« Prendre au pied de la lettre » et la nature et la fonction des mots

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Bonjour à toutes, bonjour à tous et bienvenue dans Le Français, c’est facile ! avec Adrien. Alors aujourd’hui, on est le mardi 1er avril et le 1er avril en France, c’est le jour des poissons d’avril. Je vous explique ce que c’est : c’est une tradition en France, le 1er avril, de faire des plaisanteries, de faire des blagues. Quand on est enfant, la blague la plus connue, la plus courante, c’est de dessiner un poisson sur un papier, de découper ce papier en forme de poisson, de prendre un petit scotch et de coller ce poisson dans le dos de quelqu’un sans qu’il ne s’en rende compte. C’est une blague, une plaisanterie.

Et donc le 1er avril, près des enfants, avec les professeurs dans les cours d’école, là où il y a des enfants, on voit souvent des gens avec des petits poissons en papier collés dans le dos. Ça, c’est une blague d’enfant. Mais il y a aussi beaucoup d’adultes qui font des poissons d’avril. Faire un poisson d’avril, ça veut dire dire quelque chose de faux le 1er avril. Si vous entendez en France le 1er avril à la radio « aujourd’hui, 10 000 Français ont gagné 200 millions d’euros au loto », c’est un poisson d’avril. À la radio, à la télé, sur internet, le 1er avril, on va trouver beaucoup de blagues, beaucoup de plaisanteries. Donc attention, si vous voyez ou si vous lisez des informations le 1er avril en France, ce sont peut-être des poissons d’avril, ce sont peut-être des choses fausses, des plaisanteries.

Ça peut être aussi un de vos amis ou plusieurs amis qui vous font une blague et une fois que vous avez découvert la blague, une fois que vous avez compris que c’était faux, la personne va vous dire « poisson d’avril ! » Ça veut dire « eh oui, c’était faux, c’était une blague ». Je me souviens, quand j’étais au collège, en troisième, j’avais donc 14 ans à l’époque, eh bien quand je suis arrivé un matin au collège, il y avait une rumeur qui circulait. Apparemment, une fille de troisième, dans une autre classe que moi, était tombée enceinte d’un surveillant. C’était un scandale. Vous imaginez : une élève tombée enceinte suite à une relation avec un surveillant. Pendant quelques heures, la rumeur a circulé, il y a eu des bruits de couloir, tout ça pour qu’à midi, 13 heures, on annonce que c’était un poisson d’avril. Et il y avait peu de personnes qui avaient remarqué qu’on était le 1er avril, tellement l’information semblait grave et importante qu’on ne pensait pas que ça pouvait être une blague. Et ça, ça m’avait marqué à l’époque.

Donc, retenez bien : le 1er avril en France, on fait des blagues, on fait des plaisanteries, et après on dit « poisson d’avril ». Et voilà !

Et maintenant, on va s’attaquer à quelque chose de moins marrant — et là, ce n’est pas un poisson d’avril — c’est l’astuce de français du jour. Aujourd’hui, je vais vous parler de la nature et de la fonction des mots. Pour que vous puissiez bien comprendre la grammaire en français, il faut que vous compreniez le sens des mots. Évidemment, si je vous dis « une maison », vous savez ce que c’est. Mais si je vous dis « un anachorète », vous ne connaissez peut-être pas ce mot. « Maison », vous savez ce que c’est, c’est là où on vit. Mais dans une phrase, ce mot « maison » va avoir une nature et une fonction. Et pour comprendre les règles de grammaire du français, c’est important de comprendre ce qu’est la nature et ce qu’est la fonction d’un mot.

On va en parler demain de la nature des mots et après-demain de la fonction. À chaque fois, je vais vous prendre beaucoup d’exemples pour que vous puissiez comprendre la différence et comprendre pourquoi c’est utile de savoir ça en français.

On va reprendre le mot « maison ». « Une maison », c’est un nom commun. « Adrien », mon prénom, c’est un nom propre. Ça, c’est la nature du mot. Ça veut dire que ce mot, peu importe là où il est utilisé dans la phrase, peu importe son utilisation, peu importe là où il est placé, la nature va rester la même. « Maison » sera toujours un nom commun et « Adrien » sera toujours un nom propre.

