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Bonjour à toutes, bonjour à tous. On se retrouve aujourd’hui pour une nouvelle fable de La Fontaine. C’est le soixantième épisode de mon podcast et aujourd’hui, on va étudier la fable « Le Rat de ville et le Rat des champs ».
Mais avant, un petit rappel sur ce que sont les fables. Les fables, ce sont de petites histoires où des animaux discutent ou vivent des aventures. Grâce à ces animaux, l’auteur — Jean de La Fontaine — nous fait réfléchir sur la société, sur des valeurs, sur une morale. Dans les fables qu’on a déjà étudiées, la morale était exprimée directement. Par exemple, dans Le Lion et le Rat, la morale était : on a souvent besoin d’un plus petit que soi. Mais dans la fable d’aujourd’hui, la morale est implicite — c’est-à-dire qu’elle n’est pas écrite noir sur blanc. En réfléchissant à l’histoire, on la comprend. Et bien sûr, je vais vous l’expliquer.
Ces fables de La Fontaine, on les fait beaucoup apprendre aux enfants à l’école en France. C’est pour ça que tous les dix épisodes, je vous en propose une. Pour vous qui apprenez le français, c’est une fenêtre sur la culture et la littérature française.
Voici comment on va procéder — comme d’habitude. Je vous lis d’abord la fable en entier une première fois. Ensuite, je la lis ligne par ligne — ligne 1, ligne 2, ligne 3 — et j’explique chaque ligne. Vous pouvez trouver la fable facilement sur Internet pour lire en même temps que vous écoutez. À la fin, j’explique la morale cachée, je relis la fable originale en entier, puis je vous lis ma version simplifiée.
Allons-y. Le Rat de ville et le Rat des champs.
Autrefois le Rat de ville Invita le Rat des champs, D’une façon fort civile, À des reliefs d’ortolans.
Sur un tapis de Turquie Le couvert se trouva mis. Je laisse à penser la vie Que firent ces deux amis.
Le régal fut fort honnête, Rien ne manquait au festin ; Mais quelqu’un troubla la fête Pendant qu’ils étaient en train.
À la porte de la salle Ils entendirent du bruit ; Le Rat de ville détale, Son camarade le suit.
Le bruit cesse, on se retire : Rats en campagne aussitôt, Et le citadin de dire : Achevons tout notre rôt.
C’est assez, dit le rustique ; Demain vous viendrez chez moi. Ce n’est pas que je me pique De tous vos festins de roi ;
Mais rien ne vient m’interrompre : Je mange tout à loisir. Adieu donc, fi du plaisir Que la crainte peut corrompre.
Voilà — c’est une fable un peu longue, et probablement difficile à comprendre à la première écoute. C’est tout à fait normal. On va maintenant la reprendre ligne par ligne.
Ligne 1 : « Autrefois le Rat de ville »
Autrefois, ça veut dire il y a longtemps. Et le rat, c’est une grosse souris — dans Tom et Jerry, Jerry est une souris ; dans Speedy Gonzales, c’est aussi une souris. Le rat de ville, c’est donc un rat qui habite en ville. On traduit : il y a longtemps, le rat habitant la ville.
Ligne 2 : « Invita le Rat des champs »
Le rat de ville invite le rat qui habite à la campagne. Les champs, c’est la campagne. On traduit : invita le rat habitant la campagne.
Ligne 3 : « D’une façon fort civile »
Fort civile signifie très aimable, très sympathique. On traduit : de façon très sympathique.
Ligne 4 : « À des reliefs d’ortolans »
Deux mots difficiles ici. Les reliefs, ce sont des restes de nourriture — j’imagine que des humains ont mangé et laissé des restes dans leur assiette, et le rat de ville invite son ami à manger ces restes. Les ortolans, c’est le nom d’un oiseau. Aujourd’hui, il est interdit d’en manger, mais autrefois, c’était un mets très raffiné. On traduit : à manger des restes d’oiseaux.
Ligne 5 : « Sur un tapis de Turquie »
Simple : le tapis vient de Turquie — c’est un beau tapis, un tapis de luxe. On garde : sur un tapis de Turquie.
