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Bonjour à toutes, bonjour à tous et bienvenue dans Le français, c’est facile avec Adrien. Alors, on se retrouve aujourd’hui pour une analyse de fables de La Fontaine. On est le lundi 24 mars 2025 et on va aujourd’hui étudier une fable qui s’appelle « La Mort et le Bûcheron ». Alors, je vous explique ce qu’on fait, même si ceux qui ont déjà écouté mes analyses de fable connaissent la marche à suivre. Je vous conseille d’aller chercher la fable sur Internet, au moins le texte, afin que vous puissiez lire et suivre en même temps que je lis la fable. Si vous ne pouvez pas, il n’y a pas de problème, mais c’est plus facile pour la comprendre. Donc je vais lire une fois la fable en entier. Ensuite, je vais vous expliquer ligne par ligne ce que veut dire chaque phrase, chaque ligne. Aujourd’hui, je crois qu’il y a 20 lignes dans la fable. Donc à chaque fois, je vais vous dire « ligne 1 » et je vais vous expliquer, « ligne 2 » etc. Donc, je vous lis la fable en entier, je vous explique ligne par ligne, ensuite je vous relis la fable en entier et après je vous lis une version plus facile que j’ai créée moi-même. Vous êtes prêts ? C’est parti !
La Mort et le Bûcheron par Jean de La Fontaine.
Un pauvre bûcheron, tout couvert de ramée, Sous le faix du fagot aussi bien que des ans, Gémissant et courbé, marchait à pas pesants, Et tâchait de gagner sa chaumine enfumée. Enfin, n’en pouvant plus d’effort et de douleur, Il met bas son fagot, il songe à son malheur. Quel plaisir a-t-il eu depuis qu’il est au monde ? En est-il un plus pauvre en la machine ronde ? Point de pain quelquefois, et jamais de repos. Sa femme, ses enfants, les soldats, les impôts, Le créancier et la corvée Lui font d’un malheureux la peinture achevée. Il appelle la Mort, elle vient sans tarder, Lui demande ce qu’il faut faire. « C’est, dit-il, afin de m’aider À recharger ce bois. Tu ne tarderas guère. Le trépas vient tout guérir. Mais ne bougeons d’où nous sommes. Plutôt souffrir que mourir, C’est la devise des hommes. »
Voilà, on a fini la fable. Alors, c’est une fable qui est assez compliquée à comprendre si vous apprenez le français parce qu’il y a pas mal de mots anciens. Et donc maintenant, on va s’attaquer à l’étude de la fable ligne par ligne.
Alors la première ligne, c’est « Un pauvre bûcheron, tout couvert de ramée ». Pauvre, c’est quelqu’un qui n’est pas riche et le bûcheron, c’est la personne qui va couper du bois et vendre ce bois afin de gagner de l’argent. À l’époque, on coupait le bois avec une hache. Aujourd’hui, les bûcherons coupent le bois avec des tronçonneuses électriques ou thermiques. Donc, le début de la fable, « un pauvre bûcheron », c’est donc quelqu’un de pauvre, un homme pauvre. Et la suite de la ligne, « tout couvert de ramée ». La ramée, ce sont des branchages, des branches, qu’il a ramassés. C’est un bûcheron, c’est son métier de couper des arbres et de ramasser des branches. Donc ici, la première ligne veut dire « un homme pauvre couvert de branches ».
Ligne 2 : « Sous le faix du fagot aussi bien que des ans ». Donc, on comprend que l’homme porte les branches et ici, dans la deuxième ligne, le faix du fagot — le faix c’est le poids et le fagot, ce sont les branchages, les branches qu’il a ramassées. Donc ici, l’homme porte des branches et il est sous le poids de ses branches, « aussi bien que des ans », aussi bien que des années. Donc, l’homme pauvre porte des branches et il a du mal parce que les branches sont lourdes et surtout parce qu’il est vieux. Le poids des ans, c’est la vieillesse. Donc ici, on comprend que l’homme a du mal à porter les branches à cause de leur poids et à cause du fait qu’il soit vieux.
