La mort et le malheureux

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Bonjour à toutes, bonjour à tous. Je vous souhaite la bienvenue dans Le Français, c’est facile ! avec Adrien. Aujourd’hui — et comme je vous l’avais dit hier — on va étudier une nouvelle fable de La Fontaine. Pour rappel — et pour ceux qui découvrent mon podcast — tous les dix jours, je vous lis une fable, je vous lis une histoire d’un auteur, et après je vous explique les mots, je vous explique les phrases — parce que ces fables, ces histoires ont été écrites il y a très longtemps. Donc, c’est difficile à comprendre — même pour quelqu’un qui est français. Et donc, mon rôle, c’est de vous expliquer les mots, de vous expliquer les phrases — afin que vous puissiez profiter de cette histoire et comprendre la morale.

Aujourd’hui, la fable de La Fontaine qu’on va voir s’appelle La Mort et le Malheureux. Comme d’habitude, je vais d’abord vous lire la fable doucement, ensuite je vais vous expliquer les phrases une à une en vous disant « ligne 1 », « ligne 2 », « ligne 3. » Si vous voulez lire la fable en même temps, vous pouvez la trouver sur internet — vous tapez La Mort et le Malheureux de La Fontaine, vous allez trouver le texte. Vous pouvez aussi la trouver sur mon Patreon. Ensuite, une fois que je vous ai expliqué les phrases — donc toutes les lignes de la fable — eh bien, je vais vous lire une version plus facile, une version plus simple que j’ai réécrite — pour que vous qui apprenez le français puissiez encore mieux comprendre la fable. Et enfin, je vous relirai la fable à vitesse normale — comme si je la récitais devant des Français.

Allez, on commence.

La Mort et le Malheureux, par Jean de La Fontaine.

Un malheureux appelait tous les jours La mort à son secours. « Ô mort ! lui disait-il, que tu me sembles belle ! Viens vite, viens finir ma fortune cruelle ! » La mort crut en venant l’obliger en effet. Elle frappe à sa porte, elle entre, elle se montre. « Que vois-je ? » cria-t-il. « Ôtez-moi cet objet ! Qu’il est hideux ! Que sa rencontre Me cause d’horreur et d’effroi ! N’approche pas, ô mort ! ô mort ! retire-toi ! Mécénas fut un galant homme ; Il a dit quelque part : qu’on me rende impotent, Cul-de-jatte, goutteux, manchot, pourvu qu’en somme Je vive, c’est assez, je suis plus que content. Ne viens jamais, ô mort ! on t’en dit tout autant. »

Et ça, c’est la fin de la fable de La Fontaine. Si vous n’avez rien compris, c’est normal. Ce n’est pas que j’ai mal lu — c’est qu’il y a des mots compliqués dans cette fable, il y a des phrases difficiles à comprendre. Alors, on va commencer avec la première ligne.

Ligne 1 : Un malheureux appelait tous les jours.

« Malheureux », c’est quelqu’un qui est triste — c’est le contraire de « heureux. » On a vu il y a quelques semaines les préfixes — eh bien, ici, le préfixe dans « malheureux », c’est « mal. » Donc, on rajoute « mal » au mot « heureux » et ça donne « malheureux » — quelqu’un à qui il arrive des malheurs. Donc, quelqu’un qui est triste — et qui appelle tous les jours. Il appelle qui ? On va le voir après. Mais ce malheureux, eh bien, il appelle cette chose ou cette personne tous les jours — donc jour après jour, il appelle.

Ligne 2 : La mort à son secours.

Donc, le malheureux — la personne très triste, dans la misère — appelle la mort. La mort, vous avez compris, c’est quand on meurt. Généralement, dans la culture occidentale, on la représente comme un squelette avec une faux — comme je vous l’ai mis sur l’image du podcast. Et « à son secours » — dans la phrase « la mort à son secours » — en fait, le malheureux appelle la mort — donc le squelette, le fait de mourir — pour le délivrer de sa vie humaine. Quand on va au secours de quelqu’un, c’est qu’on va l’aider. Donc, lui, il appelle la mort en fait pour l’aider à mourir.