Maintenant, si je vous donne une phrase, eh bien, selon l’endroit où le mot « maison » est placé, selon comment il est utilisé, la fonction va changer. « Ma maison est blanche » ou « la maison est blanche » — ici, « maison » c’est le sujet de la phrase. Eh bien, dans cette phrase, la nature de « maison » va être un nom commun et sa fonction, un sujet. Alors, évidemment, pour ce mot-là et cette utilisation, c’est assez facile à comprendre. Mais il existe beaucoup de natures de mots différentes et beaucoup de fonctions différentes.

Si je vous dis « j’ai acheté une maison », eh bien dans cette phrase, « maison » sera toujours un nom commun, mais sa fonction va être complément d’objet direct. J’ai acheté quoi ? Une maison — donc COD. Vous voyez, la nature reste la même et la fonction va changer.

Je vais vous raconter mon histoire personnelle avec cette règle du français. Je pense qu’on apprend ça en CE1 ou en CE2. CE1 ou CE2, c’est Cours Élémentaire 1, Cours Élémentaire 2. En France, on rentre à l’école à 3 ans en maternelle, 3, 4, 5 ans ; à 6 ans, on rentre en cours préparatoire, en CP ; à 7 ans, CE1 ; à 8 ans, CE2 ; à 9 ans, cours moyen 1, CM1 ; et à 10 ans, CM2. Donc la nature et la fonction, je pense qu’on voit ça vers 7-8 ans, peut-être 9 ans, je ne sais pas.

Bref, je me souviens d’après-midi entiers passés avec ma mère qui essayait de me faire comprendre la différence entre les deux. Et moi, je ne comprenais rien, absolument rien. Je l’écoutais en marchant, en courant dans la pièce, avec la tête en bas, en faisant des grimaces. Et ma mère, tranquille, me disait : « tant que tu n’as pas compris, tu ne vas pas jouer avec tes copains. » J’ai passé plusieurs heures dans la pièce avec elle à ne rien comprendre et à ne pas aller jouer avec mes amis. Évidemment, aujourd’hui, le temps a passé. Après mes 8, 9, 10 ans, j’ai compris et j’ai pu être meilleur en grammaire, meilleur en orthographe, mieux comprendre le français. Tout ça pour vous dire que c’est une notion pas simple à comprendre. Donc, réécoutez le podcast si besoin et allez voir sur internet si vous voulez approfondir, parce que c’est très important pour la compréhension du français.

Donc, aujourd’hui, on a fait une petite approche sur la nature et la fonction des mots. Demain, on va étudier la nature des mots. Et dans deux jours, après-après-demain, on va étudier la fonction des mots — parce qu’après-demain, on voit une nouvelle fable de La Fontaine.

Et maintenant, on passe à l’expression du jour : « prendre au pied de la lettre ». Alors, le verbe « prendre ». « Prendre » c’est un verbe du troisième groupe dont on a déjà parlé, qui veut souvent dire attraper quelque chose avec la main. Là, je suis en train de prendre un stylo avec ma main. Vous pourriez dire aussi « je prends une baguette de pain » ou « elle prend une assiette pour manger » — elle va attraper avec sa main une assiette pour manger. Ça, c’est le premier sens de « prendre ».

« Prendre » peut aussi vouloir dire emporter quelque chose avec soi, en prévision de la pluie ou en prévision de faire du sport. En fait, vous emmenez quelque chose dont vous vous servirez après. Je vous donne des exemples. « Je prends un parapluie, car il va peut-être pleuvoir. » Donc j’emporte un parapluie avec moi au cas où il pleut. Autre exemple : vous avez devant vous une personne âgée qui a du mal à marcher — eh bien, elle a pris une canne en sortant de chez elle. Elle prend une canne pour marcher. Ici, le verbe « prendre » est utilisé pour emporter quelque chose avec soi en prévision de la marche. Moi, je fais du sport : du badminton, un peu de rameur et du golf. Eh bien, quand je vais jouer au badminton, je prends ma raquette et mes volants pour aller jouer. J’emporte avec moi raquette et volants. Ça, c’est le deuxième sens de « prendre ».

On a déjà vu quelques podcasts avec ce verbe où je vous avais donné d’autres sens de « prendre ». Vous pouvez aller les écouter si vous voulez. Mais ici, dans l’expression « prendre au pied de la lettre », « prendre » ça veut dire autre chose. Il faut voir l’expression dans son ensemble. Mais si on voulait séparer l’expression mot par mot, on pourrait remplacer « prendre » par « comprendre » ou « interpréter » — « comprendre au pied de la lettre ». Vous allez mieux saisir quand je vais vous donner l’origine de l’expression et des exemples.

