« Ça passe crème » et les consonnes nasales

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Bonjour à toutes et bonjour à tous. Bienvenue dans Le français, c’est facile avec moi, avec Adrien. On est aujourd’hui le dimanche 23 février 2025 et on va parler de crème. La crème, c’est magnifique. Mais c’est quoi, exactement ?

La crème, c’est fait à base de lait. Il en existe plusieurs types. La crème fraîche, par exemple — c’est la plus épaisse. Pour la faire, vous faites fondre du beurre, vous l’incorporez dans du lait froid, vous mixez pour faire rentrer de l’air — on dit faire monter la crème ou épaissir la crème — et vous mettez au frigo. Voilà, c’est la crème fraîche. Son origine, c’est la Bretagne et la Normandie. Quand j’étais enfant, je passais mes vacances en Normandie, et au marché local, des vendeurs proposaient de gros pots de crème fraîche — pas blanche comme au supermarché, mais entre le blanc et le jaune, presque dorée. Bien lourde, bien grasse. C’est ça, la vraie crème fraîche normande.

Il y a aussi la crème liquide — une consistance intermédiaire entre le lait et la crème fraîche. Avec l’une ou l’autre, on peut faire énormément de plats et de sauces. Un exemple typiquement français : la blanquette de veau. Vous faites revenir des morceaux de veau dans une poêle jusqu’à ce qu’ils soient bien colorés. Vous ajoutez des légumes — champignons, carottes, oignons — vous faites revenir le tout, vous saupoudrez d’un peu de farine, puis vous ajoutez de l’eau et du vin blanc à peu près à hauteur de la viande et des légumes. Au four, à 150-160 degrés, une heure et demie à deux heures. Et à la fin, vous ajoutez la crème fraîche — c’est elle qui fait tout le goût de la blanquette. Je remarque que je parle encore de recettes de cuisine… C’est décidément le podcast de la nourriture.

Bon. Pourquoi on parle de crème ? Parce que l’expression du jour, c’est « ça passe crème ». Mais avant d’y arriver, je voulais mentionner quelques autres types de crèmes. La crème anglaise — qui accompagne le gâteau au chocolat ou les œufs à la neige. Il y a un dessert français très connu qui s’appelle une île flottante : des blancs d’œufs battus et cuits, déposés sur de la crème anglaise — les blancs forment l’île, la crème anglaise est la mer. C’est très poétique. Bon, assez parlé de bouffe — on passe aux choses sérieuses.

L’astuce du jour : les consonnes nasales.

Nasal vient du mot nez — quelque chose de nasal, c’est quelque chose qui passe par le nez. Une consonne nasale, c’est donc une consonne où l’air passe à la fois par la bouche et par le nez. Il y en a trois en français : M, N, et GN.

Pour les prononcer, voici comment faire. Fermez la bouche. Faites passer de l’air par le nez — comme le bruit d’une moto qui démarre. Ça donne le M : mmm. Vous sentez que l’air vibre dans le nez et dans la bouche en même temps.

Le M se retrouve dans des mots comme maman, ménage, mariage.

Le N fonctionne de la même façon : nnn. On le retrouve dans nounou, nana, nager, neuf.

Le GN — c’est une combinaison de deux lettres qui produit un son mouillé : gn. On l’entend dans gnognotte — un mot qu’on a étudié dans un des tout premiers épisodes — ou dans gnangnan. Gnangnan, c’est quelque chose de mièvre, de niais, un peu ridicule, un peu cucul. Oui, ce sont des mots compliqués à expliquer avec d’autres mots — mais vous comprenez l’idée.

Ces consonnes nasales posent un problème particulier quand on est enrhumé — quand on a le nez bouché. L’air ne peut plus passer par le nez, alors les consonnes nasales deviennent des consonnes orales. Maman devient babam. Ménage devient bénage. Crème devient crèbe. Essayez de vous boucher le nez et de parler — vous entendrez immédiatement la différence.

