Serge lama – Je suis malade

Written in

by

Lire la trancsription

Bonjour à toutes et à tous. Aujourd’hui, on inaugure un nouveau format : l’analyse de chansons. Pour cette première, j’ai choisi une de mes chansons françaises préférées — Serge Lama, Je suis malade. Vous trouverez les paroles écrites sur Patreon.

Voici comment on va procéder : je vous passe d’abord la chanson en entier, puis on l’analyse couplet par couplet, refrain par refrain — un peu comme on a fait avec les fables de La Fontaine. À la fin, je vous repasse la chanson en entier pour voir si vous la comprenez mieux. C’est parti.


[Chanson : Serge Lama — Je suis malade]


C’est sublime. Chaque fois que je l’écoute, j’ai la chair de poule. Cette chanson date de 1973. Maintenant, on l’analyse phrase par phrase.

Premier couplet.

Je ne rêve plus, je ne fume plus. L’auteur n’arrive plus à rêver — les images qu’on a dans la tête la nuit — et il ne fume plus.

Je n’ai même plus d’histoires. On ne sait pas encore de quelle histoire il parle — ça viendra.

Je suis sale sans toi, je suis laid sans toi. Il manque quelqu’un à l’auteur. Sans cette personne, il se sent sale, laid, un moins que rien.

Je suis comme un orphelin dans un dortoir. Un orphelin, c’est un enfant qui n’a plus de parents et qu’on place dans un orphelinat. Le dortoir, c’est la grande salle où dorment ces enfants. L’auteur se sent comme quelqu’un qui a perdu un être aimé. On comprend que cette chanson parlera d’amour — ou plutôt de la maladie que l’amour peut provoquer.

Je n’ai plus envie de vivre ma vie. La personne ne veut plus vivre.

Ma vie cesse quand tu pars. Cesser, c’est s’arrêter. Ma vie s’arrête quand tu pars.

Je n’ai plus de vie et même mon lit se transforme en quai de gare quand tu t’en vas. L’auteur compare son lit à un quai de gare. Le lit, c’est un endroit réconfortant, intime — en couple, c’est un espace partagé. Un quai de gare, c’est un lieu de passage : les gens arrivent, repartent, arrivent, repartent. On comprend que la relation décrite n’est pas une relation stable — plutôt une relation où les deux personnes se voient brièvement, peut-être une liaison entre deux personnes déjà mariées chacune de leur côté.

Premier refrain.

Je suis malade, complètement malade. L’auteur est malade de ne pas être avec l’être aimé.

Comme quand ma mère sortait le soir et qu’elle me laissait seul avec mon désespoir. Ici, on passe de l’imparfait — les souvenirs d’enfance — au présent pour la relation amoureuse. Sortir le soir, c’est partir dîner ailleurs, faire la fête. L’auteur, enfant, était laissé seul par sa mère qui sortait. Et il dit seul avec mon désespoir — figure intéressante : quand on est seul, il n’y a personne. Mais là, il n’est pas vraiment seul — il est avec sa tristesse, avec son désespoir, c’est-à-dire un profond chagrin qui fait perdre tout espoir.

Je suis malade, parfaitement malade.

T’arrives, on ne sait jamais quand, tu repars, on ne sait jamais où. Cela reprend l’image du quai de gare : la personne aimée arrive à l’improviste et repart sans prévenir. Confirmation que la relation est interdite.

Et ça va faire bientôt deux ans que tu t’en fous. L’auteur reproche à la personne aimée que depuis deux ans, ils se voient en coup de vent, sans jamais vraiment être ensemble — et elle s’en moque, elle n’en a rien à faire.

Deuxième couplet.

Comme à un rocher, comme à un péché, je suis accroché à toi. Il est accroché à elle comme une moule ou une huître s’accroche à un rocher. Il l’aime avec une force irrésistible.

Je suis fatigué, je suis épuisé de faire semblant d’être heureux quand ils sont là. Si c’est une relation adultère, quand les deux couples se retrouvent, l’auteur doit prétendre être heureux avec sa propre femme — alors qu’il voudrait être avec l’autre.

