« Qui se sent morveux se mouche » et la pièce de théâtre L’Avare

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Bonjour à toutes ! Bonjour à tous ! J’espère que vous allez bien. On est aujourd’hui le dimanche 14 septembre, c’est le week-end, et je vous souhaite la bienvenue dans Le français, c’est facile ! avec Adrien. Aujourd’hui, on va voir une expression pas facile. On va parler d’une expression qui est « qui se sent morveux se mouche ». Alors, l’expression de base, c’est « qui se sent morveux qu’il se mouche », mais nous, on va garder l’expression un peu plus moderne : « qui se sent morveux se mouche ».

1) Introduction : l’origine de l’expression

Alors aujourd’hui, en guise d’introduction et d’astuce du jour, je vais vous parler de l’origine de cette expression. Cette expression française, elle a été créée il y a très longtemps, mais elle a été mise en lumière, elle a été ramenée au goût du jour par Molière.

Molière, c’est un dramaturge, c’est un écrivain de pièces de théâtre. Il a écrit beaucoup de pièces et il a vécu au 17e siècle. Je vous rappelle en deux mots : le 17e siècle, c’est de 1601 à 1700. Donc, Molière, cet auteur de pièces de théâtre, a vécu au 17e siècle et il a écrit une pièce qui s’appelle L’Avare.

Alors, je ne vais pas vous faire le résumé intégral de la pièce parce que ça va être trop compliqué, mais en gros, il y a le personnage principal qui s’appelle Harpagon, qui est un vieux monsieur riche, mais qui est obsédé par son argent. Harpagon est ce qu’on appelle un avare, c’est le titre de la pièce. Ça s’écrit A-V-A-R-E. C’est-à-dire qu’il a de l’argent, mais il veut le garder pour lui. Et dans cette pièce de théâtre, il est prêt à marier ses enfants — un garçon et une fille — non pas par amour, mais pour devenir encore plus riche.

Il veut marier son fils à une vieille femme très riche, et lui, le vieux monsieur, il veut épouser une femme qui s’appelle Marianne, mais que son fils aime. Son fils est amoureux de cette Marianne et c’est le père qui veut l’épouser. Il y a tout un tas d’intrigues, de scènes comiques, de quiproquos avec cet Harpagon, avec ce personnage qui veut absolument protéger son argent.

Je vais vous expliquer un peu la scène où apparaît l’expression, maintenant que je vous ai expliqué un peu la pièce. Dans cette scène, on va avoir Harpagon qui va parler — donc le vieux qui est proche de ses sous, qui veut absolument garder son argent, qui cache d’ailleurs tout son argent dans une caisse dans son jardin —, c’est ça, Harpagon. Et le deuxième personnage de la scène, c’est La Flèche. La Flèche, c’est un valet. C’est quelqu’un qui va être au service du fils d’Harpagon. Donc Harpagon, je vous répète, c’est le vieux monsieur qui veut garder son argent absolument, et La Flèche, c’est le valet de son fils.

Et le vieux monsieur, dans cette scène, pose énormément de questions à La Flèche. Il n’arrête pas de poser des questions car il pense que La Flèche lui a volé son argent. Il pense que ce valet, qui est le valet de son fils, eh bien lui a pris ses sous, lui a volé de l’argent. Donc il demande si c’est dans cette poche-là, dans cette poche-ci, et celle-là, et le chapeau, et le manteau. Il pose beaucoup de questions à La Flèche, au valet, afin de pouvoir savoir si le valet lui a volé son argent. Évidemment, le valet dit que non, qu’il n’a pas d’argent, qu’il n’a pas l’argent du vieux monsieur, qu’il n’a pas volé d’argent. Et Harpagon continue et continue de lui poser des questions et il veut même le fouiller physiquement. Il veut le fouiller, il lui pose des questions de manière excessive, afin de retrouver son argent. La Flèche, lui, le valet donc, commence à s’énerver des questions du père de son maître et lui sort la phrase : « Qui se sent morveux, qu’il se mouche. »

En disant ça, La Flèche renvoie Harpagon à lui-même. Il renvoie le vieux monsieur, proche de ses sous, au fait qu’il soit avare. Il veut absolument découvrir si le valet l’a volé pour quelques sous. Donc en disant « Qui se sent morveux, qu’il se mouche », eh bien le valet va renvoyer à Harpagon sa propre avarice, va renvoyer au vieux monsieur le fait qu’il soit proche de ses sous, le fait qu’il ne veuille pas dépenser un centime.