Une dernière règle importante : quand M ou N est suivi d’une voyelle, on le prononce pleinement. Exemple : fini — le N se prononce. Mais si on enlève le I final, on obtient fin — et là, le N n’est plus prononcé en tant que consonne ; il nasalise la voyelle qui précède. I-N → le son in, sans N audible à la fin. C’est la règle : consonne nasale suivie d’une voyelle = on la prononce ; sans voyelle après = on la nasalise sans la prononcer séparément.

L’expression du jour : « ça passe crème ».

« Ça » — C cédille A. On peut le remplacer par cela : cela passe crème. Ça désigne quelque chose de façon neutre. Pour en savoir plus sur la cédille, je vous renvoie à l’épisode ça casse pas trois pattes à un canard où je l’explique en détail.

« Passe » — c’est le verbe passer, premier groupe, conjugué au présent à la troisième personne du singulier. On a déjà vu ce verbe dans l’épisode passer à la trappe — je vous y renvoie pour les premiers sens. Aujourd’hui, je vous en donne d’autres.

Sens 1 — changer de sujet : passons à autre chose, passons à la leçon suivante. On a traité un sujet, on passe au suivant.

Sens 2 — le temps qui s’écoule : les années passent à une vitesse, on ne voit pas le temps passer. Ce dernier exemple, par exemple, peut se dire en sortant d’un film de 2h30 que vous avez trouvé captivant : on n’a pas vu le temps passer.

Sens 3 — être acceptable, être correct, être supportable : il passe, ce vin — il n’est pas exceptionnel mais il n’est pas mauvais non plus. Il passe bien — il est plutôt bon. Il passe très bien — il est excellent. Ce sens est celui qu’on retrouve dans l’expression du jour.

« Crème » — on en a parlé longuement en introduction. C’est un produit à base de lait, liquide et soyeux, qui coule facilement. C’est cette image qui est au cœur de l’expression.

Le sens de l’expression.

Passer, c’est être acceptable. La crème, c’est quelque chose de liquide, de soyeux, qui glisse facilement. En combinant les deux, ça passe crème veut dire que quelque chose se passe très bien, très facilement — mieux qu’on ne l’espérait, ou simplement de façon fluide et agréable.

C’est une expression très récente — elle date des années 2000. Elle a d’abord été beaucoup utilisée par les adolescents, puis elle s’est répandue dans toute la population. Aujourd’hui, tout le monde peut l’utiliser.

Exemple 1 : vous avez fait un gâteau pour votre famille. Vous pensez l’avoir raté. Et en le goûtant, vous vous dites : en fait, il passe crème ce gâteau — c’est-à-dire : en fait, il est bon, il est réussi.

Exemple 2 : vous venez de passer votre examen de français niveau A1 — le niveau débutant. Vous l’avez trouvé facile. En sortant de la salle, vous dites : ça a passé crème, cet examexam étant le diminutif familier d’examen. Autrement dit : c’était facile, ça s’est très bien passé.

Synonymes : c’est facile, ça se passe bien, c’est top, c’est nickel.

En anglais : « easy peasy » ou « it went smoothly ».

J’espère que vous avez aimé cet épisode — et pardon si j’ai ri un peu tout seul à certains moments. Comme toujours, laissez-moi un commentaire sur YouTube ou un message sur Instagram. Et si vous écoutez sur Apple Podcasts, Spotify, Ausha, Castbox ou autre, un petit avis positif me ferait vraiment plaisir — c’est gratuit et ça aide beaucoup.

Aujourd’hui, je ne dis rien en anglais ni en japonais — pour changer un peu. Podcast 100% français du début à la fin.

Et bien sûr, sur mon Patreon, vous retrouvez toutes les transcriptions écrites des épisodes ainsi que deux chapitres du Petit Prince par semaine en audiobook. Merci beaucoup, à bientôt, bye bye, hasta luego, matane !


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