Ligne 3 : « Ô mort ! lui disait-il, que tu me sembles belle ! »

Alors, ici, le premier mot de la phrase, c’est la lettre « ô » avec un accent circonflexe. Est-ce que vous savez ce que c’est ? En fait, ça, on n’utilise plus aujourd’hui à l’oral — mais on le voit parfois à l’écrit. Quand on met un « ô » avec un accent circonflexe, c’est quand on s’adresse à quelqu’un qui a du pouvoir, qui a de l’argent — quelqu’un à qui on doit le respect. On va dire par exemple « ô mon roi » ou « ô ma reine. » On s’adresse au roi ou à la reine — c’est quelqu’un à qui on doit le respect. Mais on peut aussi utiliser ce « ô » pour intensifier des sentiments, pour accentuer un sentiment. Je pense à une pièce de théâtre qui s’appelle Le Cid — qui est écrite par Corneille — et bien une des tirades très connues du Cid, c’est « Ô rage ! Ô désespoir ! Ô vieillesse ennemie ! » Devant chaque sentiment — la rage, le désespoir — il y a le « ô accent circonflexe » pour accentuer, pour mettre l’accent sur le sentiment.

Donc, on revient à notre fable — la ligne 3. Le malheureux dit donc « Ô mort, que tu me sembles belle ! » « Semble », c’est le verbe « sembler » — et ça veut dire « avoir l’air de, avoir l’apparence de. » Là, c’est « sembles belle » — donc, le malheureux dit à la mort qu’elle est belle, qu’elle a l’air belle.

Ligne 4 : Viens vite, viens finir ma fortune cruelle !

Là, c’est toujours le malheureux qui s’adresse à la mort. Il y a l’emploi du présent avec le verbe « venir » qui est conjugué à l’impératif. « Viens vite » — « viens » c’est le verbe « venir » à l’impératif, deuxième personne du singulier. Et à la fin, il dit « viens finir ma fortune cruelle. » « Fortune » — alors, aujourd’hui, ça fait penser plutôt à la richesse. Mais à l’époque, la fortune, ça voulait dire aussi le destin — en fait, la vie. Et « cruelle », c’est quelque chose de dur. Donc, le malheureux demande à la mort de le faire mourir, de le tuer, de prendre sa vie — pour mettre fin à sa vie de misère, à sa vie très difficile, de douleur.

Ligne 5 : La mort crut en venant l’obliger en effet.

Donc, ici, on est sorti du dialogue. La mort n’a pas répondu — et c’est la vision du narrateur, de l’auteur. « La mort crut en venant » — « crut », c’est le passé simple du verbe « croire » — et « venant », un participe présent. Donc, « la mort crut en venant l’obliger en effet. » Ici, on nous dit que le malheureux a appelé la mort — et elle, elle est venue. Donc, la mort pensait qu’en venant, en répondant à l’appel de cette personne, elle lui ferait plaisir.

Ligne 6 : Elle frappe à sa porte, elle entre, elle se montre.

Donc, là, on comprend que le malheureux — l’homme qui appelle la mort — se trouve dans sa maison, puisque la mort frappe à la porte. Donc, la mort frappe, elle pousse la porte, elle entre et se montre à l’homme. Elle apparaît devant l’homme. On imagine en forme de squelette avec une cape, avec une grande faux. D’ailleurs, on l’appelle « la grande faucheuse » — la mort.

Ligne 7 : « Que vois-je ? » cria-t-il. « Ôtez-moi cet objet ! »

On repasse dans le dialogue, on revient dans le présent — et c’est l’homme qui crie « Que vois-je ? » Il voit la mort entrer — et il crie. On nous dit d’ailleurs « cria-t-il » — « cria », c’est le verbe « crier » au passé simple. Il dit après « Ôtez-moi cet objet ! » Ici, « ôtez » ça veut dire « enlevez. » Donc, il demande qu’on enlève la mort, qu’on fasse partir la mort. Au début de la fable, il s’adresse à la mort avec respect — puisqu’il a employé le « ô accent circonflexe. » Et ici, il dit « Ôtez-moi cet objet. » Un objet, c’est une chose qui ne bouge pas — une lampe, un stylo, une table — c’est un objet. Donc, il est passé de « ô mort » à « objet. » Au début, il était respectueux vis-à-vis de la mort, il l’appelait — et maintenant, ça n’est qu’un objet, quelque chose qu’il veut voir partir. Vous voyez qu’il y a une diminution, il y a une dégradation de la vision de la mort par cet homme — au début, du respect — et après, la mort n’est plus qu’un objet.

Ligne 8 : Qu’il est hideux ! Que sa rencontre Ligne 9 : Me cause d’horreur et d’effroi !

« Qu’il est hideux ! » — « il » parce que c’est un objet, c’est masculin. Si il avait toujours parlé de la mort comme une personne, on aurait dit « qu’elle est hideuse. » « Hideuse » — ou « hideux » — ça veut dire horrible, répugnant. « Que sa rencontre me cause d’horreur et d’effroi » — donc là, l’homme dit que de voir la mort, ça lui fait horreur et de l’effroi — c’est avoir très peur. Il voit la mort entrer chez lui — et tout d’un coup, il ressent l’horreur de la mort. Il a très peur. Il l’avait appelée — mais maintenant qu’elle est là, il a peur de se retrouver face à la mort.