Ligne 6 : « Le couvert se trouva mis »
Mettre le couvert, c’est préparer la table — poser une assiette, un verre, une fourchette, un couteau. Ici, on humanise les rats : on imagine qu’ils mangent dans des assiettes avec des couverts, ce qui nous permet de mieux nous identifier à eux. Se trouva mis, c’est une forme passive — c’est le rat de ville qui a mis le couvert pour son ami. Mis est le passé simple du verbe mettre. On traduit : le rat de ville mit le couvert.
Lignes 7-8 : « Je laisse à penser la vie / Que firent ces deux amis »
Ici, c’est La Fontaine lui-même qui parle à la première personne — l’auteur s’adresse directement au lecteur. Il dit : je vous laisse imaginer la belle vie que ces deux rats avaient — ils mangent des restes d’oiseaux raffinés sur un beau tapis turc. Les deux amis, ce sont les deux rats. On traduit : je vous laisse imaginer la belle vie que les deux rats avaient.
Ligne 9 : « Le régal fut fort honnête »
Le régal, c’est le repas, le festin. Honnête signifie ici bon, de qualité. On traduit : le repas fut très bon.
Ligne 10 : « Rien ne manquait au festin »
Le festin, c’est un excellent repas où il y a beaucoup à manger. Ici, les deux rats avaient tout ce qu’il fallait. On traduit : rien ne manquait à ce bon repas.
Ligne 11 : « Mais quelqu’un troubla la fête »
Troubla est le passé simple du verbe troubler — qui signifie déranger. Quelqu’un va donc déranger le bon moment que vivent les deux rats. On traduit : mais quelqu’un dérangea ce bon moment.
Ligne 12 : « Pendant qu’ils étaient en train »
Être en train de, c’est être occupé à faire quelque chose. On traduit : alors qu’ils étaient en train de manger.
Ligne 13 : « À la porte de la salle »
La salle, c’est la pièce dans laquelle ils mangent. On garde : à la porte de la salle.
Ligne 14 : « Ils entendirent du bruit »
On garde la même phrase : ils entendirent du bruit. On ne sait pas encore ce que c’est — un bruit vient de se faire entendre à la porte.
Ligne 15 : « Le Rat de ville détale »
Détaler, c’est fuir à toute vitesse, partir en courant, décamper. On traduit : le rat de ville s’enfuit.
Ligne 16 : « Son camarade le suit »
Camarade, c’est un ami. Le rat des champs suit le rat de ville. On traduit : son ami le suit.
Ligne 17 : « Le bruit cesse, on se retire »
Cesser, c’est s’arrêter. Le bruit s’arrête. On se retire — le pronom on est indéfini ici ; en fait, c’est le bruit, ou plus précisément la source du bruit, qui disparaît. On traduit : le bruit s’arrête.
Ligne 18 : « Rats en campagne aussitôt »
Ici, en campagne ne désigne pas la campagne au sens géographique, mais un champ de bataille — comme dans partir en campagne militaire. Les rats reviennent à table, mais comme des soldats qui reviennent au combat. On traduit : les rats revinrent, comme sur un champ de bataille.
Ligne 19 : « Et le citadin de dire »
Un citadin, c’est quelqu’un qui habite en ville — à ne pas confondre avec un campagnard, qui habite à la campagne. Ici, le citadin, c’est le rat de ville. On traduit : et le rat de ville de dire.
Ligne 20 : « Achevons tout notre rôt »
Achever, c’est finir. Le rôt — R-Ô-T — c’est un terme ancien qui désigne le rôti, le plat principal d’un repas. On traduit : finissons vite notre repas.
Ligne 21 : « C’est assez, dit le rustique »
Rustique est un terme un peu péjoratif, un peu moqueur pour désigner le rat des champs — quelqu’un de la campagne, de simple. Le rat des champs répond : ça suffit, stop. On traduit : cela suffit, dit le rat des champs.
Ligne 22 : « Demain vous viendrez chez moi »
Simple. Le rat des champs invite le rat de ville à lui rendre la pareille. On garde : demain vous viendrez chez moi.
