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Bonjour à toutes, bonjour à tous, j’espère que vous allez bien. On se retrouve aujourd’hui en ce mercredi 2 juillet pour une nouvelle fable de La Fontaine. Aujourd’hui, on va voir une fable qui s’appelle « La Montagne qui accouche. » C’est intéressant parce que cette fable, eh bien, c’est aussi une expression. En tout cas, il y a une phrase, une partie de cette fable qui est devenue une expression : « Une montagne qui accouche d’une souris. » Je vous expliquerai cette expression à la fin, une fois que je vous aurais tout expliqué phrase par phrase.
Donc le programme, comme d’habitude : je vais d’abord vous lire la fable doucement en entier — ne vous inquiétez pas, elle n’est pas trop longue aujourd’hui, il y a 14 lignes, mais la dernière n’a que deux mots. Ensuite, je vais vous l’expliquer ligne par ligne. Ensuite, je vous relirai la fable à vitesse normale, comme si je parlais à quelqu’un de français. Et enfin, je vous lirai une version simplifiée que j’ai créée pour que vous puissiez mieux comprendre.
On commence tout de suite sans perdre de temps.
La Montagne qui accouche, par Jean de La Fontaine.
Une Montagne en mal d’enfant Jetait une clameur si haute, Que chacun, au bruit accourant, Crut qu’elle accoucherait, sans faute, D’une cité plus grosse que Paris ; Elle accoucha d’une souris.
Quand je songe à cette fable, Dont le récit est menteur Et le sens est véritable, Je me figure un auteur Qui dit : « Je chanterai la guerre Que firent les Titans au Maître du tonnerre. » C’est promettre beaucoup : mais qu’en sort-il souvent ? Du vent.
Et voilà, on a fini la fable. Vous voyez, comparée à d’autres fables qu’on a pu faire — comme « La Laitière et le Pot au lait » — celle-ci est assez courte. Tout de suite, je vais vous lire chaque ligne et vous expliquer le sens.
Ligne 1 : Une Montagne en mal d’enfant.
Dans les fables de La Fontaine, il y a toujours des animaux qui sont humanisés — des animaux qui parlent, qui ont des problèmes, qui construisent des choses. Ici, La Fontaine va humaniser une montagne. « Une montagne en mal d’enfant » — imaginez une montagne qui est en train d’accoucher, en plein travail, en souffrance. Une montagne, on est d’accord que c’est une très grande colline — en France, les Alpes, les Pyrénées. L’Himalaya, l’Everest, le K2, ce sont des montagnes. Eh bien, ici, c’est une montagne qui est en train d’accoucher.
Ligne 2 : Jetait une clameur si haute.
C’est la montagne qui jette une clameur. Une clameur, c’est un cri. On ne dit plus vraiment « jeter une clameur » aujourd’hui, mais à l’époque de La Fontaine si. Une clameur, c’est le cri d’une personne ou de plusieurs personnes — un cri de souffrance, de revendication, ou simplement un très grand bruit, un bruit assourdissant. Et donc, la montagne crie. La Fontaine a probablement utilisé « jeter » pour donner l’idée de quelque chose qui s’envole, qui va vers le haut — et à la fin de la phrase, on a « si haute », donc ce cri monte très haut.
Ligne 3 : Que chacun, au bruit accourant.
Il faut voir la phrase dans son entièreté. En simplifiant : « Une montagne criait si fort que chacun, au bruit, accourant… » — avec une virgule, la phrase continue aux lignes 4 et 5. « Chacun », c’est tout le monde. « Accourant » — c’est le participe présent du verbe « accourir. » On a vu il y a quelques jours les préfixes — eh bien ici, on a pris le verbe « courir » et on lui a rajouté le préfixe « ac », ce qui donne « accourir » — courir vers quelque chose, venir en courant. Donc tout le monde, en entendant la montagne crier, vient pour voir ce qui se passe.
Ligne 4 : Crut qu’elle accoucherait, sans faute.
« Crut » — c’est le verbe « croire » au passé simple. Je vous ai dit plusieurs fois que le passé simple se retrouve surtout à l’écrit. Les personnes croyaient que la montagne allait accoucher. « Accoucherait » — c’est le conditionnel du verbe « accoucher. » C’est une condition — on ne sait pas encore de quoi. « Sans faute » — ça veut dire « certainement », « de façon certaine. »
Ligne 5 : D’une cité plus grosse que Paris.
La montagne crie tellement fort que les gens se disent : « Mais qu’est-ce qui va sortir de cette montagne ? Ça a l’air si douloureux que ça ne peut être que quelque chose d’énorme — une ville plus grande que Paris. »
Ligne 6 : Elle accoucha d’une souris.
Vous savez ce qu’est une souris ? Si vous ne savez pas, dans le dessin animé Tom et Jerry, Jerry, c’est la souris et Tom, c’est le chat. C’est ça. Donc, la montagne qui criait si fort, que tout le monde pensait qu’elle allait donner naissance à quelque chose d’immense — elle accoucha d’une toute petite souris.
Ligne 7 : Quand je songe à cette fable.
Ici, c’est intéressant — l’histoire est terminée. « Quand je songe à cette fable » — le « je », la première personne du singulier, c’est en fait l’auteur qui nous parle. C’est La Fontaine qui s’adresse au lecteur. « Songer », ça veut dire penser. Il dit donc : « Quand je pense à cette histoire, à ce récit » — et la phrase continue.
