verbale composée. En tant qu’auxiliaire, il perd son sens propre d’exister. On utilise l’auxiliaire être dans trois cas principaux : avec les verbes pronominaux (voir l’épisode sur se lever du pied gauche), avec certains verbes intransitifs comme naître, partir, aller, et pour former la voix passive. En deux mots, une phrase active c’est « elle a compris » ; une phrase passive c’est « elle a été comprise » — ici, été est l’auxiliaire être. On reviendra sur la voix passive dans un autre épisode.

« Né » — on l’a vu : participe passé de naître, arriver à la vie.

« De la » — article partitif devant un nom féminin dont la quantité est indéfinie. On ne sait pas quelle pluie exactement — c’est indéfini, d’où de la.

« Dernière » — l’adjectif dernier a deux sens principaux. Le premier, le plus courant, c’est qui vient après tous les autres : « je suis arrivé dernier dans la course » — après tout le monde. Le second sens, c’est le plus récent : « as-tu vu le dernier film Marvel ? » — le film qui vient de sortir. Ici, la dernière pluie, c’est la pluie la plus récente, celle qui vient de tomber.

« La pluie » — ce sont des gouttes d’eau qui tombent des nuages. Il existe plusieurs types de précipitations. La bruine ou le crachin, ce sont de très petites gouttes fines et légères qui tombent en continu — on les sent à peine mais on finit par être mouillé. La pluie modérée, entre les deux extrêmes. Et les averses, qui sont des pluies intenses et soudaines — c’est à elles que fait référence l’expression il pleut des cordes. En anglais, l’équivalent est « it’s raining cats and dogs » — une expression tout aussi imagée, même si les Anglais s’expliquent difficilement sur les chats et les chiens.

On peut aussi utiliser le mot pluie au sens figuré, pour tout ce qui tombe en abondance : une pluie de météorites, une pluie de cendres lors d’une éruption volcanique, une pluie de feu lors d’un grand incendie de forêt.


Le sens de l’expression.

Ne pas être né de la dernière pluie, c’est avoir de l’expérience, ne pas se laisser tromper, être capable d’esprit critique. Dans cette expression, la dernière pluie représente la naïveté, l’inexpérience. Quelqu’un qui serait né de la dernière pluie serait crédule, facilement dupé. Mais avec la négation ne pas, c’est l’inverse : on affirme qu’on n’est pas naïf, qu’on sait discerner le vrai du faux, qu’on ne se laisse pas avoir.

Exemple 1 : à l’heure de l’intelligence artificielle — et on n’en est qu’aux débuts, les évolutions à venir seront encore considérables — on voit circuler sur Internet de nombreux montages photo truqués et des deepfakes — des vidéos ou des enregistrements audio falsifiés avec des voix et des visages de personnes connues. Quelqu’un qui n’est pas né de la dernière pluie ne croira pas à ces contenus. Il saura les identifier comme faux.

Exemple 2 : un ami vous montre une photo prétendument compromettante d’un chef d’État ou d’un personnage célèbre. Vous lui répondez : « Attends, on voit que c’est un faux. Je ne suis pas né de la dernière pluie ! »

À l’oral, notez que la négation se contracte souvent. À l’écrit : je ne suis pas né de la dernière pluie. À l’oral courant : je suis pas né de la dernière pluie — le ne disparaît, ce qui est techniquement une faute mais très répandu dans la conversation ordinaire. Et on contracte encore davantage : j’suis pas né de la dernière pluie. Si vous entendez cela, ne vous perdez pas à chercher le ne — il a simplement été avalé.


L’origine de l’expression.

Elle vient des champignons. En automne, après les pluies, les champignons poussent rapidement. Ces champignons tout frais, tout jeunes, n’ont aucune expérience — ils n’ont pas eu le temps d’en acquérir. Ils sont tendres, fragiles, facilement cueillis et mangés par les humains ou les animaux. Ces champignons sont nés de la dernière pluie : ils n’ont pas vécu, ils ne savent rien du monde, ils se laissent faire sans résistance. À l’inverse, quelqu’un qui n’est pas né de la dernière pluie est comme un vieux chêne — il a de l’expérience, il ne se laisse pas facilement attraper.

On dit aussi, avec le même sens : « ne pas être tombé de la dernière pluie ».

En anglais, l’équivalent serait « to be nobody’s fool » — n’être dupe de personne.


J’espère que cet épisode n’était pas trop difficile. J’essaie de vous parler à un rythme proche du français naturel — si je ralentissais trop, vous seriez désorientés face à un locuteur natif. Il faut s’y habituer progressivement. Si vous avez aimé ce podcast, laissez un commentaire sur YouTube ou un message sur Instagram @lefrancaisavecadrien — ça fait toujours plaisir. Et si vous souhaitez que j’aborde un sujet culturel ou une expression en particulier, n’hésitez pas à me le faire savoir. Merci beaucoup de m’avoir écouté, à bientôt, bye bye, hasta luego, matane !


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