L’oiseau blessé d’une flèche »

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Bonjour à toutes, bonjour à tous, j’espère que vous allez bien. Comme prévu hier, comme je vous l’avais dit hier, on va aujourd’hui parler, on va aujourd’hui étudier, on va aujourd’hui travailler une fable de La Fontaine. Cette fable s’appelle « L’oiseau blessé d’une flèche ». Donc, je vous répète, pour ceux qui débarquent, pour ceux qui n’ont encore jamais écouté mes podcasts sur les fables : je vais d’abord vous lire la fable doucement — donc la petite histoire qui a été écrite par Jean de La Fontaine il y a des centaines d’années. Je vais vous la lire doucement en articulant bien. Puis je vais vous expliquer chaque vers. Je vais vous expliquer chaque phrase de la fable, les mots qui sont compliqués, les tournures grammaticales un peu spéciales, les verbes, etc. Puis je vous lirai la fable comme si je la lisais à un Français, comme si j’étais au théâtre et que je déclamais la fable à des Français. Et enfin, je vous lirai une version plus facile — une version qui a été simplifiée par moi de la fable — pour que vous puissiez bien la comprendre, pour que vous puissiez comprendre toutes les phrases et la morale de cette fable.

Aujourd’hui, la fable n’est pas très longue, elle ne fait que dix lignes. Donc, je pense que ça va être expliqué assez rapidement. En tout cas, j’espère que le podcast ne fera pas plus de 25-30 minutes, parce que sinon je sais que pour vous c’est long — c’est fatigant d’écouter du français, c’est fatigant d’écouter une langue qu’on veut apprendre quand on est à un niveau intermédiaire. Je le sais, j’apprends en ce moment une langue étrangère et pour moi des podcasts de 15-20 minutes, c’est parfait, mais plus, c’est un peu plus fatigant. Allez, assez parlé de moi — je vais donc vous lire la fable doucement et je vous explique après de quoi ça parle.

L’oiseau blessé d’une flèche, par Jean de La Fontaine.

Mortellement atteint d’une flèche empennée, Un oiseau déplorait sa triste destinée Et disait en souffrant un surcroît de douleur : « Faut-il contribuer à son propre malheur ? Cruels humains ! vous tirez de nos ailes De quoi faire voler ces machines mortelles. Mais ne vous moquez point, engeance sans pitié : Souvent il vous arrive un sort comme le nôtre. Des enfants de Japet, toujours une moitié Fournira des armes à l’autre. »

Et c’est tout — la fable est finie, elle ne fait que dix lignes, elle est assez rapide. Alors, on va reprendre du début et je vais vous expliquer les phrases. Si vous voulez lire cette fable en même temps que je vous l’explique, pour voir les mots en français, vous pouvez la retrouver sur mon Patreon en vous abonnant — c’est soit gratuit soit payant suivant si vous voulez me soutenir ou pas. Mais vous pouvez aussi retrouver la fable sur Internet, c’est tout simple : vous tapez « L’oiseau blessé d’une flèche La Fontaine » et vous allez retrouver le texte.

On commence donc par la première ligne. Premier vers : « Mortellement atteint d’une flèche empennée. » « Mortellement », c’est un adverbe et ça veut dire « qui cause la mort », donc quelque chose qui fait mourir. Le deuxième mot, c’est « atteint » — c’est la conjugaison du verbe « atteindre », et atteindre, c’est toucher quelque chose, c’est arriver à un objectif.

On reprend donc la première ligne : « Mortellement atteint d’une flèche empennée. » Une flèche, c’est un projectile que vous allez tirer avec un arc. À l’époque, il y a des centaines d’années, on chassait les animaux avec un arc et des flèches. Donc, cette flèche est empennée — ça, c’est un mot ancien qu’on n’emploie plus vraiment aujourd’hui, mais ça veut dire « fabriqué avec des plumes ». Vous savez que dans une flèche, il y a un bout qui est pointu, qui est aiguisé afin de pouvoir transpercer la cible, et de l’autre côté, il y a des plumes — puisque c’était il y a longtemps. En fait, c’est ce qui sert à stabiliser la flèche, c’est ce qui sert à la faire voler. Donc, ici dans la fable, une flèche empennée, c’est une flèche fabriquée avec des plumes d’oiseaux. Quand on reprend la première ligne — « Mortellement atteint d’une flèche empennée » —, ici on ne sait pas encore qui est touché d’une façon mortelle. Mais on va le voir juste après.

