Le loup, la chèvre et le chevreau

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Bonjour à toutes, bonjour à tous ! On se retrouve en ce dimanche 22 juin pour une nouvelle fable de La Fontaine. On va aujourd’hui travailler une fable qui s’appelle « Le Loup, la Chèvre et le Chevreau. » Comme d’habitude, je vais d’abord vous lire la fable lentement, ensuite je vais vous expliquer ligne par ligne, vers par vers, les mots compliqués et les tournures de phrases qui peuvent poser problème. Après, je vous lirai la fable en version normale comme si je la lisais à un Français, et à la fin je vous lirai la fable réécrite par moi — en version plus facile pour que vous puissiez bien la comprendre après mes explications.

Sans plus tarder, on commence tout de suite parce que la fable est assez longue — 29 lignes.


Le Loup, la Chèvre et le Chevreau, par Jean de La Fontaine.

La bique allant remplir sa traînante mamelle Et paître l’herbe nouvelle, Ferma sa porte au loquet, Non sans dire à son biquet : « Gardez-vous sur votre vie D’ouvrir que l’on ne vous die Pour enseigne et mot du guet : Foin du loup et de sa race ! » Comme elle disait ces mots, Le loup de fortune passe, Il recueille à propos Et les garde en sa mémoire. La bique, comme on peut croire, N’avait pas vu le glouton. Dès qu’il la voit partie, il contrefait son ton, Et d’une voix papelarde, Il demande qu’on ouvre en disant « Foin du loup ! » Et croyant entrer tout d’un coup. Le biquet soupçonneux par la fente regarde. « Montrez-moi patte blanche, ou je n’ouvrirai point », S’écria-t-il d’abord. Patte blanche est un point Chez les loups, comme on sait, rarement en usage. Celui-ci, fort surpris d’entendre ce langage, Comme il était venu, s’en retourna chez soi. Où serait le biquet si l’autre eût ajouté foi Au mot du guet que de fortune notre loup avait entendu ? De sûreté vaut mieux qu’une, Et le trop en cela ne fut jamais perdu.


Voilà, on a fini la fable. Si vous n’avez rien compris, ce n’est pas grave — c’est une fable assez compliquée. Les fables de La Fontaine sont géniales parce qu’elles font réfléchir et mettent en scène des animaux qui pourraient être des humains. Il y a toujours une morale. Mais le problème, c’est qu’elles ont été écrites il y a longtemps, et le français utilisé est un vieux français avec des mots qui ne sont plus employés aujourd’hui. C’est pour ça que je vais vous les expliquer ligne par ligne.


Ligne 1 : La bique allant remplir sa traînante mamelle.

La bique, c’est la chèvre — un mot un peu familier pour désigner la chèvre. « Traînante » — quelque chose qui traîne sur le sol, qui le touche. « Mamelle » — c’est l’organe chez les mammifères qui permet d’allaiter. Chez la femme, on dit le sein ; chez les animaux, on dit la mamelle. La chèvre va remplir sa mamelle de lait — et pour fabriquer du lait, il faut qu’elle mange.

Ligne 2 : Et paître l’herbe nouvelle.

« Paître » veut dire manger, pour les animaux. Les herbivores — les animaux qui mangent de l’herbe — on dit qu’ils paissent. La chèvre va manger de l’herbe.

Ligne 3 : Ferma sa porte au loquet.

La chèvre s’en va et ferme la porte de chez elle. Chez La Fontaine, les animaux sont humanisés — ils peuvent être remplacés par des humains. Le loquet, c’est le mécanisme de fermeture d’une porte — qu’on tire pour fermer, avec une clé ou manuellement de l’intérieur.

Ligne 4 : Non sans dire à son biquet.

Elle s’en va mais elle dit quelque chose à son petit. Le biquet, c’est l’enfant de la bique — le chevreau. Elle va lui donner des instructions.

Lignes 5, 6 et 7 : Gardez-vous sur votre vie / D’ouvrir que l’on ne vous die / Pour enseigne et mot du guet.

« Gardez-vous » veut dire « évitez. » « Sur votre vie » — à tout prix, sinon ça vous coûtera la vie. Elle dit à son enfant : surtout n’ouvrez pas sans qu’on vous ait dit le mot de passe. « Enseigne » — un signe de reconnaissance. « Mot du guet » — un mot de passe. Elle dit à son petit : je vais vous donner un code entre toi et moi, et si quelqu’un dit ce code, c’est que c’est moi.

Ligne 8 : Foin du loup et de sa race !

C’est le mot de passe. « Foin » veut dire « au diable » — au diable le loup et tous les siens. Voilà le code secret que la chèvre donne à son chevreau.

Ligne 9 : Comme elle disait ces mots.

« Comme » ici est une utilisation ancienne qui veut dire « en même temps que » — pendant qu’elle parlait, il va se passer quelque chose.

Ligne 10 : Le loup de fortune passe.

« De fortune » veut dire « par hasard. » Par hasard, un loup passait par là.

Lignes 11 et 12 : Il les recueille à propos / Et les garde en sa mémoire.

Le loup entend les paroles de la chèvre, entend le mot de passe, et le retient en mémoire.

Lignes 13 et 14 : La bique, comme on peut croire, / N’avait pas vu le glouton.

La bique, c’est toujours la chèvre. La Fontaine nous dit — évidemment — qu’elle n’avait pas vu le loup, sinon elle aurait changé le mot de passe. « Glouton » veut dire quelqu’un qui mange énormément et très vite. Les loups mangent beaucoup et rapidement.

Si vous voulez suivre les paroles en même temps, tapez « Le Loup, la Chèvre et le Chevreau » sur internet, trouvez la fable et suivez-la ligne par ligne.

Ligne 15 : Dès qu’il la voit partie, il contrefait son ton.

