« Passer à la trappe » et on met un « p » ou deux « pp »

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Bonjour à toutes, bonjour à tous et bienvenue dans Le français, c’est facile avec moi, avec Adrien. J’espère que tout le monde va bien, j’espère que tu vas bien, j’espère que vous allez bien. Je dis tu ou vous selon que je tutoie ou vouvoie quelqu’un. Si on se connaît bien et si vous me considérez maintenant comme une voix familière, comme une connaissance, on peut se tutoyer. Sinon, si on garde une certaine distance, un rapport cordial et un peu formel, on peut garder le vous.

Bref, ce n’est pas de ça que je voulais vous parler aujourd’hui. Aujourd’hui, on étudie l’expression « passer à la trappe ». Il n’y a que quatre mots dans cette expression. Et comme astuce de français du jour, on va parler du mot trappe — qui s’écrit avec deux P — et donc de la règle : quand met-on un P ou deux P en français ?

Mais avant ça, ma recommandation du jour : un film culte français. Il y a déjà eu quatre films avec cette famille, et un cinquième vient de sortir — il y a une dizaine de jours en France. Ce film s’appelle Les Tuche. C’est une comédie — un film comique qui fait rire — et ça parle d’une famille aux manières peu distinguées. C’est une famille de la campagne dont chaque personnage est une caricature, c’est-à-dire un personnage aux traits exagérés pour l’effet comique.

Le père de famille s’appelle Jeff Tuche. Son seul objectif dans la vie, c’est de ne pas travailler — il veut rester au chômage, être assisté par la société, et surtout ne jamais mettre les pieds dans une entreprise. Sa femme, Cathy Tuche, est mère au foyer et élève trois enfants. Il y a aussi la mère de Jeff, la grand-mère de la famille, qu’on appelle Mamy Suze — la Suze étant une marque d’alcool. Elle boit tellement qu’elle a développé un langage qui lui est propre et que personne d’autre ne comprend vraiment. C’est assez savoureux.

Ils ont deux fils et une fille. Je crois que c’est la fille qui est l’aînée — elle a été élue Miss Bouzolles, le village où vit la famille, et son modèle absolu est quelqu’un comme Paris Hilton ou dans ce genre-là. Le premier fils a des défauts d’élocution et ne semble pas très cultivé. Et le petit dernier s’appelle Donald — comme Donald Duck, le canard de Disney, qui fait coin coin — donc la famille l’appelle Coincoin. Et ce petit dernier, par un mystère total, est un enfant surdoué, hyper intelligent par rapport au reste de la famille. Un jour, cette famille gagne 100 millions d’euros au loto — et là, je vous laisse regarder le film.

C’est léger, on ne se prend pas la tête, c’est une bonne comédie. Il y a eu trois autres films après le premier — je vous avoue que je ne me souviens plus très bien des suites, je les ai vus mais sans être très attentif. En tout cas, ma recommandation du jour : Les Tuche — T-U-C-H-E.

L’astuce du jour : un P ou deux P ?

La règle générale est la suivante.

P en début de mot — on ne le double jamais. Il y a toujours un seul P : papa, Paris, passer. Simple.

Mots commençant par AP — en général, on double le P : apprendre, apprivoiser. Il y a une quarantaine d’exceptions, mais je ne vais pas vous en faire la liste — ça ne servirait à rien de les mémoriser toutes d’un coup. Vous les verrez au fur et à mesure de vos lectures.

Mots commençant par OP — en général, on ne double pas le P, sauf pour six mots. Le plus connu de ces exceptions est opposé — O-P-P-O-S-É. Là encore, pas besoin de mémoriser la liste complète, vous la trouverez facilement sur Internet si vous en avez besoin.

Mots commençant par EP — on ne double jamais le P. Exemples : épaule (É-P-A-U-L-E) ou épais (É-P-A-I-S) — un seul P dans les deux cas.

P au milieu ou en fin de mot — en général, pas doublé non plus, sauf dans certains mots spécifiques comme trappe, justement.

En résumé : en début de mot, jamais doublé ; après AP, souvent doublé ; après OP, rarement doublé ; après EP, jamais doublé. En cas de doute, consultez un dictionnaire ou Internet — c’est le plus sûr. Et de toute façon, à l’oral, la prononciation est la même qu’il y ait un ou deux P — c’est une règle d’orthographe, pas de prononciation.

L’expression du jour : « passer à la trappe ».

« Passer » — verbe du premier groupe (infinitif en -ER). Il peut être transitif — c’est-à-dire suivi d’un complément d’objet. Je passe un examen : je passe quoi ? Un examen — complément d’objet direct. Je passe le sel à quelqu’un : je passe quoi ? Le sel — COD. À qui ? À quelqu’un — complément d’objet indirect. Il peut aussi être intransitif — sans complément d’objet — et s’utilise alors comme verbe de mouvement : je suis passé par là. Et il peut être pronominal : se passerle temps se passe, cela se passe.

