« En faire tout un fromage » et tout, tous, toute et toutes,

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Bonjour à toutes et à tous et bienvenue dans Le français, c’est facile avec Adrien. On est le 23, mais le podcast sortira le lundi 24 février — en début de semaine. J’espère que vous allez bien. Et maintenant, quand on vous posera la question « Comment tu vas, un lundi ? », vous pourrez répondre « ça va comme un lundi » — c’est une expression qu’on a étudiée ensemble et que vous connaissez maintenant.

Aujourd’hui, on va parler de l’expression « en faire tout un fromage ». Et évidemment, la France étant le pays du pain, du fromage et du vin, on va commencer par parler de fromage. Il en existe des centaines et des centaines de variétés différentes. Mais savez-vous comment on le fabrique ?

Je vous expliquais hier comment on faisait de la crème — on ne parle que de bouffe dans ce podcast, je le reconnais — et aujourd’hui, je vous explique comment on fait du fromage. Je suis devenu spécialiste de la transformation du lait.

Le fromage, c’est du lait cru, du sel et de la présure. La présure, c’est ce qui sert à faire cailler le lait. Cailler, ça veut dire séparer ce qui est liquide dans le lait de ce qui est solide — les protéines et les corps gras. Ces éléments solides vont s’agglomérer pour former ce qu’on appelle le caillé. Ensuite, selon des étapes de préparation propres à chaque fromage, on obtient le fromage final.

Ce qui est amusant, c’est que ce mot fromage ne s’est pas toujours appelé ainsi. Au XIVe siècle, on disait forma — parce que ce caillé était mis en forme dans des moules. Formafromage. Voilà l’étymologie du mot.


L’astuce du jour : tout, tous, toute, toutes.

Dans l’expression en faire tout un fromage, il y a le mot tout — T-O-U-T. Mais ce mot a plusieurs formes selon ce qui le suit, et il peut être facile de les confondre.

Tout (T-O-U-T) — s’utilise quand le mot qui suit est masculin singulier : tout un fromage, tout le pain, tout le lait, tout le village.

Tous (T-O-U-S) — s’utilise quand le mot qui suit est masculin pluriel : tous les jours, tous les matins, tous les amis. Attention : selon son rôle dans la phrase — déterminant, pronom, adverbe — la prononciation du S varie. On dit parfois tou et parfois tous. C’est un peu compliqué à détailler ici, donc on reste sur l’essentiel.

Toute (T-O-U-T-E) — s’utilise quand le mot qui suit est féminin singulier : toute la maison, toute la famille, toute la ville.

Toutes (T-O-U-T-E-S) — s’utilise quand le mot qui suit est féminin pluriel : toutes les maisons, toutes les familles, toutes les villes.

Il existe aussi d’autres usages de tout — comme nom, adverbe, pronom — mais on ne va pas tout couvrir aujourd’hui. L’essentiel, c’est de retenir ces quatre formes et quand les utiliser.


L’expression du jour : « en faire tout un fromage ».

« En faire » — deux mots séparés : E-N et F-A-I-R-E. Attention, ce n’est pas enfer (E-N-F-E-R), c’est-à-dire l’enfer, le lieu de damnation — c’est bien deux mots distincts. En faire, c’est le verbe faire précédé du pronom en.

Le verbe faire au futur : je ferai, tu feras, il fera, nous ferons, vous ferez, ils feront. À l’imparfait : je faisais, tu faisais, il faisait, nous faisions, vous faisiez, ils faisaient.

Mais revenons au en. Ce petit mot E-N est un pronom qui renvoie à quelque chose qui vient d’être mentionné — pour éviter une répétition. Exemple : votre fils révise ses leçons et veut s’arrêter. Il dit : « On peut arrêter les exercices ? Je suis fatigué. » Vous répondez : « On a bientôt fini, mais on doit en faire encore quelques-uns. » Le en remplace des exercices — qu’il vient de mentionner. Sans le en, vous diriez : « on doit faire encore quelques exercices » — ce qui est correct, mais répétitif. Le en évite cette répétition. Dans l’expression en faire tout un fromage, ce en renverra donc à ce dont vous étiez en train de parler juste avant.

« Tout » — T-O-U-T, masculin singulier, parce que fromage est masculin. Si on utilisait un mot féminin à la place — tarte, par exemple — on dirait en faire toute une tarte. Ça ne veut rien dire, mais la logique grammaticale est là.

« Un fromage » — on en a parlé longuement en introduction.

Et puisqu’on parle de fromage : quels fromages français connaissez-vous ? Quels sont vos préférés ? Les miens, dans le désordre : le vieux comté — avec ses petits cristaux blancs à l’intérieur, c’est magnifique — le chèvre sec, ces petits crottins bien affinés, très forts en goût, et le roquefort, avec ses moisissures caractéristiques. Si vous venez en France et que vous voulez découvrir des fromages, allez dans une fromagerie et demandez un plateau de dégustation — le fromager vous mettra plusieurs petits morceaux de fromages variés. À déguster avec du pain grillé, un verre de vin rouge, et pourquoi pas de la confiture de figues ou de poire. C’est excellent. Bon — je me suis encore égaré sur la nourriture. Revenons à l’expression.


Le sens de l’expression.

En faire tout un fromage, ça veut dire exagérer, s’énerver pour rien, faire d’une chose simple un problème compliqué — faire une montagne d’un rien.

Exemple : vous faites les courses au supermarché avec votre conjoint. Vous voulez absolument acheter du maroilles — pour ceux qui ne connaissent pas, c’est un fromage du nord de la France qui sent extrêmement fort mais qui est délicieux. Et là, pas de maroilles en rayon. Vous commencez à vous énerver : « Mais c’est pas possible, on est en France et il n’y a pas de maroilles ! C’est incroyable ! » Votre conjoint vous dit alors : « Calme-toi, c’est pas la peine d’en faire tout un fromage. » Le en renvoie au fait qu’il n’y ait pas de maroilles — ce dont vous parliez juste avant. Sans le en, on aurait dit : « c’est pas la peine de faire tout un fromage du fait qu’il n’y ait pas de maroilles. » C’est correct mais beaucoup trop long — d’où le en.


L’origine de l’expression.

Elle date du début du XXe siècle. La fabrication du fromage, comme on l’a vu, est un processus extrêmement technique — on part d’un ingrédient simple, le lait, et on obtient quelque chose de complexe. On crée de la complication à partir de la simplicité. L’expression reprend cette idée : en faire tout un fromage, c’est transformer quelque chose de simple en quelque chose de compliqué — s’énerver pour rien.

Synonymes en français : en faire tout un plat, exagérer, en faire des caisses, en abuser, en rajouter. Les Français sont apparemment assez spécialistes de ce genre de réaction.

En anglais : « to make a mountain out of a molehill » — faire d’une montagne, une taupinière. Une taupinière, c’est le petit monticule de terre que les taupes font en creusant leurs galeries. On fait donc d’une petite taupinière une grande montagne — même idée qu’en français.


Merci beaucoup de m’avoir écouté jusqu’à la fin. Retrouvez-moi sur YouTube et sur Patreon où vous avez toutes les transcriptions écrites des épisodes. À bientôt, bye bye, hasta luego, matane !


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