Ensuite, vous avez les mots « au pied de la lettre ». Prenons ces cinq mots dans leur ensemble et pas séparément. Ça veut dire quoi ? « Au pied de la lettre. » Est-ce qu’une lettre a un pied ? Évidemment que non. Les humains ont des pieds, les tables ont des pieds, on peut dire un pied de chaise, mais une lettre n’a pas de pied. Alors, cette expression fait en fait écho à celle d’hier. Hier, on a parlé de « c’est passé comme une lettre à la poste » — eh bien, dans « prendre au pied de la lettre », c’est le même sens pour le mot « lettre » : c’est une lettre écrite par quelqu’un.

Mais pourquoi « au pied » alors ? Je vais vous parler tout de suite de l’origine de l’expression et comme ça, vous allez comprendre sa signification. Cette expression vient du XVIe siècle, mais elle fait allusion à un extrait de la Bible. La Bible, c’est l’ensemble des textes sacrés pour les chrétiens, comme la Torah pour les Juifs ou le Coran pour les musulmans. Dans cette Bible, il y a un extrait, une lettre, qui souligne la différence qui peut exister entre ce qu’on dit ou ce qu’on écrit et le sens réel derrière les mots. On appelle ça des sous-entendus. Eh bien, « prendre au pied de la lettre », ça veut dire ne pas voir, ne pas entendre les sous-entendus. Toujours comprendre les choses au premier degré, ne jamais percevoir ce qui peut exister derrière les mots. On peut aussi dire « rester sur le sens premier des mots ».

Je vais vous donner des exemples. D’abord, un exemple de sous-entendu pour que vous sachiez ce que c’est. Vous avez invité des amis à dîner chez vous. Vous discutez, la soirée se passe bien et il commence à être une heure, deux heures du matin. Vous, vous travaillez le lendemain, vous avez envie qu’ils s’en aillent. Donc, au lieu de dire « est-ce que vous pourriez partir ? », ce qui serait un peu vexant, un peu maladroit, vous pouvez dire « il se fait tard, non ? » En disant ça, vous dites en réalité « maintenant, on a passé une bonne soirée, mais j’aimerais que vous partiez bientôt. » Mais vous ne leur dites pas en face. Et eux, ils vont comprendre le sous-entendu, ils vont comprendre qu’il faut partir bientôt. Eh bien ça, c’est un sous-entendu. Et « prendre les choses au pied de la lettre », c’est ne pas comprendre ces sous-entendus.

Je vais vous donner d’autres exemples. Il y a quelques jours, on a parlé de l’expression « avoir la main verte ». Si je dis à quelqu’un « j’ai la main verte » et que cette personne regarde ma main, elle va prendre au pied de la lettre ce que je lui ai dit. Elle va penser que ma main est vraiment verte, alors qu’ »avoir la main verte », ça veut dire être doué pour cultiver des plantes. Et pour beaucoup d’expressions françaises, c’est la même chose : il ne faut pas prendre les choses au pied de la lettre.

On a vu aussi, il y a quelques jours, « avoir la tête dans les nuages ». Si vous dites à quelqu’un « j’ai souvent la tête dans les nuages » et que cette personne vous répond « mais non, elle est sur tes épaules, ta tête ! », ça voudra dire qu’elle prend les choses au pied de la lettre. Elle ne comprend pas les images, elle ne comprend pas les sous-entendus.

Donc, « prendre au pied de la lettre », avec tous ces exemples, vous voyez bien que ça veut dire « prendre avec rigueur », « prendre mot pour mot », ne pas comprendre les images derrière les expressions. On dit aussi « prendre à la lettre » — vous pouvez dire « prendre au pied de la lettre » ou simplement « prendre à la lettre ».

En anglais, on dit « to take something at face value ». Et maintenant, on arrive à la fin du podcast. Je vous remercie, vous pouvez m’envoyer un message à tout moment, de préférence sur Patreon, YouTube ou Instagram. D’ailleurs, c’est marrant parce que les écoutes du podcast augmentent tous les jours, mais les personnes qui me suivent sur Instagram, il n’y en a pas plus. J’en ai toujours, je ne sais pas, huit ou neuf, alors que les écoutes augmentent. Peu importe, de toute façon, Instagram n’est qu’un moyen de me contacter, comme Patreon et YouTube. Ce qui est important, c’est d’écouter du français. C’est d’écouter, écouter et encore écouter du français. Allez, je vous laisse, ça fait 20 minutes que je blablatе. À demain, bye bye, hasta luego, mata ne !


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