Ligne 10 : N’approche pas, ô mort ! ô mort ! retire-toi !

Ici, il s’adresse directement à la mort qui est en face de lui. Il lui dit de ne pas approcher et de se retirer. Là, il est repassé avec l’emploi de « ô mort » — « ô mort » — il le dit deux fois. Donc, il s’adresse de nouveau à la mort avec respect — pour lui demander de s’en aller, pour lui dire de ne pas approcher — en fait, de partir.

Ici, c’est en fait la fin de l’histoire entre l’homme et la mort. Il était au début en train d’appeler la mort — elle arrive. Une fois qu’elle est là, il ne veut plus mourir. Il se rend compte que sa vie est misérable, que sa vie est une souffrance — mais qu’il préfère ça au fait de mourir. Et la suite de la fable, c’est en fait la morale. On passe à autre chose — et je vais vous expliquer ça après.

Cette fable — sa morale — en fait, elle fait penser à une fable qu’on a déjà vue et qui s’appelle La Mort et le Bûcheron. Je vous invite à réécouter ce podcast si vous le souhaitez — c’est le podcast numéro 98. Dans ce podcast, c’était la même chose — le bûcheron avait une vie misérable, il appelle la mort — et quand elle est là, il ne veut plus mourir.

Donc, on reprend la suite de la fable à partir de la ligne 11. Ici, on a une référence historique. « Mécénas » — c’est en fait une personne qui s’appelait Mécène. Et Mécène, c’était un homme politique romain qui a consacré sa fortune et son pouvoir à promouvoir les arts, la poésie, les lettres, la sculpture, etc. Donc, il a donné beaucoup d’argent afin de mettre en avant le côté artistique, les arts en général. Et d’ailleurs, ça a donné un nom commun en français. Le nom propre — le nom de cette personne — « Mécène » est devenu un nom commun. Un mécène, c’est quelqu’un qui va donner de l’argent pour aider un artiste, pour aider quelqu’un à promouvoir ce qu’il fait. Par exemple, demain, si un de vous me contacte et me dit « Tiens, Adrien, voilà 100 000 euros pour t’aider pour ton podcast » — eh bien, cette personne deviendrait mon mécène. Donc, on revient à la fable. D’ailleurs, si quelqu’un veut me donner 100 000 euros, il n’y a pas de problème. Allez, revenons à la fable.

Ligne 11 : Mécénas fut un galant homme.

Donc, « Mécénas », c’est « Mécène » — « fut », c’est le passé simple du verbe « être » — et « galant homme », ça veut dire quelqu’un d’intelligent. Aujourd’hui, ça n’est plus ça. Aujourd’hui, quelqu’un de galant, c’est une personne qui va laisser la femme passer en premier, qui va ouvrir la portière de la voiture pour que sa compagne rentre dans la voiture, qui va prendre le manteau, qui va tirer la chaise pour la femme, etc. La galanterie — quelqu’un de galant — c’est ça. Mais dans la fable, ça veut dire intelligent.

Ligne 12 : Il a dit quelque part : qu’on me rende impotent.

« Il a dit quelque part » — c’est Mécène. Donc, La Fontaine — l’auteur — est en train de citer un écrit, ou plutôt une citation de ce Mécène. Et donc, Mécène dit « qu’on me rende impotent. » « Impotent », c’est un mot un peu compliqué — ça veut dire que vous ne pouvez plus bouger, que vous êtes handicapé. Donc, Mécène dit « qu’on me rende handicapé. »

Ligne 13 : Cul-de-jatte, goutteux, manchot, pourvu qu’en somme je vive.

« Cul-de-jatte », ça veut dire sans jambes. « Goutteux », c’est quelqu’un qui a la goutte — c’est une maladie. « Manchot », ça veut dire sans bras. En fait, Mécène — donc la personne dont on parle — disait « Rendez-moi handicapé, que je sois sans jambes, sans bras, mais faites que je sois en vie. Si je vis, ce n’est pas grave si je suis handicapé. » D’ailleurs, il le dit à la ligne 14.

Ligne 14 : Pourvu qu’en somme je vive, c’est assez, je suis plus que content.

Rien que le fait de vivre, eh bien, c’est déjà une bonne chose. Mécène est content si il peut juste vivre — même s’il est handicapé, s’il est sans bras, sans jambes, ou qu’il a la goutte, qu’il est malade.

