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Voici le texte corrigé :
Bonjour à toutes et bonjour à tous, et bienvenue dans Le français, c’est facile avec Adrien. Aujourd’hui, nous sommes le mercredi 22 janvier 2025 et il est 16h10.
Hier, on a étudié le son « é ». Aujourd’hui, on va s’intéresser au son « è ». Mais avant ça, je vais vous parler du prix Goncourt — et vous comprendrez pourquoi à la fin de l’épisode, puisque je terminerai par une citation tirée d’un livre lauréat de ce prix.
Le prix Goncourt, c’est le plus prestigieux prix littéraire français. Il a été créé en 1892 par Edmond de Goncourt et est décerné chaque année, au mois de novembre, par un jury d’écrivains qu’on appelle l’Académie Goncourt. Ce prix récompense un livre écrit en français — pas nécessairement par un auteur français, mais forcément un ouvrage francophone.
Parmi les lauréats les plus célèbres, on trouve Romain Gary, qui a eu le prix deux fois : une première fois sous son vrai nom, puis une deuxième fois sous le pseudonyme Émile Ajar — ce qui est normalement interdit, car on ne peut recevoir le prix qu’une seule fois dans sa vie. Mais le jury ne s’est rendu compte de rien ! On peut aussi citer André Malraux ou Julien Gracq. Il existe également un Goncourt de la poésie, récompensant les œuvres poétiques, et un Goncourt des lycéens, décerné par des élèves de lycée. Dès qu’un roman reçoit le prix Goncourt, il se vend à des centaines de milliers d’exemplaires. C’est une reconnaissance immense pour un écrivain.
Mais on y reviendra à la fin de l’épisode.
L’astuce du jour : le son « è ».
Comme je le disais, on va étudier aujourd’hui le son « è » — et il y a cinq façons de l’écrire en français.
Petite mise au point sur les accents. Hier, on a vu l’accent aigu (é) — la petite barre oblique qui monte vers la droite. Aujourd’hui, on aborde l’accent grave (è) — la petite barre qui va dans l’autre sens, vers la gauche et vers le bas. Et demain, on étudiera l’accent circonflexe (ê) — ce que les enfants appellent le petit chapeau.
Première façon d’écrire le son « è » : le e accent grave (è), comme dans un père, une mère, un frère. Répétez après moi : un père… une mère… un frère.
Deuxième façon : le e accent circonflexe (ê). On le trouve dans des mots comme une tête, une fête, une bête. Par exemple, tête s’écrit T-Ê-T-E. On prononce tête, fête, bête. On verra cet accent en détail demain.
Troisième façon : la combinaison des voyelles a et i ensemble, qui forment le son « è ». Par exemple : le lait (L-A-I-T), la maison, une paire. Une paire, ça veut dire deux choses identiques : une paire de chaussettes, c’est deux chaussettes ; une paire de gants, ce sont deux gants. Attention à ne pas confondre avec un père (P-È-R-E) : les deux se prononcent de la même façon, mais ils n’ont pas du tout le même sens.
Quatrième façon : la combinaison e et i ensemble, qui donne aussi souvent le son « è ». Par exemple : une reine, une peine, une veine. Répétez : une reine… une peine… une veine.
Cinquième façon : quand un e est suivi de deux consonnes. Je vous rappelle que les voyelles sont A, E, I, O, U, Y — toutes les autres lettres sont des consonnes. Donc, dans le mot verbe (V-E-R-B-E), le e initial est suivi de deux consonnes : R et B. On ne dit donc pas veurbe, mais verbe — son « è ». De même, dans reste (R-E-S-T-E), le e est suivi de S et T : on dit reste. Idem pour la peste.
Maintenant, l’expression du jour : « poser un lapin ».
Dans poser, on retrouve d’ailleurs le son « é » qu’on a étudié hier — formé ici par la terminaison -er.
« Poser » est un verbe du premier groupe — vous l’avez trouvé, il se termine en -er. Il a plusieurs sens.
Le premier sens, c’est placer quelque chose quelque part. Quand vous allez vous coucher, vous branchez votre téléphone sur le chargeur et vous le posez sur la table de nuit. Vous vous brossez les dents et vous posez votre brosse à dents sur le bord de l’évier. C’est le sens le plus courant.
Le deuxième sens, c’est pour les questions : on dit poser une question. « Avez-vous une question à poser sur le son « è » ? » Si vous êtes en cours, vous pouvez dire à votre professeur : « J’aimerais vous poser une question. »
Le troisième sens — et c’est celui qu’on utilise dans l’expression — c’est abandonner quelque chose. On parle par exemple de poser les armes, c’est-à-dire arrêter de se battre, se rendre. C’est un sens figuré, imagé.