Ligne 2 : « Un oiseau déplorait sa triste destinée. » Donc, on imagine bien un oiseau — c’est un animal qui vole dans les airs. Et « déplorait », c’est ici le verbe « déplorer » conjugué à l’imparfait. Et déplorer, ça veut dire regretter, avoir des regrets sur son destin, sur sa vie. « Triste », c’est le contraire de joyeux, et « destinée », c’est le destin — ce sont des mots de la même famille. C’est en fait ce qui va nous arriver. Moi, mon destin, je ne le connais pas — c’est mon futur, c’est ce qui va m’arriver dans le futur. Mais cet oiseau-là est triste, il regrette ce qui lui est arrivé, il regrette d’avoir été touché mortellement par cette flèche.

On va passer à la ligne 3 : « Et disait en souffrant un surcroît de douleur. » « Disait », c’est toujours l’imparfait — c’est le verbe « dire » —, et c’est l’oiseau qui parle. Après, on a « en souffrant ». « Souffrant », c’est la même racine, la même famille que le verbe « souffrir » — ça veut dire avoir mal. « Souffrant », c’est un participe présent. Je vous en ai parlé déjà dans un épisode de podcast, je ne sais plus lequel, mais je suis sûr de l’avoir déjà fait. Et donc après, on a « un surcroît de douleur ». Toute la phrase dit : « en souffrant un surcroît de douleur ». Ici, on a plusieurs termes de la souffrance, de la peine, du mal : souffrant et douleur. « Surcroît », ça veut dire augmentation. Donc, en fait, ici, l’oiseau est en train de parler, mais il a très mal, il souffre beaucoup, puisqu’il est en train de mourir à cause d’une flèche tirée par un homme.

On continue avec la ligne 4 : « Faut-il contribuer à son propre malheur ? » Alors ici, on a l’utilisation du verbe « falloir », conjugué en première position. C’est une formule assez ancienne que vous n’avez pas besoin de retenir. Mais en fait, ici, l’oiseau se dit à lui-même — et peut-être aussi à voix haute — qu’il a contribué, qu’il a participé à son propre malheur avec cette flèche, puisque les plumes d’un oiseau ont participé à sa mort. L’oiseau se plaint d’avoir contribué, d’avoir, entre guillemets, aidé à sa perte, à sa mort. Pas lui directement, bien sûr, mais un autre oiseau.

Ligne 5 : « Cruels humains ! » « Cruel », c’est quelqu’un qui fait du mal. Et donc là, l’oiseau nous parle. Alors bien sûr, les oiseaux ne parlent pas. Mais quasiment tout le temps dans les fables, eh bien l’auteur, La Fontaine, fait parler les animaux pour transmettre des messages aux humains, pour transmettre une morale, pour expliquer des choses qu’il pourrait peut-être difficilement expliquer avec des personnages humains. Donc l’oiseau qui s’est fait tirer dessus avec une flèche dit : « Cruels humains ! » — ligne 5 — « vous tirez de nos ailes » — ici le verbe « tirer » veut dire vous enlevez, vous extrayez —, ligne 6 — « de quoi faire voler ces machines mortelles ». Sans les plumes d’oiseaux au bout de la flèche, cette dernière ne volerait pas. On se sert des plumes d’un oiseau pour tuer d’autres oiseaux, et c’est ça que pointe l’oiseau dans cette fable. Il nous traite d’êtres cruels, d’espèces qui aiment faire souffrir, parce qu’on se sert d’éléments d’un oiseau pour en tuer un autre.

