« Un froid de canard » et les verbes impersonnels

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Bonjour à toutes et bonjour à tous, bienvenue dans Le français, c’est facile avec Adrien. On est aujourd’hui le jeudi 6 mars, l’épisode sort le vendredi 7 mars à 8h heure française et aujourd’hui, on va parler un peu de canard. L’expression du jour, c’est « il fait un froid de canard ».

Les canards, ce sont des animaux incroyables — comme tous les animaux, évidemment. Mais je me suis souvent posé la question : comment les canards n’ont-ils pas froid ? Et les pingouins, et les manchots ?

L’hiver, les canards flottent sur des lacs où l’eau doit être à 1 ou 2 degrés — juste avant que le lac gèle. Et pourtant, ils maintiennent leur température corporelle à 40°C. La température du corps humain, c’est 37,2°C. Tout ça grâce à leur duvet et à leurs plumes — un isolant naturel que la nature a mis des millions d’années à perfectionner. 1° dans l’eau, et eux, tranquilles, ils battent des pattes et n’ont pas froid. C’est impressionnant.

C’est un peu comme les nids de frelons. En fin d’automne, quand il fait 5 à 8° dehors, l’intérieur du nid reste à 20-22°. La nature a inventé l’isolation thermique bien avant nous.

Les équivalents dans d’autres langues.

Cette expression existe dans de nombreux pays, mais avec des animaux différents. En Hollande, on dit il fait un froid d’ours. En Suède, il fait un froid de cochons. Aux États-Unis, l’expression se traduit par il fait froid comme un téton de sorcière — le téton, c’est ce qu’on a sur la poitrine, des deux côtés, hommes et femmes. Et la palme revient selon moi aux Gallois — les habitants du Pays de Galles — qui disent : il fait assez froid pour geler un pet. Un pet, c’est une flatulence, du gaz qui s’échappe du corps — les enfants disent un prout, le verbe c’est péter. Il fait tellement froid que même ce gaz se solidifierait. C’est l’expression la plus imagée qui soit.

L’astuce du jour : les verbes impersonnels.

En général, les verbes français ont un sujet défini — quelqu’un ou quelque chose fait l’action. Il mange → on peut remplacer il par Adrien, ce monsieur. Il jardine → une personne fait du jardinage. On appelle ça un verbe personnel : le sujet peut être remplacé par une personne.

Mais certains verbes ont un sujet indéfini — on ne peut pas le remplacer par une personne. On appelle ça des verbes impersonnels. Il pleut — personne ne fait tomber la pluie. (Et ne me répondez pas Dieu, s’il vous plaît.) Le il ne représente personne. Ce sont souvent des verbes qui expriment des phénomènes naturels et météorologiques : il pleut, il neige, il fait chaud, il vente, il tonne.

Ces verbes ne se conjuguent qu’à la troisième personne du singulier. On ne dit pas je pleus ou tu pleus — ça n’existe pas. Seulement il pleut.

Il existe un autre verbe impersonnel très courant : falloir. Il faut faire à manger — le il ne représente personne, c’est une généralité. Vous vous souvenez du podcast Faut pas pousser mémé dans les orties — c’est exactement ce verbe impersonnel.

Et l’expression du jour, bien sûr, s’inscrit dans cette catégorie : il fait un froid de canard — le il ne représente personne.

Du vocabulaire : les températures, du plus froid au plus chaud.

Voici une sélection, dans l’ordre croissant : glacial → glacé → très froid → froid → frisquet → frais → tiède → doux → agréable → chaud → très chaud → étouffant → caniculaire.

Frisquet, c’est un peu froid sans être vraiment froid — légèrement frais. Tiède, c’est entre le froid et le chaud — ni l’un ni l’autre. Caniculaire vient du mot canicule — une période de chaleur intense où la température reste élevée la nuit comme le jour. On parle de canicule quand il fait 30 à 40° le jour et que la nuit, la température ne descend pas en dessous de 22-23°, pendant plusieurs jours consécutifs. Une seule journée chaude ne suffit pas — c’est la persistance nocturne qui définit la canicule.

L’expression du jour : « il fait un froid de canard ».

« Il fait » — verbe impersonnel. Retenez simplement qu’en français, pour parler de la température, on utilise toujours le verbe faire : il fait chaud, il fait froid, il fait doux.

« De canard » — on a déjà parlé du canard dans l’épisode ça ne casse pas trois pattes à un canard. Pour ceux qui ne connaissent pas cet animal, c’est aussi une excellente chose à manger — surtout ici dans le sud-ouest de la France, où c’est une spécialité. Dans le canard, il y a le magret : vous prenez le côté peau, vous faites des entailles en croisillon avec un couteau, vous posez côté peau dans une poêle bien chaude — la graisse fond, vous retournez, quinze minutes et c’est magnifique. Il y a aussi le foie gras, la cuisse confite, et les aiguillettes de canard — très bonnes aussi.

Le sens de l’expression. Il fait un froid de canard veut tout simplement dire il fait très froid. L’image vient du canard dans l’eau glacée — un froid intense, mordant.

Exemples d’utilisation.

Premier exemple, au sens propre : vous êtes chez vous à 20°, il fait -5° dehors. Vous sortez le matin pour aller travailler. L’air froid vous pique les yeux, vous sèche la gorge, vous prend au visage. Vous dites, à voix haute ou dans votre tête : Brrr, il fait vraiment un froid de canard.

Deuxième exemple, par exagération : vous arrivez chez des amis où il fait 17° — deux ou trois degrés de moins que chez vous. Vous leur dites avec ironie : Dis donc, il fait un froid de canard chez toi ! Il ne fait pas vraiment très froid, mais vous soulignez que la maison est un peu fraîche à votre goût.

Synonymes — des expressions qui veulent dire la même chose :

Il fait un froid de gueux. Les gueux, au Moyen Âge, c’étaient les personnes sans abri, sans argent, qui dormaient dehors — l’équivalent des SDF aujourd’hui. Ils subissaient le froid directement, sans protection.

On se les pèle / on se les gèle. Ces expressions familières font référence aux parties intimes masculines — on se pèle les couilles, on se gèle les couilles. Entre amis, ça passe. Geler, je comprends l’image. Peler, c’est plutôt ce qui arrive après un coup de soleil — mais l’expression existe quand même.

En anglais : « It’s cold enough to freeze the balls off a brass monkey. » Quand j’ai appris cette expression en étudiant l’anglais, je me suis demandé ce qu’elle voulait dire. En réalité, les boules ne font pas référence à ce qu’on imagine — c’est une référence aux boulets de canon sur les bateaux anciens, qui étaient stockés sur des plaques en laiton. Par grand froid, le laiton se contractait et les boulets tombaient. C’est de là que vient l’expression. Un peu obscur peut-être, mais amusant à connaître.

Voilà, on arrive au bout de cet épisode. Si vous avez des questions, envoyez-moi un message sur Patreon, Instagram ou YouTube. Merci beaucoup de m’avoir écouté, à bientôt, bye bye, hasta luego, matane !


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