Lignes 23-24 : « Ce n’est pas que je me pique / De tous vos festins de roi »
Se piquer de quelque chose, c’est en être fier, y tenir. Ici, le rat des champs dit : ce n’est pas que je n’apprécie pas vos festins de roi — un festin de roi, c’est un repas absolument extraordinaire. Il reconnaît la qualité du repas, mais il y a quelque chose qui le dérange malgré tout. On traduit : ce n’est pas que je n’apprécie pas votre très bon repas.
Ligne 25 : « Mais rien ne vient m’interrompre »
Chez lui, à la campagne, il mange tranquillement, sans être dérangé, sans bruit, sans peur. On traduit : mais rien ne vient me déranger.
Ligne 26 : « Je mange tout à loisir »
Tout à loisir, c’est sans se presser, tranquillement, à son aise. On traduit : je mange sans me presser.
Lignes 27-28 : « Adieu donc, fi du plaisir / Que la crainte peut corrompre »
Fi est une interjection ancienne qui exprime le mépris, le rejet — tant pis pour, à bas. La crainte, c’est la peur. Corrompre, c’est gâcher, détruire. La phrase complète signifie : adieu, tant pis pour un plaisir que la peur peut gâcher. Le rat des champs mange peut-être des choses moins raffinées — mais il mange tranquille. Le plaisir du rat de ville est beau sur le papier, mais la peur permanente d’être dérangé le gâche entièrement. On traduit : adieu, tant pis pour le plaisir que la peur peut gâcher.
Voilà — on a parcouru toutes les lignes. En résumé : le rat de ville invite le rat des champs à un beau repas. Mais les deux amis sont interrompus par un bruit effrayant et doivent fuir. Quand le calme revient, le rat de ville dit : dépêchons-nous de finir. Et le rat des champs répond : merci, mais je préfère rentrer chez moi. Chez moi, le repas est peut-être moins luxueux, mais je mange en paix, sans peur, sans me presser.
La morale implicite : il vaut mieux une vie simple et tranquille qu’une vie de luxe vécue dans la peur et l’anxiété. Les plaisirs sophistiqués ne valent rien si on ne peut pas en profiter sereinement.
Je vous relis maintenant la fable originale en entier, puis ma version simplifiée.
Version originale :
Autrefois le Rat de ville Invita le Rat des champs, D’une façon fort civile, À des reliefs d’ortolans. Sur un tapis de Turquie Le couvert se trouva mis. Je laisse à penser la vie Que firent ces deux amis. Le régal fut fort honnête, Rien ne manquait au festin ; Mais quelqu’un troubla la fête Pendant qu’ils étaient en train. À la porte de la salle Ils entendirent du bruit ; Le Rat de ville détale, Son camarade le suit. Le bruit cesse, on se retire : Rats en campagne aussitôt, Et le citadin de dire : Achevons tout notre rôt. C’est assez, dit le rustique ; Demain vous viendrez chez moi. Ce n’est pas que je me pique De tous vos festins de roi ; Mais rien ne vient m’interrompre : Je mange tout à loisir. Adieu donc, fi du plaisir Que la crainte peut corrompre.
Version simplifiée :
Il y a longtemps, le rat habitant la ville invita le rat habitant la campagne, de façon très sympathique, à manger des restes d’oiseaux. Sur un beau tapis de Turquie, le rat de ville mit le couvert. Je vous laisse imaginer la belle vie que les deux rats avaient.
Le repas fut très bon. Rien ne manquait à ce festin. Mais quelqu’un dérangea ce bon moment alors qu’ils étaient en train de manger. À la porte de la salle, ils entendirent du bruit. Le rat de ville s’enfuit — son ami le suit. Le bruit s’arrête. Les rats revinrent, comme sur un champ de bataille, et le rat de ville dit : finissons vite notre repas.
Cela suffit, dit le rat des champs. Demain vous viendrez chez moi. Ce n’est pas que je n’apprécie pas votre très bon repas — mais rien ne vient me déranger. Je mange sans me presser. Adieu, tant pis pour le plaisir que la peur peut gâcher.
Voilà, on arrive au bout — c’était peut-être un peu long, mais le but est que vous écoutiez du français authentique et littéraire. Dans le prochain épisode, on étudiera l’expression « prendre ses désirs pour des réalités ». Merci beaucoup de m’avoir écouté, à bientôt, bye bye, hasta luego, matane !
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