« Suivre comme un mouton » et les moutons de Panurge

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Bonjour à toutes et bonjour à tous, et bienvenue dans Le français, c’est facile avec Adrien. J’espère que vous allez bien — nous sommes maintenant d’attaque pour l’expression du jour !

On est aujourd’hui le lundi 27 janvier, début de semaine. L’expression du jour, c’est « suivre comme un mouton » — ou plus précisément « suivre comme un mouton de Panurge ». Mais qui est ce Panurge ?

Panurge est un personnage tiré d’un livre de François Rabelais, écrivain français du XVIe siècle, à l’époque de la Renaissance. Il apparaît dans un roman intitulé Le Quart Livre. Je vous résume l’histoire en quelques mots.

Le personnage principal, Pantagruel, voyage en mer avec ses compagnons, dont Panurge. Ils croisent un navire de commerce et font connaissance avec ses passagers — des marchands accompagnés de leurs animaux. La discussion s’engage, mais un incident survient : l’un des marchands se moque des vêtements de Panurge. Après une passe d’armes assez vive, les esprits se calment. Pour se venger sans en avoir l’air, Panurge décide d’acheter un mouton au marchand — un marchand qui est aussi berger. Les négociations sont longues et serrées, car le berger prétend que son mouton descend d’une lignée remontant au mouton de la Toison d’or. Je vous raconterai ce qu’est la Toison d’or une autre fois. Bref, le mouton coûte très cher. Panurge négocie autant qu’il peut, finit par accepter le prix — puis saisit le mouton et le jette à la mer. Aussitôt, tous les autres moutons du troupeau suivent le premier et sautent dans l’eau, entraînant avec eux le marchand et les bergers qui tentaient désespérément de les retenir. Panurge venait de se venger : le marchand qui s’était moqué de lui avait tout perdu. Voilà l’histoire à l’origine de l’expression.


Avant d’approfondir, un conseil pour apprendre une langue — que j’applique moi-même.

Je vous recommande de lire quelque chose que vous connaissez déjà par cœur. Personnellement, je suis un grand fan de mangas : je connais Dragon Ball, Naruto, Bleach et One Piece sur le bout des doigts. Je les ai lus plusieurs fois en français, enfant puis adulte. Maintenant, je les lis en japonais. Et parce que je connais déjà l’histoire, les personnages et les dialogues, mon cerveau associe naturellement ce qu’il lit à ce qu’il connaît — ce qui facilite énormément la compréhension de la nouvelle langue, même avec un alphabet et une grammaire très différents.

Je vous conseille donc la même chose pour le français. Si vous débutez, commencez par des livres pour enfants — je vous donnerai des suggestions dans un prochain épisode. Puis, quand vous aurez atteint un certain niveau — après six mois, neuf mois, un an peut-être — prenez un livre ou une bande dessinée que vous connaissez très bien, et lisez-le en français. Vous comprendrez le contexte même si vous ne saisissez pas tous les mots, vous aurez l’impression de progresser, et vous progresserez vraiment. C’est une méthode très efficace.


Revenons à nos moutons — et là, l’expression revenons à nos moutons tombe vraiment bien ! — avec « suivre comme un mouton de Panurge ».

Analysons les mots.

« Suivre » — c’est un verbe du troisième groupe, donc irrégulier. Je vous le conjugue. Au présent : je suis, tu suis, il suit, nous suivons, vous suivez, ils suivent. Au futur : je suivrai, tu suivras, il suivra, nous suivrons, vous suivrez, ils suivront. Répétez ces formes — c’est important de les mémoriser.

Petite attention : je suis est la conjugaison du verbe suivre à la première personne du singulier, mais c’est aussi celle du verbe être. Dans « je suis fatigué », c’est le verbe être. Dans « je suis un cours de français », c’est le verbe suivre. Le contexte permet généralement de distinguer les deux sans difficulté.

Suivre a plusieurs sens. Le premier — et le plus courant — c’est aller derrière quelqu’un ou quelque chose : marcher derrière une personne dans la rue, suivre une voiture en voiture, suivre un cycliste à vélo.