Ligne 3 : « Gémissant et courbé, marchait à pas pesants ». Donc là, on nous décrit la façon dont l’homme se tient. Il gémit — gémir, c’est faire des sons de douleur. Quand vous êtes malade, quand vous avez mal, vous gémissez. Gémir, c’est ça. Et courbé, ça c’est la forme de son dos. L’homme est vieux, c’est un vieil homme, donc il est un peu courbé vers l’avant, un peu penché vers l’avant. Et la fin de la ligne, c’est « marcher à pas pesants ». Des pas, c’est quand vous marchez, vous faites un pas, puis deux pas, trois pas, etc. Donc on comprend ici que l’homme qui porte ses branches gémit et marche difficilement.
Ligne 4 : « Et tâchait de gagner sa chaumine enfumée ». Donc là, on nous explique le but de cet homme. Tâcher, c’est essayer de faire quelque chose. Gagner, ici, c’est rejoindre, rentrer. Et sa chaumine enfumée — chaumine, c’est un vieux mot pour dire chaumière. Et une chaumière, c’est une habitation, une maison avec un toit en chaume. Le chaume, c’est une matière végétale. Et enfumée, donc on comprend qu’il y a un feu chez lui, il doit y avoir de la fumée, et ça donne un côté un peu misérable à la chose. Donc ici, la ligne 4 veut simplement dire « essayer de rentrer chez lui ». Donc, il est dans la forêt, il porte du bois, il est vieux, il a mal et il essaie de rentrer chez lui.
Ligne 5 : « Enfin, n’en pouvant plus d’effort et de douleur ». Ici, n’en pouvant plus, c’est ne plus en pouvoir, c’est être allé au bout de soi-même, c’est en avoir marre. Donc, c’est être épuisé. Il a fait tellement d’efforts, il a tellement eu mal qu’il est totalement épuisé. Il est crevé, il n’en peut plus.
Ligne 6 : « Il met bas son fagot, il songe à son malheur ». Mettre bas, ici, ça veut dire poser quelque chose. Et son fagot, c’est ce qu’il porte — ce sont les branches qu’il a sur son dos. Donc il met bas son fagot, ça veut dire il pose son bois. Et il songe à son malheur — songer, ça veut dire réfléchir, penser dans sa tête. Et son malheur, c’est qu’il est malheureux. Donc il réfléchit au malheur de sa vie, il réfléchit à sa vie qui n’est que malheur.
Ligne 7 : « Quel plaisir a-t-il eu depuis qu’il est au monde ? » Le plaisir, je pense que vous savez ce que c’est — c’est quelque chose de joyeux, quelque chose qui nous fait du bien. Donc ici, le vieil homme, le bûcheron, se demande quelle a été sa joie, quel a été son plaisir depuis qu’il est né, depuis qu’il est venu au monde. Il a forcément eu des moments de plaisir, mais peut-être que le malheur d’aujourd’hui, la dépression, la fatigue lui a fait oublier les joies qu’il a pu connaître avant.
Ligne 8 : « En est-il un plus pauvre en la machine ronde ? » Donc là, le vieil homme continue à réfléchir à sa vie. La machine ronde dans la ligne, ça veut dire la Terre. Donc en fait, le vieil homme se demande « y a-t-il quelqu’un de plus malheureux que moi sur la Terre ? Y a-t-il quelqu’un de plus pauvre que lui sur Terre ? »
Ligne 9 : « Point de pain quelquefois, et jamais de repos ». Ici, on comprend son malheur. Il n’a pas à manger — point de pain, le pain c’est ce qu’on mange — et jamais de repos. Le repos, c’est quand on dort, quand on n’a rien à faire, on dit se reposer. Donc ici, dans cette ligne, on continue à nous expliquer le malheur de cet homme : il n’a pas à manger et il ne se repose jamais.
Ligne 10 : « Sa femme, ses enfants, les soldats, les impôts ». On comprend ici que sa femme et ses enfants sont apparemment une charge pour lui, un poids. Il voit sa famille comme un poids alors que pour les personnes heureuses, la famille est un soutien, une aide et pas un poids. Et ensuite, dans la ligne, on a les soldats et les impôts. Il faut se remettre dans le contexte pour comprendre ça. On est probablement sous Louis XIV à l’époque, et donc il y avait beaucoup de guerres et les soldats souvent pillaient, ravageaient les campagnes. Donc, j’imagine que l’homme dans cette fable se plaint parce que les soldats sont souvent en train de voler et de piller sa maison. Et enfin, les impôts — à l’époque, il y avait beaucoup de guerres menées et les impôts, ce qu’on doit payer à l’État, ce qu’on doit payer au roi pour faire la guerre, augmentaient. Donc, l’homme voit sa famille comme un poids et évidemment les soldats et les impôts comme un problème qu’il ne peut pas résoudre. Il n’a pas d’argent.