Ligne 8 : Dont le récit est menteur.
« Menteur » ici ne veut pas dire quelqu’un qui ment — ça veut dire « inventé. » C’est quelque chose qui a été créé par l’homme. Évidemment, les montagnes ne parlent pas — c’est l’homme qui a imaginé cette histoire.
Ligne 9 : Et le sens est véritable.
Mais si l’histoire est inventée, le sens, lui, est réel. La fable a été inventée pour transmettre, pour exprimer quelque chose de vrai, une réalité.
Ligne 10 : Je me figure un auteur.
« Se figurer » quelque chose, c’est l’imaginer, se le représenter dans sa tête. Quand La Fontaine pense à cette fable inventée mais au sens réel, il pense à un auteur — quelqu’un qui écrit. De mémoire, il fait référence à Ovide, un auteur de l’Antiquité — dites-moi si vous savez, mais je crois que c’est ça, ou peut-être Horace.
Lignes 11 et 12 : Qui dit : « Je chanterai la guerre / Que firent les Titans au Maître du tonnerre. »
Et là, on revient sur mon domaine de prédilection — la mythologie grecque ! Le Maître du tonnerre, c’est Zeus — le dieu des dieux, fils de Cronos. Les Titans, c’est Cronos et ses frères. Au départ, selon la mythologie grecque, il n’y avait rien — puis sont apparus le ciel Ouranos et la terre Gaïa, qui ont engendré beaucoup d’entités dont Cronos et ses frères et sœurs, les Titans. Cronos a tué son père Ouranos, et Ouranos avait prédit à Cronos que son propre fils le tuerait. Ce fils, c’est Zeus. Zeus a des frères et sœurs — Hadès, Poséidon, Déméter, Héstia, Héra — ils sont six ou sept. Zeus a accédé au pouvoir suprême, mais les Titans, avant que Zeus soit le maître des dieux, ont fait la guerre à Zeus et à ses frères. Comment ? En entassant des montagnes les unes sur les autres pour accéder à l’Olympe, là où vit Zeus. Et Zeus, d’un coup de tonnerre, a fait s’effondrer toutes ces montagnes en un instant.
Donc dans la fable, cet auteur dit « je chanterai la guerre » — ça veut dire « je raconterai la guerre », je vais en parler pendant des heures, en faire des éloges. Sauf que cette guerre, Zeus l’a réglée en un instant avec un coup de tonnerre. Il n’y avait pas vraiment de quoi en faire des chants épiques.
Ligne 13 : C’est promettre beaucoup : mais qu’en sort-il souvent ?
L’auteur promet de grandes choses — chanter une guerre épique.
Ligne 14 : Du vent.
« Du vent », ça veut dire rien du tout. De toutes ces promesses, il ne sort rien. Comme la montagne qui accouche d’une souris — on pensait que quelque chose d’énorme allait en sortir, et en fin de compte, c’est une souris. Il y a un parallèle entre la montagne qui accouche d’une souris et cette grande guerre épique entre les Titans et Zeus qui en réalité n’était rien du tout.
Quelle est la morale ? Des personnes qui ont de tout petits problèmes vont souvent en faire toute une montagne — d’un grain de sable, elles font une montagne. Et le résultat, c’est souvent une souris. Ça peut aussi s’appliquer à quelqu’un qui a un projet très ambitieux, très grandiose, et qui au final ne donne rien — ou un tout petit résultat. C’est ça que veut dire l’expression « la montagne qui accouche d’une souris. »
Cette fable vient d’ailleurs d’une idée que La Fontaine avait empruntée à Phèdre, ou peut-être à Horace — un auteur latin. Plusieurs fables de La Fontaine ne sont pas de lui à l’origine — il les a transformées, mais elles existaient avant.
On a maintenant fini notre analyse. Je vais vous relire la fable à vitesse normale, puis vous lirai ma version simplifiée.
La Montagne qui accouche, par Jean de La Fontaine.
Une Montagne en mal d’enfant Jetait une clameur si haute, Que chacun, au bruit accourant, Crut qu’elle accoucherait, sans faute, D’une cité plus grosse que Paris ; Elle accoucha d’une souris.
Quand je songe à cette fable, Dont le récit est menteur Et le sens est véritable, Je me figure un auteur Qui dit : « Je chanterai la guerre Que firent les Titans au Maître du tonnerre. » C’est promettre beaucoup : mais qu’en sort-il souvent ? Du vent.
Et maintenant, ma version simplifiée.
La Montagne qui accouche, réécrite par Adrien.
Une montagne en souffrance cria tellement que tout le monde, en accourant, croyait qu’elle accoucherait certainement d’une ville plus grande que Paris. Elle accoucha d’une souris. Quand je pense à cette fable dont l’histoire est inventée mais le sens est réel, je pense à un auteur qui disait : « Je raconterai la guerre entre les Titans et Zeus. » Que des promesses — mais quel en est le résultat ? Rien du tout.
Et voilà, c’était ma version plus facile à comprendre de la fable. J’espère que ça vous a plu. N’hésitez pas à laisser un petit commentaire sur YouTube ou sur mon Patreon si vous êtes abonnés. Je vous dis donc à demain pour une nouvelle expression française qui sera « De but en blanc. » Merci beaucoup de m’avoir écouté et je vous dis donc à bientôt. Bye bye, hasta luego, matane !
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