« Un » — article indéfini masculin, car lapin est un mot masculin.
« Un lapin » — c’est un animal de la forêt avec de grandes oreilles qui mange des carottes. C’est Bugs Bunny, c’est Panpan dans Bambi — oui, Panpan est bien le lapin ! —, c’est aussi le lapin blanc dans Alice au pays des merveilles, celui qui court en regardant sa montre en criant qu’il est en retard.
Le sens de l’expression.
Poser un lapin à quelqu’un, c’est ne pas se présenter à un rendez-vous sans prévenir. Si vous avez un rendez-vous et que vous envoyez un message à l’avance pour dire que vous ne pouvez pas venir, ce n’est pas poser un lapin — vous avez prévenu. En revanche, si vous avez rendez-vous à 18h dans un café et qu’à 18h30 vous n’êtes toujours pas là, sans avoir donné le moindre signe de vie, vous avez posé un lapin.
L’exemple auquel on pense immédiatement, c’est le rendez-vous galant ou la première rencontre avec quelqu’un qu’on n’a encore jamais vu. Mais on peut aussi poser un lapin pour un rendez-vous médical. En France, beaucoup de patients prennent rendez-vous via l’application Doctolib — très pratique pour accéder à l’agenda des professionnels de santé en ligne. Mais l’un des inconvénients de cette facilité, c’est que de nombreuses personnes n’t pas leur rendez-vous sans prévenir. Le médecin, l’ostéopathe, le kiné attend — et le patient ne vient pas. C’est un lapin posé.
L’origine de l’expression.
Elle est un peu complexe, alors je vous demande un peu de patience !
Depuis l’Antiquité, le mot lapin est associé à la fécondité — les lapins sont réputés pour se reproduire beaucoup et rapidement. Abandonner un lapin signifiait donc, par image, renoncer à la richesse, renoncer à la prospérité, et par extension, ne pas payer.
Au XIXe siècle, l’expression poser un lapin signifiait spécifiquement partir sans payer — que ce soit dans un restaurant, une boutique, ou plus précisément, selon les dictionnaires de l’époque, ne pas rémunérer les services d’une personne de petite vertu. Au fil des décennies et des siècles, le sens a évolué jusqu’à prendre sa forme actuelle : ne pas se présenter à un rendez-vous sans prévenir. C’est une évolution assez courante pour les expressions françaises — l’origine est parfois lointaine, parfois difficile à reconstituer avec précision. Toutes mes excuses si l’explication était un peu alambiquée !
Un synonyme : faire faux bond — et ça, c’est une expression qu’on étudiera dans un prochain épisode.
La citation du prix Goncourt.
Je vous avais promis une citation en lien avec le prix Goncourt. Je vais vous lire un extrait de Patrick Modiano, qui a reçu le prix Goncourt en 1978 pour Rue des boutiques obscures. Mais l’extrait vient d’un autre de ses livres, Livret de famille. Le voici :
« Il restait là, immobile, sous la lumière du néon. Je n’osais pas demander à Papou ni à Michel s’ils voyaient la même chose que moi — ou bien simplement une pauvre vieille tante qui attendait sur l’autre trottoir et à laquelle on avait posé un lapin. »
Ce qui est intéressant ici, c’est le temps utilisé : on avait posé un lapin. Faisons-en une petite analyse rapide.
Je pose un lapin — c’est le présent. J’ai posé un lapin — c’est le passé composé, une action passée et terminée. J’avais posé un lapin — c’est le plus-que-parfait. Ce temps fonctionne comme le passé composé, sauf que l’auxiliaire (avoir ou être) est conjugué à l’imparfait. On l’utilise pour décrire une action passée qui a eu lieu avant une autre action passée. C’est un peu complexe, mais on y reviendra dans un prochain épisode — ne vous inquiétez pas.
Je dis souvent que le français est une langue compliquée — et je le ressens d’autant plus quand j’étudie le japonais, qui n’a fondamentalement qu’un présent et un passé. Pour exprimer le futur, on dit simplement « je vais faire cela ». Quand je vois qu’en français, un seul verbe peut se conjuguer à huit, neuf ou dix temps différents, je me dis qu’il faut vraiment être passionné pour apprendre cette langue. Mais si vous écoutez ce podcast, c’est que vous l’êtes — et ça compte beaucoup !
En anglais, poser un lapin se traduit par « to stand somebody up ».
Merci beaucoup de m’avoir écouté jusqu’au bout. Si vous pouvez laisser un commentaire ou un « j’aime », ce serait vraiment sympa — ça aide beaucoup pour le référencement. À demain et à bientôt ! Bye bye, hasta luego, matane !
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