« Vouloir le beurre et l’argent du beurre » et la routine de travail

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Voici le texte corrigé :


Bonjour à toutes et bonjour à tous, et bienvenue dans Le français, c’est facile avec Adrien. Aujourd’hui, on parle d’un sujet que j’adore : le beurre. Est-ce que vous connaissez le beurre ? Vous savez ce que c’est ? Le beurre, c’est du gras — et le gras, c’est la vie !

J’ai passé beaucoup de vacances en Normandie quand j’étais enfant, et en Normandie, on met du beurre partout : sur les tartines, dans la cuisine, dans les plats, à la poêle, avec du pain, avec de la galette, avec toutes sortes de préparations.

Mais ce qu’il y a de meilleur, c’est d’aller déguster ce beurre au marché. Au marché en Normandie — et particulièrement à Granville, où j’allais — vous trouvez des endroits où vous pouvez commander des huîtres avec du pain de seigle grillé et du beurre. C’est magnifique. Et juste à l’entrée ou à la sortie du marché, selon qu’on commence ou qu’on finisse, il y a de petites camionnettes qui ne sont là que les jours de marché et qui vendent des galettes saucisses. C’est extraordinaire. Si vous allez en Normandie ou en Bretagne — car on en trouve dans les deux régions — mangez des galettes saucisses. C’est une galette de sarrasin roulée autour d’une saucisse de la région, vendue dans un petit cornet, chaude, parfumée. L’odeur se répand dans tout le marché. C’est une merveille.

Mais revenons au beurre. Avec le beurre, on peut faire beaucoup de choses. Il y a le beurre noisette — un beurre qu’on fait chauffer à la poêle juste ce qu’il faut pour qu’il prenne une couleur marron clair, dorée comme une noisette. On l’utilise dans de nombreuses recettes, comme les financiers — si vous ne connaissez pas, c’est un petit gâteau à base de beurre noisette, de poudre d’amandes et de blancs d’œufs. C’est délicieux. Il y a aussi le beurre fondu classique, qu’on fait fondre à la poêle, à la casserole ou au micro-ondes. Et le beurre pommade — du beurre sorti du réfrigérateur, laissé à température ambiante puis écrasé et fouetté jusqu’à obtenir une texture lisse et souple, comme une pommade.

Et puis il y a tous ces beurres à tartiner : le beurre demi-sel, le beurre aux algues, le beurre au yuzu, le beurre au sarrasin… La maison Bordier, en Bretagne, est spécialisée dans la fabrication de beurres artisanaux à différentes saveurs, destinés aux grands restaurants mais aussi disponibles dans le commerce. Encore un conseil : si vous en croisez, le beurre Bordier, c’est exceptionnel.

Pourquoi je vous parle de tout ça ? Parce que l’expression du jour, c’est « vouloir le beurre et l’argent du beurre ».


Mais avant d’analyser l’expression, je vais vous partager une astuce — non pas sur la langue cette fois, mais sur la méthode d’apprentissage : la routine.

Les gens n’aiment pas la routine. On dit qu’elle tue le couple, l’aventure, la spontanéité. Moi, je pense qu’en matière d’apprentissage, la routine est extraordinaire. Je vous parle d’un podcast que j’écoute depuis que j’apprends le japonais : il s’appelle Nihongo con Teppei. Son animateur, Teppei, se surnomme lui-même Routine Otoko — l’homme routine. Il fait tous les jours exactement la même chose pour apprendre, et c’est devenu mon modèle.

Ma routine d’apprentissage du japonais est maintenant fixe et quotidienne. Le matin, je révise une liste de vocabulaire sur l’application Anki. Ensuite, je m’installe à mon bureau pendant une heure : je travaille les kanji — les idéogrammes japonais — j’en apprends deux nouveaux par jour, je revois une règle de grammaire et je révise les règles précédentes. Et pour finir, je lis un manga — en ce moment, c’est Bleach ; avant, c’était Naruto.

Tous les jours, la même chose. Et vous verrez qu’à force, les jours où vous ne pouvez pas faire votre routine — en vacances, par exemple, quand vous êtes occupé par la famille, la plage, les sorties — elle va vous manquer. C’est le signe qu’elle est bien ancrée. Et c’est en revenant de vacances et en reprenant sa routine qu’on continue à progresser. Je vous encourage à construire la vôtre, à votre rythme, selon vos objectifs. C’est la seule façon de vraiment avancer.


Revenons à l’expression du jour : « vouloir le beurre et l’argent du beurre ».

Analysons les mots.

« Vouloir » — c’est un verbe du troisième groupe, donc irrégulier. Il a plusieurs sens.

Le premier sens, c’est avoir la volonté de faire quelque chose, avoir l’intention de. Par exemple : « je veux apprendre le français », « tu veux parler français », « il veut écrire en français ». Au présent : je veux, tu veux, il veut, nous voulons, vous voulez, ils veulent.