Le deuxième sens, c’est s’intéresser à, porter attention à : « je suis un cours de français toutes les semaines » — c’est-à-dire que je le suis régulièrement, j’y assiste, je m’y implique.

Le troisième sens, c’est comprendre le raisonnement de quelqu’un. On dit : « je ne te suis pas » pour dire « je ne comprends pas ce que tu veux dire ». Ou en question : « tu me suis ? » — c’est-à-dire « tu comprends ? Tu me suis dans mon raisonnement ? »

« Comme » — on l’a déjà vu plusieurs fois, notamment dans mentir comme un arracheur de dents et s’aimer comme deux tourtereaux. Comme signifie à la manière de, autant que, et introduit ici une comparaison.

« Un mouton » — article masculin indéfini, car mouton est masculin. Le mouton, c’est ce grand animal blanc et laineux qu’on élève notamment pour sa laine — qu’on lui coupe lors de la tonte. Tondre comme un mouton, d’ailleurs, c’est une autre expression ! Le mouton bêle — il fait bêêê. C’est un animal d’élevage paisible, malheureusement souvent la proie des loups — ce qui est un vrai problème pour les bergers aujourd’hui encore. La femelle du mouton s’appelle la brebis, et c’est elle, la plus âgée, que tout le troupeau a tendance à suivre naturellement.

« De Panurge » — c’est un nom propre, le personnage de Rabelais dont on a parlé en introduction. On peut utiliser l’expression avec ou sans cette précision : « suivre comme un mouton » ou « suivre comme un mouton de Panurge ».


Le sens de l’expression.

Suivre comme un mouton, c’est suivre la majorité sans réfléchir, sans se forger sa propre opinion, sans prendre position. Dans le roman de Rabelais, les moutons ont suivi le premier sans se demander ce qui les attendait — et ils ont fini dans la mer. Dire à quelqu’un « tu suis comme un mouton », ce n’est pas une insulte à proprement parler, mais c’est assez sévère : ça revient à lui dire qu’il ne pense pas par lui-même, qu’il n’a pas d’opinion propre. À utiliser avec précaution.

Exemple 1 : vous êtes avec des amis, vous allez tous au cinéma. Certains veulent voir un film d’action, mais vous, vous préféreriez un film d’amour. Sauf que vous ne dites rien — vous suivez le groupe en silence. Résultat : vous passez deux heures devant un film qui ne vous intéresse pas. Vous avez suivi comme un mouton.

Exemple 2 : dans une entreprise, il y a souvent ce collègue qui approuve systématiquement tout ce que dit le patron — quelles que soient les décisions, il est toujours d’accord, il ne remet jamais rien en question, uniquement pour se faire bien voir. On dira de lui : « il suit comme un mouton. »


L’origine de l’expression.

Elle vient directement, comme on l’a vu, de l’épisode des moutons de Panurge dans Le Quart Livre de Rabelais. Mais ce comportement des moutons — si souvent moqué — n’est pas dénué de logique. Si un mouton prend peur, tous les autres le suivent immédiatement et le troupeau se resserre. Ce réflexe collectif augmente les chances de survie face à un prédateur : un animal isolé est bien plus vulnérable qu’un groupe compact. Donc ce qu’on appelle bêtement « suivre comme un mouton » est en réalité une stratégie de survie très efficace dans la nature — même si, appliquée aux humains, elle reste un défaut !

Des synonymes : être un mouton, avoir l’âme moutonnière. En anglais : « to follow the crowd » ou « to play follow the leader ».


J’espère que ce podcast vous a intéressé et que vous avez pu suivre jusqu’au bout — dans le bon sens du terme ! Si vous avez une question, un souci, ou une envie de découvrir une expression ou un aspect de la culture française, n’hésitez pas à m’envoyer un message sur Instagram : @lefrancaisavecadrien. Merci beaucoup de m’avoir écouté, à bientôt, bye bye, hasta luego, matane !


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