Dès que le loup voit la chèvre partir, il va contrefaire sa voix — l’imiter. Il va essayer de prendre la voix de la chèvre pour tromper le chevreau et le manger.

Ligne 16 : Et d’une voix papelarde.

« Papelarde » — c’est un mot ancien qui veut dire douce, d’une voix douce. Le loup, qui a une grosse voix, essaie de prendre une toute petite voix de chèvre.

Lignes 17 et 18 : Il demande qu’on ouvre en disant « Foin du loup ! » / Et croyant entrer tout d’un coup.

Le loup donne le mot de passe et pense que le chevreau va lui ouvrir, croyant que c’est sa mère revenue.

Ligne 19 : Le biquet soupçonneux par la fente regarde.

« Soupçonneux » vient du mot « soupçon » — avoir un doute sur quelque chose. Le chevreau a dû sentir dans la voix que ce n’était pas sa mère. Il regarde par la fente de la porte — cette fente par laquelle on peut parfois glisser le courrier.

Ligne 20 : « Montrez-moi patte blanche, ou je n’ouvrirai point. »

Le chevreau demande à l’animal de lui montrer une patte blanche — sinon, il n’ouvrira pas. La chèvre est généralement blanche. Si la patte est noire ou grise, comme celle d’un loup, il n’ouvrira pas.

Ligne 21 : S’écria-t-il d’abord.

On nous confirme que c’est le chevreau qui crie cela.

Lignes 22 et 23 : Patte blanche est un point / Chez les loups, comme on sait, rarement en usage.

L’auteur précise qu’effectivement, les loups avec une patte blanche, ça n’existe pratiquement pas. Le petit chevreau rusé a donc demandé quelque chose que le loup ne peut pas montrer. D’ailleurs, l’expression « montrer patte blanche » — on en a parlé il y a une semaine.

Lignes 24 et 25 : Celui-ci, fort surpris d’entendre ce langage, / Comme il était venu, s’en retourna chez soi.

Le loup, surpris de la réponse du chevreau, ne peut pas montrer de patte blanche. Le petit ne lui ouvre pas et le loup rentre chez lui sans avoir mangé le chevreau.

Lignes 26, 27 et 28 : Où serait le biquet si l’autre eût ajouté foi / Au mot du guet que de fortune notre loup avait entendu ? / De sûreté vaut mieux qu’une.

L’histoire est terminée et c’est l’auteur qui s’adresse à nous. Il pose la question : où serait le chevreau s’il avait fait confiance uniquement au mot de passe que le loup avait entendu par hasard ? On a déjà la réponse — c’est une question rhétorique. Si le chevreau avait ouvert, il aurait été mangé. Deux précautions valent mieux qu’une.

Ligne 29 : Et le trop en cela ne fut jamais perdu.

On n’est jamais trop prudent — et être trop prudent ne vous a jamais nui.


J’espère que vous avez mieux compris la fable avec mes explications. Je vous la relis maintenant à vitesse normale.


Le Loup, la Chèvre et le Chevreau, par Jean de La Fontaine.

La bique allant remplir sa traînante mamelle Et paître l’herbe nouvelle, Ferma sa porte au loquet, Non sans dire à son biquet : « Gardez-vous sur votre vie D’ouvrir que l’on ne vous die Pour enseigne et mot du guet : Foin du loup et de sa race ! » Comme elle disait ces mots, Le loup de fortune passe, Il recueille à propos Et les garde en sa mémoire. La bique, comme on peut croire, N’avait pas vu le glouton. Dès qu’il la voit partie, il contrefait son ton, Et d’une voix papelarde, Il demande qu’on ouvre en disant « Foin du loup ! » Et croyant entrer tout d’un coup. Le biquet soupçonneux par la fente regarde. « Montrez-moi patte blanche, ou je n’ouvrirai point », S’écria-t-il d’abord. Patte blanche est un point Chez les loups, comme on sait, rarement en usage. Celui-ci, fort surpris d’entendre ce langage, Comme il était venu, s’en retourna chez soi. Où serait le biquet si l’autre eût ajouté foi Au mot du guet que de fortune notre loup avait entendu ? De sûreté vaut mieux qu’une, Et le trop en cela ne fut jamais perdu.


Et maintenant, ma version simplifiée.

Le Loup, la Chèvre et le Chevreau, réécrit par Adrien.

La chèvre, allant manger de l’herbe, ferma sa porte à clé et dit à son petit : « Surtout, n’ouvre à personne, sauf si tu entends comme mot de passe : ‘Au diable le loup !’ » Alors qu’elle disait ces mots, par hasard, un loup passa par là. Il entendit les paroles de la chèvre et les garda en mémoire. La chèvre, bien sûr, n’avait pas vu le loup. Dès qu’elle fut partie, le loup imita la voix de la chèvre et, d’une voix douce, demanda qu’on lui ouvre en disant : « Au diable le loup ! » — et pensait entrer d’un coup. Le chevreau, méfiant, regarda par une fente de la porte. « Montrez-moi patte blanche ou je n’ouvre pas ! » s’écria-t-il. Les loups ont rarement la patte blanche. Le loup, surpris de la réponse du chevreau, rentra chez lui. Où serait le chevreau s’il avait fait confiance au seul mot de passe que le loup avait entendu par hasard ? Deux précautions valent mieux qu’une, car on n’est jamais trop prudent.


Et voilà — on a fini notre étude de la fable de La Fontaine, « Le Loup, la Chèvre et le Chevreau. » Demain, on fera l’expression tirée de cette fable, qui en est la morale : « Deux précautions valent mieux qu’une. » J’espère que ça vous a plu. À demain ! Merci beaucoup de m’avoir écouté, à bientôt ! Bye bye, hasta luego, matane !


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