Ligne 11 : « Le créancier et la corvée ». Le créancier, c’est quelqu’un à qui on doit de l’argent. C’est quelqu’un qui nous a prêté de l’argent, mais on doit le rendre. Donc on imagine ici que le pauvre homme n’avait pas d’argent, qu’il a dû en emprunter et qu’il doit le rendre. Et la corvée — aujourd’hui, une corvée, ça va être faire la vaisselle, faire le ménage, c’est quelque chose qu’on doit faire mais qu’on n’aime pas faire. Mais à l’époque, la corvée, c’était des jours de travail qu’on donnait au seigneur. En fait, le seigneur du lieu protégeait les alentours des pillards et des brigands, et les paysans qui n’avaient pas d’argent devaient donner de leur temps, quelques jours de travail, pour payer le seigneur contre sa protection. La corvée, c’est ça. Donc pour le pauvre homme, ce sont des jours de travail en plus.
Ligne 12 : « Lui font d’un malheureux la peinture achevée ». Donc ici, il y a une inversion. « Lui font », on pourrait dire « font de lui ». Donc on reprend les éléments d’avant — la femme, les enfants, les soldats, les impôts, le créancier, la corvée — font de lui un malheureux en tout point. C’est comme si on avait peint, comme si une peinture montrait qu’il est le plus malheureux du monde. On a achevé un tableau de tout le malheur du monde. Donc c’est « font de lui un malheureux en tout point ».
Alors qu’est-ce qu’il va faire ce vieil homme ? Il a réfléchi à sa vie, il est fatigué, il est épuisé, il n’a pas d’argent, il n’a aucun bonheur. Et donc, ligne 13 : « Il appelle la Mort, elle vient sans tarder ». Alors ici, la Mort, c’est évidemment le moment où on va mourir. On la représente souvent avec un long manteau noir, comme un squelette avec une faux. Ici, dans la fable, la Mort a une majuscule parce qu’elle est considérée comme une divinité, comme quelque chose de divin. Elle vient sans tarder — ça veut dire qu’elle vient rapidement. Tarder à faire quelque chose, c’est prendre du temps. Donc sans tarder, ça veut dire sans prendre de temps, rapidement. Donc il s’est assis, il a réfléchi à sa vie, il appelle la Mort et elle arrive devant lui.
Ligne 14 : « Lui demande ce qu’il faut faire ». Donc la Mort demande au bûcheron, demande à ce vieil homme comment il veut mourir, puisqu’il l’a appelée.
Ligne 15 : « C’est, dit-il, afin de m’aider ». Là, c’est bizarre. Il répond « c’est pour m’aider » et on va voir m’aider à quoi.
Ligne 16 : « À recharger ce bois. Tu ne tarderas guère ». Ici en fait, le bûcheron répond à la Mort qu’il l’a appelée juste pour l’aider à ramasser le bois. « Tu ne tarderas guère », ça veut dire tu vas aller vite. Guère, c’est un vieux mot pour dire pas — on pourrait dire « tu ne tarderas pas », donc ça va être rapide. Ici en fait, le vieil homme avait beaucoup de malheur, beaucoup de souffrance, n’avait pas d’argent, et donc il a appelé la Mort. Mais en voyant la Mort, il a eu peur et donc il a demandé à la Mort juste de l’aider à ramasser le bois. En fait, il ne voulait pas mourir, il préfère souffrir que de mourir. Il utilise le bois comme prétexte pour dire que c’est juste à cause de ça qu’il l’a appelée et surtout pas pour mourir.
Ligne 17 : « Le trépas vient tout guérir ». Donc ici, on va commencer la morale de la fable, parce que très souvent, les fables de La Fontaine ont une morale. Le trépas, c’est la mort. C’est le même mot. Et « vient tout guérir », ça veut dire évidemment qu’à partir du moment où vous êtes mort, il n’y a plus rien. La mort efface tout, la mort guérit tout. Sauf qu’après, on est mort, on ne vit plus.