Le deuxième sens, c’est exprimer un désir ou un souhait. On l’utilise alors souvent au conditionnel. Petite parenthèse sur les modes en français : pour conjuguer un verbe, on dispose de plusieurs modes — l’indicatif, le subjonctif, le conditionnel et l’impératif. Ne cherchez pas à tout mémoriser d’un coup, ça viendra progressivement. Le conditionnel sert à exprimer une condition ou un souhait : je voudrais ceci, j’aimerais cela, j’aurais voulu que… Au conditionnel présent : je voudrais, tu voudrais, il voudrait. Au conditionnel passé : j’aurais voulu, tu aurais voulu. C’est également le temps de la politesse : au lieu de dire « ferme la fenêtre », on dit « voudrais-tu fermer la fenêtre, s’il te plaît ? » — beaucoup plus doux.

Dans notre expression, vouloir est à l’infinitif et exprime un désir, un souhait — c’est donc le deuxième sens.

« Le beurre » — article défini masculin, car beurre est masculin. On en a parlé en introduction : le beurre vient du lait de vache, c’est du gras, c’est la vie, et c’est ce qu’on étale sur une tartine de pain le matin. Du beurre salé avec du bon pain — c’est magnifique.

« Et » — conjonction de coordination, qui relie les deux parties de l’expression. On reviendra sur les conjonctions de coordination dans un autre épisode — avec le conditionnel abordé ce soir, ça fait déjà beaucoup pour une seule leçon !

« L’argent » — on écrit l’argent avec une apostrophe car argent commence par une voyelle. C’est un nom masculin qui a de très nombreux synonymes familiers : le flouze, les sous, les pépettes, la thune, le blé, le pognon… Pour les auditeurs qui comprennent déjà bien le français, je vous recommande de chercher sur YouTube la vidéo des Inconnus intitulée Les Raptous — c’est un sketch humoristique sur la façon dont l’État prélève l’argent des citoyens, et on y entend une belle collection de synonymes d’argent. C’est très drôle.

L’argent, dans le sens courant, c’est ce qu’on gagne en travaillant — votre salaire, ce que vous touchez à la fin du mois.

« Du beurre »du est ici un article défini contracté (de + le), qui renvoie au beurre dont il est question.


Le sens de l’expression.

Vouloir le beurre et l’argent du beurre, c’est vouloir tout avoir sans rien donner, profiter de tous les avantages sans en payer le prix. Dans la plupart des situations, ça ne fonctionne pas — et on risque même de tout perdre.

Exemple 1 : vous faites vos courses au supermarché pendant les soldes. Vous passez à la caisse et demandez une réduction supplémentaire en plus des soldes déjà en cours. La caissière pourra vous répondre en souriant : « Madame, Monsieur, on ne peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre ! »

Exemple 2 : vous parlez avec un ami d’adopter un chien. Vous lui décrivez tous les aspects positifs — la compagnie, l’affection, les jeux — mais vous précisez que vous ne voulez pas le sortir quand il pleut ou qu’il fait froid. Votre ami vous dira : « Tu ne peux pas avoir le beurre et l’argent du beurre. Tu ne peux pas profiter des avantages d’un chien sans en accepter les inconvénients. »

C’est une expression très courante en France, qui s’applique à énormément de situations de la vie quotidienne.


L’origine de l’expression.

Elle vient du monde rural du XIXe siècle. À cette époque, le beurre était considéré comme une denrée précieuse, un produit noble. Il fallait du temps et du travail pour séparer le lait de la crème, puis baratter cette crème pour obtenir le beurre. Face à ce beurre si difficile à produire, le paysan devait faire un choix : soit le consommer lui-même et en profiter, soit le vendre et toucher de l’argent — mais ne plus avoir le beurre. On ne pouvait pas faire les deux à la fois. Il fallait choisir : le beurre ou l’argent du beurre.

Il existe deux variantes. La première, plus douce : « vouloir le beurre, l’argent du beurre et le sourire de la crémière » — c’est-à-dire vouloir encore plus, en plus du reste. La deuxième est un peu plus vulgaire : « vouloir le beurre, l’argent du beurre et le cul de la crémière » — je vous laisse apprécier !

En anglais, on traduirait par « to want it all » — comme dans la chanson de Queen, I Want It All. Oui, c’est bien Queen.


Merci beaucoup de m’avoir écouté jusqu’au bout. J’ai essayé de ne pas trop allonger l’épisode pour qu’il reste agréable à écouter. Si vous avez des questions, des suggestions ou des expressions que vous aimeriez qu’on étudie ensemble, envoyez-moi un message sur Instagram : @lefrancaisavecadrien. N’hésitez pas à laisser un commentaire — c’est toujours encourageant. Merci beaucoup, à bientôt ! Bye bye, hasta luego, matane !


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