Les trois sens principaux du verbe passer :

Sens 1 — aller d’un endroit à un autre. Les hommes sont passés d’un quartier à l’autre. Les animaux passent par là — ils vont d’un point à un autre, on voit leurs traces.

Sens 2 — rendre visite à quelqu’un. Je passerai te voir tout à l’heure. Viens, passe me voir. C’est aller chez quelqu’un, s’arrêter pour le voir.

Sens 3 — aller d’un sujet à un autre. Passons à autre chose, passons à un autre sujet — comme un professeur qui dit à ses élèves qu’on change de thème.

Dans l’expression passer à la trappe, c’est le sens de mouvement qui est utilisé — tomber dans la trappe, y passer.

« À » — avec un accent grave (À), c’est une préposition, qui introduit ici un complément de lieu : à la trappe. Attention à ne pas confondre avec a sans accent, qui est le verbe avoir conjugué à la troisième personne du présent. À avec accent = préposition. A sans accent = verbe avoir. Cette distinction revient souvent.

« La trappe »trappe est féminin, donc la trappe. Une trappe, c’est une porte horizontale, posée à plat dans le sol — à l’opposé d’une porte verticale classique. On en voit souvent dans les films américains : pour accéder au sous-sol d’une maison, il y a une trappe à l’extérieur qu’on soulève, avec des escaliers en dessous qui descendent vers le sous-sol. Et dans les films d’horreur, évidemment, ce qu’on trouve dans ce sous-sol n’est jamais très rassurant.

On trouve aussi des trappes sur les scènes des spectacles de magie. Les tours de magie ne font pas appel à une vraie magie — il y a toujours une explication technique. Et l’une d’elles, c’est la trappe : le magicien fait semblant de faire disparaître quelqu’un, et en réalité, la personne est passée dans une trappe cachée dans le plancher de la scène.

Le sens de l’expression.

Passer à la trappe, ça veut dire être oublié — que ce soit volontairement ou involontairement. Quelque chose, quelqu’un ou une tâche qui est passé à la trappe, c’est quelque chose qu’on a oublié, négligé, mis de côté.

Exemple 1 : vous rentrez du travail. Dans la journée, votre mari ou votre femme vous a envoyé un message pour vous demander d’acheter du pain en rentrant. Vous arrivez à la maison les mains vides. Il ou elle vous demande : « Et le pain ? » Vous répondez : « Désolé, c’est passé à la trappe. » Autrement dit : j’ai oublié.

Exemple 2 : vous êtes au travail. Votre patron vous appelle et vous dit : « Avez-vous vu mon mail d’hier ? Je n’ai pas eu de réponse. » Vous pouvez lui répondre : « Désolé, le mail a dû passer à la trappe. » Ça veut dire : le mail est passé inaperçu, il a été oublié.

C’est une expression très courante, facile à placer dans n’importe quelle situation d’oubli.

L’origine. La trappe, comme on l’a vu, donne accès au sous-sol. Et dans un sous-sol, on stocke des choses — des outils, des vieux vêtements, un congélateur, des affaires de bricolage — et on les oublie. On pose quelque chose sous la trappe et on n’y pense plus. C’est de là que vient l’image : ce qui passe sous la trappe, dans le sous-sol, est oublié.

Il y a d’ailleurs une autre expression qui signifie la même chose et qu’on étudiera peut-être un autre jour : « jeter aux oubliettes ». Les oubliettes, c’est une réalité historique du Moyen Âge : dans les châteaux forts, il existait des cachots souterrains sans sortie où l’on jetait les prisonniers condamnés à mort. On les y enfermait et on les oubliait. Le mot oubliettes vient directement du verbe oublier. Même idée que passer à la trappe : ce qu’on y envoie disparaît de la mémoire.

Synonymes : oublier, être oublié, ne plus se rappeler, ne pas être pris en compte, être supprimé, être mis de côté.

En anglais : « to be forgotten », « to slip through the cracks » ou « to be swept under the rug ».

Je vous rappelle que les transcriptions de pratiquement tous les épisodes sont disponibles sur mon Patreon — mot pour mot, ce que je dis ici mis à l’écrit, pour travailler le français en lisant et en écoutant en même temps. Et comme toujours, envoyez-moi un message sur Instagram ou laissez un commentaire sur YouTube si vous avez des questions. Merci beaucoup de m’avoir écouté, à bientôt, bye bye, hasta luego, mata ne !


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