Dernière ligne : Ne viens jamais, ô mort ! on t’en dit tout autant.

« Ne viens jamais » — c’est un impératif — c’est quasiment un ordre — avec le verbe « venir » et la négation « ne… jamais. » Donc, il s’adresse à la mort en lui disant « Surtout, ne viens jamais me voir. Je veux vivre et je ne veux pas mourir. » Et la dernière phrase — « on t’en dit tout autant » — ça veut dire « tout le monde pense la même chose. » « Tout le monde va te dire la même chose — les hommes, les femmes, les jeunes, les vieux. On ne veut pas mourir. »

Alors, c’est quoi la morale de cette histoire ? C’est quoi la morale de cette fable ? Eh bien, c’est que quand on souffre — quand on souffre énormément — on pense que ça serait mieux de mourir. On pense vouloir mourir pour arrêter la souffrance. Mais quand la mort arrive, quand on sent qu’on va mourir, eh bien, c’est le contraire. On préfère vivre — peu importe la souffrance. On préfère continuer à vivre avec nos problèmes, avec notre handicap.

Ici, en fait, La Fontaine souligne — met en avant — une contradiction chez les humains. Les humains veulent mourir pour ne plus souffrir — mais en fait, on préfère vivre et souffrir — une fois qu’on a frôlé la mort. Par exemple, quelqu’un qui est handicapé et qui est en voiture. Il a son handicap et il pourrait se dire « Finalement, la vie ne vaut pas le coup — je ne peux plus faire ce que je faisais avant, je préfère mourir. » Et là, en voiture, cette personne a un accident. Il ne va pas mourir — mais il va frôler la mort, il va quasiment mourir — mais il va vivre. Et bien, après, il se dira « En fait, la vie vaut le coup d’être vécue. J’ai failli mourir et j’ai eu tellement peur que — même avec mon handicap — je préfère vivre. »

J’espère que vous avez compris. J’espère que cette petite fable vous a plu. Je vais vous la relire à vitesse normale — comme si je la lisais à des Français — pour que vous puissiez aussi voir la différence de vitesse entre la première fois et cette fois-là. Et après, je vous lirai une version plus simple, plus facile à comprendre, que j’ai écrite.

La Mort et le Malheureux, de Jean de La Fontaine.

Un malheureux appelait tous les jours La mort à son secours. « Ô mort ! lui disait-il, que tu me sembles belle ! Viens vite, viens finir ma fortune cruelle ! La mort crut en venant l’obliger en effet. Elle frappe à sa porte, elle entre, elle se montre. « Que vois-je ? » cria-t-il. « Ôtez-moi cet objet ! Qu’il est hideux ! Que sa rencontre Me cause d’horreur et d’effroi ! N’approche pas, ô mort ! ô mort ! retire-toi ! Mécénas fut un galant homme ; Il a dit quelque part : qu’on me rende impotent, Cul-de-jatte, goutteux, manchot, pourvu qu’en somme Je vive, c’est assez, je suis plus que content. Ne viens jamais, ô mort ! on t’en dit tout autant. »

Et maintenant, la version plus facile à comprendre — pour vous qui apprenez le français. Vous allez voir, c’est beaucoup plus simple comme ça.

La Mort et le Malheureux.

Une personne triste appelait tous les jours la mort.

— Ô mort, lui disait-il, que tu es belle ! Viens vite pour prendre ma vie misérable.

La mort crut en venant répondre à son appel. Elle frappe à la porte, elle entre, elle se montre.

— Que vois-je ? cria-t-il. Que quelqu’un fasse partir cette chose. Elle est horrible. Sa rencontre me fait très peur. Ô mort ! N’approche pas. Va-t’en !

Mécène était une personne intelligente. Il a dit : que je sois handicapé, sans jambes, malade, sans bras — mais si je vis, c’est bien suffisant et j’en serai très content.

— Ô mort, ne viens jamais me voir ! On doit tous te dire la même chose.

Et voilà — on a fini cette étude d’une fable de La Fontaine qui s’appelle La Mort et le Malheureux. N’hésitez pas à me laisser un petit commentaire — à me mettre une bonne note évidemment sur vos applications où vous écoutez votre podcast préféré. Et on se retrouve demain pour une nouvelle expression française. Demain, on va faire une expression qui est « écrire en pattes de mouche. » Je vous expliquerai tout ça demain. Et il ne me reste plus qu’à vous souhaiter une bonne journée, une bonne soirée, une bonne nuit — et je vous dis donc à demain. Bye bye, hasta luego, matane !


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