Ligne 7 : « Mais ne vous moquez point, engeance sans pitié. » Ici, la phrase commence par « mais » — donc il va se passer quelque chose. Quand on utilise « mais », c’est qu’il y a une contrepartie. Donc, l’oiseau nous dit « ne vous moquez point ». « Moquez », c’est ici la conjugaison du verbe « se moquer », qui est un verbe pronominal, et ça veut dire rire de quelqu’un d’autre — ce n’est pas très gentil. Et le mot « point » ici, on peut le remplacer par « pas ». Donc il dit « ne vous moquez pas ». Et il nous traite après « d’engeance sans pitié ». Alors « engeance », c’est un mot compliqué — en fait, ce sont les enfants, la progéniture. Mais c’est un mot qu’on utilise de façon péjorative, assez méchante — ce n’est pas positif, c’est plutôt négatif. D’ailleurs, il dit après « sans pitié ». La pitié, c’est quand on va épargner quelqu’un ou quelque chose, c’est avoir de la pitié, le laisser en vie. Ici, l’oiseau dit « sans pitié » parce qu’on est en train de le tuer — la flèche que cet homme a tirée est en train de le tuer.

Ligne 8 : « Souvent il vous arrive un sort comme le nôtre. » Alors là, l’oiseau continue de parler. Et il nous dit — à nous, il parle en fait à celui qui a tiré la flèche — que souvent — donc plus que parfois ; parfois, c’est de temps en temps, souvent, c’est beaucoup de fois — il nous arrive un sort comme celui de l’oiseau. Le sort, c’est un peu comme le destin dont on a parlé au début, mais c’est quelque chose de plutôt négatif. Quand on a un sort qui nous arrive — on parle d’ailleurs de mauvais sort —, c’est quelque chose de négatif. Donc, l’oiseau nous dit que souvent, il nous arrive à nous les hommes un destin, un futur, un sort comme le sien. Ah bon ? Mais pourquoi ? Eh bien, il nous l’explique juste après.

Lignes 9 et 10 : « Des enfants de Japet, toujours une moitié / Fournira des armes à l’autre. » Alors là, j’ai besoin de prendre un petit moment pour vous expliquer. Quand je vous ai dit « des enfants de Japet » — je ne sais pas si on dit « Japet » ou « Japèt » d’ailleurs. Moi, j’ai toujours dit « Japet » mais peut-être qu’on ne prononce pas le T. Bref, peu importe. Donc, « des enfants de Japet ». Si vous lisez la fable en même temps que moi, vous verrez qu’il y a une majuscule à ce mot. Donc « Japet », c’est le nom de quelqu’un, c’est un nom propre. Et là, on parle des enfants de cette personne. Qui est ce Japet ? Eh bien moi qui suis passionné de mythologie grecque, ça me fait plaisir parce que je vais pouvoir vous expliquer qui c’est.

Japet est un fils d’Ouranos et de Gaïa. Ouranos, c’est le ciel, et Gaïa, c’est la terre — je vous parle toujours de mythologie grecque. Donc, le ciel et la terre ont eu plusieurs enfants dont Japet fait partie, ainsi que d’autres titans comme Cronos. Japet, c’est donc le fils du ciel et de la terre, et lui, il a eu aussi des enfants, dont deux qui sont très connus — de moi parce que ça m’intéresse, mais aussi d’autres personnes — : c’est Prométhée et Épiméthée. Ce sont deux frères. Et Prométhée, c’est le père des hommes, des humains en général — homme et femme. Zeus, le roi des dieux, a ordonné à Prométhée et Épiméthée de créer toutes les espèces vivantes sur la terre. Donc, Prométhée et Épiméthée se sont exécutés. Épiméthée a créé tous les animaux et il leur a donné toutes les défenses possibles — des griffes, de la fourrure pour se protéger, des dents tranchantes — et donc il ne restait plus rien pour faire les hommes. Alors, qu’est-ce que Prométhée a fait ? Eh bien, il est allé voler le feu dans le domaine des dieux. Il a donné le feu aux hommes pour se défendre. Et pour cet acte, il a été condamné par Zeus à se faire dévorer le foie par un aigle tous les jours, et le foie repoussait la nuit. Enfin bref, je me suis un peu égaré.

