La laitière et le pot au lait

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Bonjour à toutes, bonjour à tous et bienvenue dans Le Français, c’est facile ! avec Adrien. Aujourd’hui, on est le vendredi 2 mai 2025 et j’espère que vous êtes bien réveillés et que vos sens sont à l’affût, parce qu’on va étudier une fable de La Fontaine qui n’est pas très facile. L’histoire est assez connue en France, mais Jean de La Fontaine — le fabuliste qui a écrit de nombreuses fables — utilise parfois des mots de vieux français, ce qui rend la compréhension plus difficile. En plus, cette fable fait 43 lignes, donc on va l’étudier en deux fois.

Ce qu’on va faire, c’est que comme d’habitude, je vais vous lire la fable en entier, puis je vais la prendre ligne par ligne. À chaque fois, je vous dirai « ligne 1 », « ligne 2 » — ou « premier vers », « deuxième vers », car dans une poésie ou une fable, une ligne s’appelle un vers. Les deux termes veulent dire la même chose. Je vais surveiller le temps, et quand on arrivera à environ 25 minutes, j’arrêterai le podcast pour aujourd’hui — on continuera demain.

Hier et avant-hier, pour faciliter la compréhension, je vous ai déjà expliqué deux expressions françaises tirées de cette fable. La première, c’était « Adieu veau, vache, cochon, couvée » — vous pouvez réécouter le podcast d’il y a deux jours si vous l’avez manqué. Et hier, on a vu ensemble « être Gros-Jean comme devant » — qui est d’ailleurs la dernière ligne de cette fable.

J’espère que vous êtes bien réveillés, que vous êtes assis, que vous marchez, que vous promenez votre chien, que vous êtes dans votre voiture — peu importe, mais écoutez bien et essayez de comprendre. Je vous lis donc la fable en entier. Aujourd’hui ou demain, je vous la relirai, et ensuite je vous lirai une version simplifiée que j’ai écrite moi-même. Allez, c’est parti !

La Laitière et le Pot au lait, par Jean de La Fontaine.

Perrette, sur sa tête ayant un pot au lait Bien posé sur un coussinet, Prétendait arriver sans encombre à la ville. Légère et court-vêtue, elle allait à grands pas, Ayant mis ce jour-là, pour être plus agile, Cotillon simple et souliers plats. Notre laitière ainsi troussée Comptait déjà dans sa pensée Tout le prix de son lait, en employait l’argent, Achetait un cent d’œufs, faisait triple couvée ; La chose allait à bien par son soin diligent. « Il m’est, disait-elle, facile D’élever des poulets autour de ma maison ; Le Renard sera bien habile S’il ne m’en laisse assez pour avoir un cochon. Le porc à s’engraisser coûtera peu de son ; Il était, quand je l’eus, de grosseur raisonnable ; J’aurai, le revendant, de l’argent bel et bon. Et qui m’empêchera de mettre en notre étable, Vu le prix dont il est, une vache et son veau, Que je verrai sauter au milieu du troupeau ? » Perrette là-dessus saute aussi, transportée. Le lait tombe. Adieu veau, vache, cochon, couvée. La dame de ces biens, quittant d’un œil marri Sa fortune ainsi répandue, Va s’excuser à son mari, En grand danger d’être battue. Le récit en farce en fut fait ; On l’appela le Pot au lait.

Quel esprit ne bat la campagne ? Qui ne fait châteaux en Espagne ? Picrochole, Pyrrhus, la laitière, enfin tous, Autant les sages que les fous. Chacun songe en veillant ; il n’est rien de plus doux. Une flatteuse erreur emporte alors nos âmes ; Tout le bien du monde est à nous, Tous les honneurs, toutes les femmes. Quand je suis seul, je fais au plus brave un défi ; Je m’écarte, je vais détrôner le Sophi ; On m’élit, on me fait grand roi. Les diadèmes vont sur ma tête pleuvant. Quelque accident fait-il que je rentre en moi-même, Je suis Gros-Jean comme devant.

Alors, est-ce que vous saignez du nez ? Est-ce que vous avez fait un AVC en entendant ça ? Je sais que c’est compliqué — même moi, en lisant, je me disais « mes auditeurs ne vont rien comprendre. » Mais si vous n’avez rien compris, c’est tout à fait normal. On va prendre ça ligne par ligne et je vais vous expliquer l’histoire.

Ligne 1 : Perrette, sur sa tête ayant un pot au lait.

Perrette, c’est le prénom d’une femme — elle s’appelle Perrette. Et elle a un pot avec du lait posé sur sa tête. Le lait, c’est ce qu’on tire de la vache — ce qu’on peut boire, ce qu’on met dans le chocolat chaud. Cette femme porte donc un pot de lait sur la tête.

Ligne 2 : Bien posé sur un coussinet.

Un coussinet, c’est un petit coussin. Il y a donc un petit coussin entre la tête de Perrette et le pot, pour l’empêcher de tomber et bien le stabiliser.

Ligne 3 : Prétendait arriver sans encombre à la ville.

« Prétendre » ici veut dire « penser pouvoir faire quelque chose. » « Sans encombre » veut dire « sans problème. » Donc Perrette pensait pouvoir arriver en ville sans difficulté. Et quand l’auteur dit « prétendait », on comprend déjà qu’elle n’y arrivera pas — qu’il va se passer quelque chose. On ne sait pas encore quoi, mais le mot annonce le problème.

Ligne 4 : Légère et court-vêtue, elle allait à grands pas.

Une description de Perrette : habillée simplement, elle marchait rapidement, d’un pas assuré, sur son chemin avec son pot de lait sur la tête. Cette description va se poursuivre sur quatre lignes.

Ligne 5 : Ayant mis ce jour-là, pour être plus agile.

« Agile » veut dire à l’aise, souple. « Ayant mis » est ce qu’on appelle un participe composé — on n’en a pas encore parlé, mais on le fera un jour. On va nous dire à la ligne suivante ce qu’elle a mis pour se sentir plus à l’aise.

Ligne 6 : Cotillon simple et souliers plats.

Un cotillon, c’est une petite jupe. Des souliers, ce sont des chaussures. Perrette a donc mis une jupe simple et des chaussures plates pour être à l’aise en marchant.

Ligne 7 : Notre laitière ainsi troussée.

« Troussée » veut dire habillée, apprêtée. On a donc eu, depuis la ligne 4 jusqu’ici, une description complète de Perrette — son allure, sa posture, ses vêtements. Ce qui est intéressant dans cette ligne 7, c’est le mot « notre. » En disant « notre laitière » plutôt que « cette laitière », l’auteur nous rapproche d’elle — il veut qu’on s’identifie à ce personnage, qu’on se l’approprie.

À partir de la ligne suivante — de la ligne 8 à la ligne 21 — on va rentrer dans la tête de Perrette. On va lire ses pensées.

Ligne 8 : Comptait déjà dans sa pensée.

Perrette marche avec son pot de lait sur la tête et commence à réfléchir, à calculer dans sa tête. Mais quoi ? On le découvre tout de suite.

Ligne 9 : Tout le prix de son lait, en employait l’argent.

Perrette calcule le prix qu’elle pourrait obtenir de la vente de son lait. Elle veut le vendre au marché, en ville, et utiliser l’argent pour acheter autre chose — ce qu’on voit à la ligne suivante.

Ligne 10 : Achetait un cent d’œufs, faisait triple couvée.

L’idée générale : Perrette vend son lait, achète des œufs — « un cent d’œufs », c’est-à-dire une centaine d’œufs — et les fait éclore. « Triple couvée » suggère plusieurs portées de poussins. J’ai cherché la signification exacte, mais je n’ai pas trouvé d’explication certaine. L’essentiel, c’est qu’elle vend son lait, achète des œufs, et les fait éclore pour obtenir des poulets.

Ligne 11 : La chose allait à bien par son soin diligent.

Perrette pense qu’elle va réussir en étant sérieuse et méticuleuse. « Soin diligent » veut dire soin attentif, travail consciencieux.

Je vous signale quelque chose d’intéressant : depuis le début de la fable, l’auteur utilise l’imparfait — « prétendait », « allait », « comptait », « achetait. » Quasiment tous les verbes sont à l’imparfait pendant ces onze premières lignes — c’est pour nous présenter Perrette et nous faire comprendre ce qu’elle voulait faire avec l’argent de la vente de son lait. À partir de la ligne 12, on va avoir du présent et du futur, parce qu’on entre vraiment dans sa tête.

Ligne 12 : « Il m’est, disait-elle, facile.

On passe au présent. Perrette pense que c’est facile pour elle de…

Ligne 13 : D’élever des poulets autour de ma maison.

Elle a vendu son lait, acheté des œufs, les œufs ont donné des poussins puis des poulets. Elle dit qu’il est facile pour elle d’élever des poulets autour de chez elle.

Ligne 14 : Le Renard sera bien habile.

C’est une formulation ancienne. Elle veut dire que le renard aurait du mal à lui voler ses poulets — elle espère qu’il lui en laissera assez. On voit pourquoi à la ligne suivante.

Ligne 15 : S’il ne m’en laisse assez pour avoir un cochon.

Elle espère que le renard lui laissera assez de poulets pour les vendre et acheter un cochon. Donc : lait → œufs → poulets → cochon. Hier et avant-hier, dans l’expression « Adieu veau, vache, cochon, couvée », je vous ai expliqué ce qu’était un cochon.

Ligne 16 : Le porc à s’engraisser coûtera peu de son.

« Le porc », c’est le cochon — même animal, deux noms. « À s’engraisser » veut dire « à faire grossir. » Le son, c’est une céréale bon marché utilisée pour nourrir les animaux. Perrette dit que faire grossir le cochon ne lui coûtera presque rien.

Ligne 17 : Il était, quand je l’eus, de grosseur raisonnable.

C’est du vieux français pour dire qu’il faut que le cochon soit d’une bonne taille — assez gros pour être revendu à bon prix.

Ligne 18 : J’aurai, le revendant, de l’argent bel et bon.

En revendant son beau cochon bien gras, Perrette pense en tirer une belle somme d’argent.

Ligne 19 : Et qui m’empêchera de mettre en notre étable.

Avec cet argent, Perrette envisage de remplir son étable. Une étable, c’est un bâtiment prévu pour accueillir des vaches, des veaux, des taureaux.

Ligne 20 : Vu le prix dont il est, une vache et son veau.

Avec l’argent de la vente du cochon, elle pourrait acheter une vache et son petit — le veau. On est toujours dans sa tête, et elle a déjà imaginé tout ce chemin : lait → œufs → poulets → cochon → vache et veau.

Ligne 21 : Que je verrai sauter au milieu du troupeau.

Elle s’imagine voir son petit veau gambader dans un troupeau. Un troupeau, c’est un groupe d’animaux rassemblés. Je me pose quand même la question : si elle a déjà un troupeau, pourquoi part-elle vendre du lait à pied depuis le début ? Mais passons — c’est une fable, pas un cours d’économie agricole.

Donc, de la ligne 8 à la ligne 21, on est dans les pensées de Perrette. On est dans la tête de la laitière. Et à partir de la ligne 22 — jusqu’à la ligne 27 — il y a un retour à la réalité. On sort de sa tête et il va se passer quelque chose. Mais ça, ce sera pour demain, car ça fait déjà 25 minutes que je parle.

Pour résumer où on en est : Perrette marche sur un chemin avec son pot de lait sur la tête, et dans sa tête, elle a déjà vendu ce lait, acheté des œufs, élevé des poulets, vendu les poulets, acheté un cochon, engraissé le cochon, revendu le cochon, et acheté une vache et un veau — le tout sans avoir encore fait un seul pas vers le marché. On reprend demain à la ligne 22. Merci beaucoup. À bientôt ! Bye bye, hasta luego, matane !

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Voici le texte corrigé dans son intégralité :


Bonjour à toutes, bonjour à tous et bienvenue dans Le Français, c’est facile ! avec Adrien. Aujourd’hui, en ce samedi 3 mai 2025, on va reprendre là où on s’était arrêté hier dans la fable de La Fontaine, La Laitière et le Pot au lait.

Petit rappel rapide : on a Perrette, une laitière — une femme qui produit du lait — qui a un pot de lait sur la tête. Elle est habillée d’une jupe et de petites chaussures plates, et elle s’imagine arriver en ville, vendre son lait, acheter des œufs, élever des poulets, vendre les poulets, acheter un cochon, faire grossir le cochon, revendre le cochon, acheter une vache et un veau. On reprend donc à la ligne 22.

Ligne 22 : Perrette là-dessus saute aussi, transportée.

En pensant à tout ce qu’elle va pouvoir acheter, Perrette est toute contente et se met à sauter sur le chemin, ravie de ses beaux projets.

Ligne 23 : Le lait tombe. Adieu veau, vache, cochon, couvée.

Perrette saute en oubliant qu’elle portait son pot de lait sur la tête. Le pot tombe et tout le lait se répand sur le sol. C’est là qu’on retrouve l’expression qu’on a vue il y a deux jours : « Adieu veau, vache, cochon, couvée ! » Tout ce qu’elle avait imaginé — les œufs, les poulets, le cochon, la vache, le veau — tout s’effondre en un instant.

Ligne 24 : La dame de ces biens, quittant d’un œil marri.

C’est une formule un peu ancienne. On pourrait dire « la pauvre femme, voyant cela d’un œil triste. » « Marri » veut dire triste — mais ne retenez pas ce mot, plus personne ne l’emploie aujourd’hui. Perrette voit son pot par terre, son lait qu’elle ne pourra plus vendre, et elle devient triste.

Ligne 25 : Sa fortune ainsi répandue.

Pourquoi l’auteur utilise-t-il le mot « fortune » alors qu’il ne s’agit que de lait ? Parce que pour Perrette, ce lait représentait dans sa tête des œufs, des poulets, un cochon, une vache — c’était une fortune. C’est pour ça que La Fontaine utilise ce mot. La fortune est répandue sur le sol, comme le lait.

Ligne 26 : Va s’excuser à son mari.

Perrette rentre chez elle et va s’excuser auprès de son mari d’avoir fait tomber le lait.

Ligne 27 : En grand danger d’être battue.

À l’époque, certains maris battaient leurs femmes — malheureusement, ça arrive encore aujourd’hui, mais les mentalités ont évolué. Ici, Perrette risque d’être frappée par son mari parce qu’elle a perdu le lait.

Avec ces 27 lignes, c’est la fin de l’histoire de Perrette. Les deux lignes suivantes — 28 et 29 — nous expliquent que cette histoire est devenue une comédie, une farce.

Ligne 28 : Le récit en farce en fut fait.

« Le récit », c’est l’histoire. De cette histoire de Perrette, on en a fait une comédie. Une farce, c’est une blague, quelque chose de comique.

Ligne 29 : On l’appela le Pot au lait.

Le nom de cette farce, c’est « Le Pot au lait » — le pot que Perrette portait sur sa tête.

À partir de la ligne 30, c’est la morale qui commence. Et ici, la morale est exceptionnellement longue — 13 lignes — ce qui est assez rare pour une fable de La Fontaine. Par exemple, dans « Le Corbeau et le Renard » que j’avais étudiée avec vous, la morale ne fait qu’une seule ligne : « Tout flatteur vit aux dépens de celui qui l’écoute. » Ici, c’est beaucoup plus développé. À partir de cette ligne, l’auteur ne parle plus de Perrette mais de tout le monde — il emploie beaucoup le pronom « je » et des mots comme « mon » et « ma », pour parler à la fois de lui-même et de chacun d’entre nous.

Ligne 30 : Quel esprit ne bat la campagne ?

« Battre la campagne » veut dire « avoir trop d’imagination », « laisser divaguer son esprit. » L’auteur nous demande : qui n’a pas trop d’imagination ? La réponse implicite : tout le monde.

Ligne 31 : Qui ne fait châteaux en Espagne ?

Encore une expression française — « faire des châteaux en Espagne » ou « bâtir des châteaux en Espagne », ça veut dire avoir des projets fous, des plans irréalisables. Même question : tout le monde a des projets fous.

Ligne 32 : Picrochole, Pyrrhus, la laitière, enfin tous.

Picrochole est un personnage créé par François Rabelais — sa caractéristique, c’est qu’il veut dominer le monde entier. Pyrrhus, lui, est un personnage historique réel qui voulait aussi conquérir le monde. Et la laitière, bien sûr, c’est Perrette. L’auteur dit : tous ces gens — et tout le monde avec eux — ont une imagination débordante.

Ligne 33 : Autant les sages que les fous.

Les personnes sages comme les folles — tout le monde sans exception.

Ligne 34 : Chacun songe en veillant ; il n’est rien de plus doux.

« Songer » veut dire rêver. L’auteur nous dit : « Il est très agréable de rêver. Tout le monde le fait, et c’est ce qu’il y a de plus doux. »

Ligne 35 : Une flatteuse erreur emporte alors nos âmes.

Ça veut dire qu’à trop rêver, on n’est plus dans la réalité. Nos âmes sont emportées par des rêves. On se voit très fort, très beau, très grand — et c’est une erreur. On se flatte, on devient narcissique. « Narcissique » veut dire qu’on ne pense qu’à soi, qu’on se croit meilleur qu’on est. Le mot vient de la mythologie grecque — Narcisse était un personnage tombé amoureux de son propre reflet dans l’eau.

Ligne 36 : Tout le bien du monde est à nous.

On est toujours dans la rêverie — comme Perrette imaginait vendre son lait pour tout acheter, on rêve que toute la richesse du monde nous appartient.

Ligne 37 : Tous les honneurs, toutes les femmes.

On continue le rêve — tous les talents, toutes les femmes du monde…

Ligne 38 : Quand je suis seul, je fais au plus brave un défi.

Toujours dans l’imagination — on peut défier quelqu’un de plus fort que soi, s’en prendre à tout le monde sans conséquence. Mais c’est dans les rêves, pas dans la réalité.

Ligne 39 : Je m’écarte, je vais détrôner le Sophi.

« Je m’écarte » veut dire « je pars. » « Détrôner », c’est prendre la place du roi. Le Sophi, c’est le roi de Perse — en gros, un souverain puissant. On s’imagine donc partir renverser un roi et prendre sa place.

Ligne 40 : On m’élit roi, on me fait grand roi.

Le délire continue. On se fait élire roi et on est aimé de tous. On a toute la richesse, tous les talents, toutes les femmes, on peut battre les plus forts, et maintenant on est roi.

Ligne 41 : Les diadèmes vont sur ma tête pleuvant.

Un diadème, c’est une couronne de bijoux. On est roi avec une couronne en bijoux qui pleut sur sa tête. On a poussé le rêve jusqu’à son paroxysme.

Ligne 42 : Quelque accident fait-il que je rentre en moi-même ?

D’un coup, la réalité revient. On ne sait pas quel est cet « accident » dans l’imagination de l’auteur — mais pour Perrette, c’est le fait d’avoir renversé son lait. Un événement quelconque nous fait sortir de la rêverie et revenir au réel.

Ligne 43 : Je suis Gros-Jean comme devant.

Et voilà la dernière ligne — l’expression qu’on a étudiée hier. « Être Gros-Jean comme devant » veut dire se retrouver sans rien, exactement comme avant. On était roi, aimé, couronné de bijoux — et d’un coup, on retombe à la réalité, sans rien de plus qu’au départ.


Alors, que veut dire cette morale de 13 lignes ? Elle nous dit qu’à trop rêver de grandeur, on n’obtient rien. Il vaut mieux rester dans le réel, ne pas se croire meilleur qu’on est. La morale générale de la fable est en fait une critique du narcissisme — passer son temps à se regarder et à s’imaginer plus grand qu’on ne l’est.

Petit résumé de toute la fable : Perrette porte un pot de lait sur la tête et marche vers la ville en imaginant le vendre. Elle rêve d’acheter des œufs, d’élever des poulets, d’avoir un cochon, de le vendre, d’acheter une vache et un veau. Toute contente, elle saute — et renverse son pot de lait. Tout s’effondre. Elle rentre chez elle et risque d’être battue par son mari. Puis l’auteur nous dit que tout le monde est comme Perrette — tout le monde veut être le meilleur, tout le monde s’imagine roi, mais le retour à la réalité est douloureux. Mieux vaut éviter de trop rêver et rester dans le réel.


Je vous relis maintenant la fable en entier à vitesse normale.

La Laitière et le Pot au lait, par Jean de La Fontaine.

Perrette, sur sa tête ayant un pot au lait Bien posé sur un coussinet, Prétendait arriver sans encombre à la ville. Légère et court-vêtue, elle allait à grands pas, Ayant mis ce jour-là, pour être plus agile, Cotillon simple et souliers plats. Notre laitière ainsi troussée Comptait déjà dans sa pensée Tout le prix de son lait, en employait l’argent, Achetait un cent d’œufs, faisait triple couvée ; La chose allait à bien par son soin diligent. « Il m’est, disait-elle, facile D’élever des poulets autour de ma maison ; Le Renard sera bien habile S’il ne m’en laisse assez pour avoir un cochon. Le porc à s’engraisser coûtera peu de son ; Il était, quand je l’eus, de grosseur raisonnable ; J’aurai, le revendant, de l’argent bel et bon. Et qui m’empêchera de mettre en notre étable, Vu le prix dont il est, une vache et son veau, Que je verrai sauter au milieu du troupeau ? » Perrette là-dessus saute aussi, transportée. Le lait tombe. Adieu veau, vache, cochon, couvée. La dame de ces biens, quittant d’un œil marri Sa fortune ainsi répandue, Va s’excuser à son mari, En grand danger d’être battue. Le récit en farce en fut fait ; On l’appela le Pot au lait.

Quel esprit ne bat la campagne ? Qui ne fait châteaux en Espagne ? Picrochole, Pyrrhus, la laitière, enfin tous, Autant les sages que les fous. Chacun songe en veillant ; il n’est rien de plus doux. Une flatteuse erreur emporte alors nos âmes ; Tout le bien du monde est à nous, Tous les honneurs, toutes les femmes. Quand je suis seul, je fais au plus brave un défi ; Je m’écarte, je vais détrôner le Sophi ; On m’élit, on me fait grand roi. Les diadèmes vont sur ma tête pleuvant. Quelque accident fait-il que je rentre en moi-même, Je suis Gros-Jean comme devant.


Et maintenant, voici ma version simplifiée de la fable.

La Laitière et le Pot au lait — version simplifiée

Perrette portait sur sa tête un pot de lait bien posé sur un coussin et pensait arriver sans problème en ville. Habillée simplement, elle marchait rapidement — pour être plus à l’aise, elle avait mis une petite jupe et des chaussures plates. Ainsi habillée, Perrette calculait dans sa tête. Avec la vente de son lait, elle pourrait acheter des œufs et les faire éclore. Mais pour cela, il faut être sérieuse.

« Il m’est facile, disait-elle, d’élever des poulets chez moi. J’espère que le renard m’en laissera assez pour les vendre et acheter un cochon. Ce cochon ne coûtera presque rien à faire grossir — il faut qu’il soit d’un bon poids — et je pourrai en le revendant en avoir un bon prix. Avec cet argent, je pourrai mettre dans ma ferme une vache et son veau que je verrai sauter au milieu du troupeau. »

En pensant à tout cela, Perrette saute et fait tomber son lait. Adieu veau, vache, cochon, couvée. La pauvre femme, voyant d’un œil triste tout son lait renversé par terre, va demander pardon à son mari — qui pourrait bien la frapper. On a transformé cette histoire en comédie qu’on a appelée « Le Pot au lait. »

Mais qui n’a pas trop d’imagination ? Qui n’a pas de projets fous ? Picrochole, Pyrrhus, la laitière — tout le monde, les sages comme les fous. Tout le monde rêve et c’est très agréable, mais à trop rêver, on n’est plus dans la réalité. Toute la richesse du monde nous appartient, tous les talents, toutes les femmes. Dans mon imagination, je peux battre les plus forts, je pars et je vais prendre la place d’un roi. On m’élit et les gens m’aiment. Je reçois des couronnes de bijoux — mais d’un coup, la réalité revient, et je me retrouve sans rien, comme j’étais avant.


Et voilà ! Avec ces deux podcasts, on a fini d’étudier la fable de La Fontaine, La Laitière et le Pot au lait. J’espère que ça vous a plu. Si vous avez envie que j’étudie d’autres fables, vous pouvez m’envoyer un message à françaisfacileadrien@gmail.com — pour tout et rien, pour discuter, pour des remarques, des suggestions ou des encouragements. Vous pouvez aussi me retrouver sur YouTube, Patreon et Instagram.

Merci beaucoup d’avoir écouté cette série de podcasts. On se retrouve demain pour une nouvelle expression française : « Être dans le creux de la vague. » À bientôt ! Bye bye, hasta luego, matane !


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