Ligne 18 : « Mais ne bougeons d’où nous sommes ». Bouger, ça veut dire se déplacer d’un endroit à un autre. Ici dans la fable, ce serait se déplacer du royaume des vivants, de la Terre, vers le royaume des morts. Mais la phrase commence par « mais ». Donc ici, l’auteur dit « mais nous ne voulons pas mourir, nous ne voulons pas bouger de là où nous sommes, et nous sommes sur la Terre. Nous ne voulons pas mourir. »
Ligne 19 — la vraie morale de la fable, même si on l’avait commencée un peu avant : « Plutôt souffrir que mourir ». Vous voyez ici, le bûcheron a préféré souffrir plutôt que de mourir. Il a préféré sa vie malheureuse avec ses problèmes, avec le fait qu’il n’ait pas d’argent, avec sa famille, plutôt que mourir. Il préfère vivre, même s’il vit mal, plutôt que mourir.
Ligne 20 : « C’est la devise des hommes ». La devise, c’est une phrase qui va résumer la pensée de quelqu’un, d’un groupe de personnes, ou d’un pays. Par exemple, la devise de la France, c’est « Liberté, Égalité, Fraternité ». Ma devise à moi, c’est « De l’échec naît la réussite ». C’est une phrase que j’adore et j’en ai fait ma devise. Elle m’accompagne beaucoup. Ça veut dire que c’est en échouant, en ratant, en essayant plusieurs fois, qu’on réussit. Donc ici dans la fable, la devise des hommes, c’est la phrase d’avant : plutôt souffrir que mourir. C’est la devise des hommes. Donc ici, l’auteur a créé une morale qui invite à la réflexion. Préférez-vous souffrir énormément ou alors mourir ? Et peut-être qu’au moment où vous allez mourir, vous direz à la Mort « Ah non, finalement, je préfère souffrir, je préfère vivre ». C’est une morale sur laquelle on pourrait beaucoup parler et discuter.
On est arrivé au bout de l’analyse de cette fable. Je vais vous la relire en entier, la version originale de La Fontaine, et après je vais vous lire ma version plus facile à comprendre. C’est parti !
La Mort et le Bûcheron par Jean de La Fontaine.
Un pauvre bûcheron, tout couvert de ramée, Sous le faix du fagot aussi bien que des ans, Gémissant et courbé, marchait à pas pesants, Et tâchait de gagner sa chaumine enfumée. Enfin, n’en pouvant plus d’effort et de douleur, Il met bas son fagot, il songe à son malheur. Quel plaisir a-t-il eu depuis qu’il est au monde ? En est-il un plus pauvre en la machine ronde ? Point de pain quelquefois, et jamais de repos. Sa femme, ses enfants, les soldats, les impôts, Le créancier et la corvée Lui font d’un malheureux la peinture achevée. Il appelle la Mort, elle vient sans tarder, Lui demande ce qu’il faut faire. « C’est, dit-il, afin de m’aider À recharger ce bois. Tu ne tarderas guère. Le trépas vient tout guérir. Mais ne bougeons d’où nous sommes. Plutôt souffrir que mourir, C’est la devise des hommes. »
Et maintenant, ma version simplifiée. C’est parti !
La Mort et le Bûcheron.
Un homme pauvre, couvert de branches, sous le poids du bois et des années, gémissant et courbé, marchait difficilement et essayait de rentrer chez lui. Enfin, totalement épuisé, il pose son bois et réfléchit aux malheurs de sa vie. Quelle joie a-t-il connue depuis qu’il est né ? Y a-t-il quelqu’un de plus malheureux que lui sur Terre ? Pas de pain, pas de repos. Sa femme, ses enfants, les soldats, les impôts, le créancier et les jours de travail en plus font de lui un malheureux en tout point. Il appelle la Mort. Elle vient rapidement. La Mort demande au malheureux comment il veut mourir. Il répond : « C’est pour m’aider à ramasser ce bois. Ça devrait être rapide. » La mort efface tout, mais nous ne voulons pas mourir, car nous avons peur. Plutôt souffrir que mourir, c’est la devise des hommes.
Voilà, on arrive au bout de cette analyse. J’espère que vous avez un peu compris. S’il y a des fables de La Fontaine ou des poèmes que vous aimez et que vous voudriez que je vous explique, vous pouvez tout à fait m’envoyer un message sur Patreon. Merci beaucoup de m’avoir écouté, à bientôt ! Bye bye, hasta luego, matane !
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