Donc, Japet, c’est le père de Prométhée, qui est lui-même le père des hommes. Donc, quand ici — si on revient à la fable — l’oiseau parle des enfants de Japet, eh bien ce sont en fait les hommes, les enfants de Prométhée qui est lui-même un enfant de Japet. Donc, l’oiseau dit : parmi les hommes, il y en aura toujours une moitié pour fournir des armes à l’autre. Les hommes créent des armes pour tuer d’autres hommes — c’est ça en fait la morale de cette histoire. Il y aura toujours des hommes pour en tuer d’autres.

C’est douloureux, ça fait souffrir — c’est une souffrance de se faire blesser, de se faire tuer par quelqu’un de son espèce, par un autre homme. Si vous êtes dans la jungle n’importe où sur terre et que vous vous faites blesser par un animal, bien sûr ça va être douloureux, mais il n’y aura pas de souffrance mentale, de souffrance psychologique. Alors que blessé par un autre homme, c’est toujours plus douloureux. Il y a une souffrance dans la tête qui n’existe pas quand on se fait blesser par un animal.

En fait, avec cette fable, La Fontaine dénonce les guerres. La Fontaine dénonce le génie humain de créer des armes toujours plus sophistiquées, toujours plus meurtrières, afin non pas de défendre l’espèce humaine, mais de tuer son prochain, de tuer un autre homme pour on ne sait quelle raison. C’était vrai à l’époque déjà, au moment où La Fontaine a écrit cette fable, c’était vrai des milliers d’années avant, et c’est encore vrai maintenant. L’homme a toujours fait preuve de génie pour tuer son prochain, pour arriver à exterminer, à tuer quelqu’un qui ne lui ressemble pas, pour de mauvaises raisons. Ce sont évidemment les guerres en général.

Alors, est-ce que vous avez un peu compris la fable ? Est-ce qu’après mes explications, vous avez pu mieux comprendre la morale et mieux comprendre la fable en général ? Je vais vous la relire à vitesse normale et après, je vous lirai la version simplifiée. J’ai créé une version simple à comprendre, avec des mots d’aujourd’hui, que j’ai simplifiée pour que vous puissiez mieux comprendre l’histoire et la morale derrière. Allez, je vous lis la fable à vitesse normale.

L’oiseau blessé d’une flèche.

Mortellement atteint d’une flèche empennée, Un oiseau déplorait sa triste destinée Et disait en souffrant un surcroît de douleur : « Faut-il contribuer à son propre malheur ? Cruels humains ! vous tirez de nos ailes De quoi faire voler ces machines mortelles. Mais ne vous moquez point, engeance sans pitié : Souvent il vous arrive un sort comme le nôtre. Des enfants de Japet, toujours une moitié Fournira des armes à l’autre. »

Et maintenant, ma version simplifiée — donc ma version à moi, que j’ai réécrite pour que vous qui apprenez le français puissiez comprendre la fable :

« Touché mortellement par une flèche faite de plumes, un oiseau s’en prenait à son destin et disait, en ayant très mal : « J’ai contribué à mon propre malheur. Cruels humains, vous prenez nos plumes pour fabriquer ces flèches. Mais ne vous moquez pas — il vous arrive souvent la même chose. Parmi les hommes, il y en aura toujours pour donner des armes à d’autres. » »

Et voilà ! C’est la fin de ce podcast, c’est la fin de cette fable. J’espère qu’elle vous a plu. N’hésitez pas à me laisser un petit commentaire. Si vous n’avez pas compris certaines choses, n’hésitez pas à me laisser aussi un petit commentaire. Si vous avez des suggestions, des propositions, c’est avec plaisir. Demain, on va passer à une nouvelle expression française — et cette expression française, ça va être : « Innocent comme l’agneau qui vient de naître ». Je vous expliquerai tout ça demain et donc je vous dis à bientôt ! Bye bye ! Hasta luego ! Matane !


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