Je bois toutes les nuits, mais tous les whiskys ont le même goût. Il boit pour oublier, mais rien n’a plus de saveur. Quand l’être aimé est absent, tout devient fade.

Et tous les bateaux portent ton drapeau. En haut des bateaux, il y a toujours un drapeau — celui d’un pays, ou autrefois celui des pirates. Ici, tous les bateaux portent le drapeau de la personne aimée : où qu’il regarde, il pense à elle.

Je ne sais plus où aller, tu es partout. La personne n’est pas là physiquement, mais l’amour est si fort que l’auteur la voit partout.

Deuxième refrain.

Je verse mon sang dans ton corps. Le sang, c’est la vie, la vitalité. Lui donner son sang, c’est lui donner tout ce qu’il est.

Et je suis comme un oiseau mort quand toi tu dors. On ne sait pas si l’être aimé dort à côté de lui ou dans le lit de son mari. Mais quand elle dort, l’auteur se sent mourir. On dit parfois que dormir, c’est mourir un peu — ici, ce lien entre sommeil et mort est très présent.

Tu m’as privé de tous mes chants, tu m’as vidé de tous mes mots, pourtant moi j’avais du talent avant ta peau. On passe au passé composé — l’auteur parle du passé. Serge Lama évoque ici son père : lui aussi était chanteur, mais sans succès, et il a tenté de décourager son fils de faire ce métier. Tu m’as privé de tous mes chants, tu m’as vidé de tous mes mots — il reproche à son père de l’avoir empêché de devenir chanteur. J’avais du talent avant toi, avant que tu me décourages.

Dans cette chanson, Serge Lama parle donc de trois souffrances : l’amour impossible pour une femme mariée, la mère qui le laissait seul enfant, et le père qui a tenté d’étouffer sa vocation.

Dernier couplet.

Cet amour me tue. L’amour est en train de le détruire.

Si ça continue, je crèverai seul avec moi. Crever, c’est mourir — langage familier. Seul avec moi : quand on est seul, il n’y a personne — mais ici, il mourra seul avec lui-même, avec sa tristesse. Cela renforce le sentiment d’isolement total.

Auprès de ma radio, comme un gosse idiot. Un gosse, c’est un enfant. Idiot, c’est bête. Il mourra seul près de sa radio, comme l’enfant bête qu’il était — celui qui n’a pas su s’opposer à ses parents, qui n’avait pas la force de le faire.

Écoutant ma propre voix qui chantera. Il mourra en s’écoutant lui-même chanter à la radio — sa propre chanson, Je suis malade, qui est devenue célèbre. L’image est saisissante : mourir seul chez soi en s’écoutant chanter sa propre souffrance.

Dernier refrain.

Tu m’as privé de tous mes chants, tu m’as vidé de tous mes mots — le père, encore.

Et j’ai le cœur complètement malade, cerné de barricades. Des barricades, c’est ce qu’on utilise dans les manifestations pour bloquer les rues — des grillages, des pneus, des palettes. Son cœur est tellement meurtri qu’il est entouré de barrières, difficilement accessible. Il est trop malade pour laisser entrer quiconque.

Tu entends, je suis malade. La dernière adresse directe à l’être aimé. Vous avez compris.

J’espère que ce format vous a plu. C’est plus long qu’une expression ou qu’une fable, parce que le texte est riche et mérite qu’on s’y attarde. Si vous avez des suggestions de chansons à analyser, envoyez-moi un message sur Patreon — de préférence de la variété française, assez connue, plutôt que du rap où la langue est souvent très rapide et argotique. Merci beaucoup de m’avoir écouté jusqu’au bout. À bientôt, bye bye, hasta luego, matane !


En savoir plus sur Le français c'est facile avec Adrien

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

Laisser un commentaire

Le français c'est facile avec Adrien

Apprenez le français naturellement, quotidiennement avec des podcasts, des contes, des fables, des chansons, des livres audio pour débutants, intermédiaires et avancés

En savoir plus sur Le français c'est facile avec Adrien

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture