Le petit poisson et le pêcheur

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Bonjour à toutes, bonjour à tous ! On se retrouve aujourd’hui, jeudi 12 juin 2025, afin de faire comme promis une nouvelle fable de La Fontaine. Cette fable s’appelle « Le Petit Poisson et le Pêcheur. » Je vous en avais un peu parlé dans le podcast 31, qui s’appelle « Un tiens vaut mieux que deux tu l’auras. » Pourquoi ? Parce que c’est de cette fable qu’on a tiré cette expression. À l’époque, je vous avais dit qu’on ne l’étudierait pas parce qu’elle était un peu compliquée. Maintenant que j’ai fait les fables les plus abordables de La Fontaine, on va s’y attaquer — même si je ne suis pas sûr qu’elle soit vraiment plus compliquée que les autres. En tout cas, c’est moins compliqué que « La Laitière et le Pot au lait », ça, c’est sûr.

Comme d’habitude, je vais vous lire la fable en premier, en allant doucement, puis je vais vous expliquer chaque ligne. Ensuite, je vais vous relire la fable à vitesse normale et enfin vous lirai une version que j’ai écrite moi-même, beaucoup plus simple, pour que vous puissiez bien comprendre.


Le Petit Poisson et le Pêcheur, par Jean de La Fontaine.

Petit poisson deviendra grand, Pourvu que Dieu lui prête vie. Mais le lâcher en attendant, Je tiens pour moi que c’est folie ; Car de le rattraper il n’est pas trop certain. Un carpeau qui n’était encore que fretin Fut pris par un pêcheur au bord d’une rivière. « Tout fait nombre, » dit l’homme en voyant son butin, « Voilà commencement de chair et de festin. Mettons-le en notre gibecière. » Le pauvre carpillon lui dit en sa manière : « Que ferez-vous de moi ? Je ne saurais fournir Au plus qu’une demi-bouchée. Laissez-moi carpe devenir : Je serai par vous repêchée. Quelque gros partisan m’achètera bien cher. Au lieu qu’il vous en faut chercher Peut-être encore cent de ma taille Pour faire un plat. Quel plat ? Croyez-moi, rien qui vaille. — Rien qui vaille ? Eh bien soit, repartit le pêcheur. Poisson, mon bel ami, qui faites le prêcheur, Vous irez dans la poêle ; et vous avez beau dire, Dès ce soir on vous fera frire. » Un tiens vaut, ce dit-on, mieux que deux tu l’auras : L’un est sûr, l’autre ne l’est pas.


Voilà la fin de la fable. Je peux comprendre qu’elle soit compliquée. Si vous n’avez pas tout compris, ce n’est pas grave — je vais tout expliquer ligne par ligne.

Lignes 1 à 5 : Petit poisson deviendra grand / Pourvu que Dieu lui prête vie. / Mais le lâcher en attendant, / Je tiens pour moi que c’est folie ; / Car de le rattraper il n’est pas trop certain.

Ici, ce n’est pas le pêcheur qui parle — c’est l’auteur, le narrateur. « Pourvu que » — c’est un mot qu’on utilise pour exprimer une condition ou un espoir. Le poisson deviendra grand si Dieu le veut bien. « En attendant » — ici, c’est un gérondif. On a étudié ce mode il y a une semaine. « Je tiens pour moi » signifie « je considère que. » Donc, de relâcher le poisson maintenant, ce serait une folie — parce qu’on n’est pas sûr de le rattraper plus tard. En cinq lignes, on a l’essentiel de la fable et même une partie de la morale.

Lignes 6 et 7 : Un carpeau qui n’était encore que fretin / Fut pris par un pêcheur au bord d’une rivière.

« Carpeau » — c’est une petite carpe. La carpe est une espèce de poisson. « Fretin » — ça veut dire petit poisson, menu fretin. Donc c’est un tout petit poisson, un bébé poisson. « Fut pris » — c’est le passé simple du verbe « être » avec le participe passé « pris » — un petit poisson a été attrapé par un pêcheur au bord d’une rivière.

Ligne 8 : « Tout fait nombre, » dit l’homme en voyant son butin.

« Tout fait nombre » — c’est une ancienne expression qui veut dire « c’est mieux que rien, c’est déjà bien. » « Son butin » — ce qu’il a pêché. Le pêcheur voit un tout petit poisson mais se dit que c’est déjà quelque chose.

Ligne 9 : « Voilà commencement de chair et de festin.

« Chair » — ici, ça veut dire nourriture. « Festin » — un bon repas copieux. Le pêcheur dit que c’est le début d’un repas.

Ligne 10 : Mettons-le en notre gibecière.

La gibecière, c’est un sac qu’on porte en bandoulière — une sangle sur l’épaule, le sac sur le côté. Le pêcheur décide de mettre le poisson dans son sac.

Ligne 11 : Le pauvre carpillon lui dit en sa manière.

« Carpillon » — encore un autre mot pour dire petite carpe. On a eu « carpeau » et maintenant « carpillon » — La Fontaine varie le vocabulaire. Le petit poisson répond au pêcheur. Dans les fables, tous les animaux parlent — c’est le principe.

Lignes 12 et 13 : « Que ferez-vous de moi ? Je ne saurais fournir / Au plus qu’une demi-bouchée.

Le poisson demande directement ce que le pêcheur compte faire de lui. Il dit qu’il est si petit qu’il ne donnera qu’une demi-bouchée. Une bouchée, c’est la quantité qu’on met en bouche quand on mange. Une demi-bouchée — la moitié d’une bouchée, donc presque rien.

Ligne 14 : Laissez-moi carpe devenir.

Le poisson demande qu’on le laisse grandir, qu’on le laisse devenir une vraie carpe.

Ligne 15 : Je serai par vous repêchée.

« Serai » — verbe « être » au futur. Le poisson dit qu’il sera repêché plus tard, quand il sera grand.

Ligne 16 : Quelque gros partisan m’achètera bien cher.

« Partisan » est ici un mot ancien pour désigner quelqu’un qui collecte les impôts, quelqu’un d’argent. Le poisson dit qu’une fois grand, le pêcheur pourra le vendre à bon prix.

Lignes 17, 18 et 19 : Au lieu qu’il vous en faut chercher / Peut-être encore cent de ma taille / Pour faire un plat. Quel plat ? Croyez-moi, rien qui vaille.

Le poisson continue : si vous me gardez maintenant, il vous faudra peut-être en pêcher cent comme moi pour faire un seul plat — et encore, un plat qui ne vaudrait rien. « Rien qui vaille » — quelque chose qui ne vaut pas grand-chose.

Ligne 20 : — Rien qui vaille ? Eh bien soit, repartit le pêcheur.

Le pêcheur reprend la fin de la phrase du poisson. « Eh bien soit » signifie « d’accord, soit. » « Repartit » — c’est le verbe « repartir » au sens de « répondre. » Avoir de la répartie, c’est trouver les bons mots, répondre rapidement et intelligemment.

Ligne 21 : Poisson, mon bel ami, qui faites le prêcheur.

Le pêcheur s’adresse au poisson. « Qui faites le prêcheur » — un prêcheur, c’est quelqu’un qui donne des leçons aux autres. À la messe, le curé fait un prêche, un discours sur comment bien vivre. Donc le pêcheur dit au poisson : vous qui donnez des leçons. Et remarquez le jeu de mots — « pêcheur » et « prêcheur » — il suffit de changer un accent et une lettre, et ça rime. La Fontaine utilise ce jeu sonore exprès.

Ligne 22 : Vous irez dans la poêle ; et vous avez beau dire.

Le pêcheur annonce qu’il va quand même cuisiner le poisson, peu importe ce qu’il dira.

Ligne 23 : Dès ce soir on vous fera frire.

Il mangera le poisson ce soir-là, frit dans une poêle. « Dire » et « frire » riment — La Fontaine joue encore sur les sonorités.

Lignes 24 et 25 : Un tiens vaut, ce dit-on, mieux que deux tu l’auras : / L’un est sûr, l’autre ne l’est pas.

On retrouve l’expression du podcast 31. « Un tiens » — quelque chose qu’on vous donne maintenant, de façon certaine. « Deux tu l’auras » — quelque chose qu’on aura peut-être plus tard. Il vaut mieux avoir quelque chose de sûr maintenant — même petit — qu’espérer quelque chose de plus grand plus tard qui n’est pas certain. « L’un est sûr, l’autre ne l’est pas » — la conclusion de toute la fable.


J’espère qu’avec ces explications vous avez mieux compris. Je vous relis maintenant la fable entière à vitesse normale, puis ma version simplifiée.


Le Petit Poisson et le Pêcheur, par Jean de La Fontaine.

Petit poisson deviendra grand, Pourvu que Dieu lui prête vie. Mais le lâcher en attendant, Je tiens pour moi que c’est folie ; Car de le rattraper il n’est pas trop certain. Un carpeau qui n’était encore que fretin Fut pris par un pêcheur au bord d’une rivière. « Tout fait nombre, » dit l’homme en voyant son butin, « Voilà commencement de chair et de festin. Mettons-le en notre gibecière. » Le pauvre carpillon lui dit en sa manière : « Que ferez-vous de moi ? Je ne saurais fournir Au plus qu’une demi-bouchée. Laissez-moi carpe devenir : Je serai par vous repêchée. Quelque gros partisan m’achètera bien cher. Au lieu qu’il vous en faut chercher Peut-être encore cent de ma taille Pour faire un plat. Quel plat ? Croyez-moi, rien qui vaille. — Rien qui vaille ? Eh bien soit, repartit le pêcheur. Poisson, mon bel ami, qui faites le prêcheur, Vous irez dans la poêle ; et vous avez beau dire, Dès ce soir on vous fera frire. » Un tiens vaut, ce dit-on, mieux que deux tu l’auras : L’un est sûr, l’autre ne l’est pas.


Et maintenant, ma version simplifiée.

Le Petit Poisson et le Pêcheur, réécrit par Adrien.

Petit poisson deviendra grand si Dieu le veut bien. Mais ce serait fou de le relâcher maintenant, car on n’est pas sûr de pouvoir le rattraper plus tard. Un petit poisson fut attrapé par un pêcheur au bord d’une rivière. « C’est mieux que rien ! » se dit l’homme en voyant son petit poisson. « Voilà le début d’un repas. Je le mets dans mon sac. » Le petit poisson lui dit alors : « Qu’allez-vous faire de moi ? Je suis si petit que vous ne mangeriez presque rien. Laissez-moi grandir et vous me repêcherez. Vous pourrez me vendre cher à un homme riche, alors que vous devrez en attraper peut-être cent comme moi pour faire un plat — et encore, un plat qui ne vaudrait rien. » « Qui ne vaudrait rien ? D’accord », dit le pêcheur. « Poisson, mon ami qui donne des leçons, vous irez quand même dans la poêle. Peu importe ce que vous direz — ce soir, on vous fera frire. » Un « tiens » vaut mieux que deux « tu l’auras. » L’un est sûr, l’autre ne l’est pas.


Et voilà ! Avec ça, on a fini notre étude de cette fable de La Fontaine. J’espère que vous m’avez écouté jusqu’au bout. Merci beaucoup — à ceux qui m’écoutent tous les jours, ça fait vraiment plaisir. Je vous dis donc à demain pour une nouvelle expression française : « Avoir une patte folle. » À bientôt ! Bye bye, hasta luego, matane !


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