En fait, on utilise cette expression quand on veut souligner la réaction de quelqu’un par rapport à ce qu’on a dit. Si je fais une critique à quelqu’un sur quelque chose, eh bien si la personne réagit anormalement, si la personne se sent visée, elle va réagir — elle va soit rougir, soit parler, soit protester. Et à ce moment-là, on peut dire : « Qui se sent morveux se mouche. »

Je vous donnerai des exemples tout à l’heure quand je vous expliquerai les mots de l’expression, quand je vous expliquerai l’expression en elle-même. Mais avant, j’avais envie de vous faire le petit passage de la pièce de théâtre de Molière, le moment où le vieux pose des questions à La Flèche pour savoir si lui a volé son argent. Alors, je vais essayer d’interpréter du mieux possible, en prenant la voix d’un vieux et la voix d’un plus jeune, d’un jeune homme — ce que je suis évidemment. Donc, je vais vous faire l’acte I, scène 3. Si vous voulez retrouver le dialogue que je vais vous dire maintenant, que je vais réciter, eh bien, vous tapez sur Internet « L’Avare, acte I, scène 3 » et vous allez voir le dialogue que je vais vous réciter maintenant. Ça commence par donc le vieux qui a un peu cette voix-là. Je vais prendre cette voix pour le vieux, et le vieux monsieur s’appelle donc Harpagon.

— Harpagon : Approche, que je vois un peu tes poches.

— La Flèche : Mes poches ?

— Harpagon : Oui, tes poches. Allons vite !

— La Flèche : Voilà, les voilà.

— Harpagon : Et les autres ?

— La Flèche : Les autres ?

— Harpagon : Oui.

— La Flèche : Les voilà.

— Harpagon : As-tu tout montré ?

— La Flèche : Oui.

— Harpagon : N’as-tu rien pris ?

— La Flèche : Mais non !

— Harpagon : Mets-toi là que je te vois. Eh bien, donne-moi tes mains.

— La Flèche : Les voilà.

— Harpagon : Les deux ensemble.

— La Flèche : Et les voilà.

— Harpagon : Ah ah ah !

— La Flèche : Qu’est-ce que c’est ?

— Harpagon : Tiens, donne aussi ton chapeau.

— La Flèche : Et le voilà !

— Harpagon : Ôte ton justaucorps.

— La Flèche : Voilà qui est bien plaisant. Me voilà prêt à me déshabiller pour voir si j’ai pris quelque chose.

— Harpagon : Point de bruit.

— La Flèche : Comment ?

— Harpagon : Dépêche-toi.

— La Flèche : Si vous le voulez absolument, eh bien voilà.

— Harpagon : Montrais-tu tout à l’heure cette poche-là ?

— La Flèche : Sans doute.

— Harpagon : Voyons un peu. Ah ah ! Qu’est-ce ceci ?

— La Flèche : Mais quoi ?

— Harpagon : Cela.

— La Flèche : Tenez, c’est de l’argent que j’ai.

— Harpagon : Oui, de l’argent que tu as. Tu ne me le veux pas rendre ?

— La Flèche : Mais ce n’est pas à vous.

— Harpagon : Ce n’est pas à moi ?

— La Flèche : Non.

— Harpagon : Où l’as-tu pris ?

— La Flèche : Mais vous m’importunez.

— Harpagon : Où l’as-tu pris, dis-je ?

— La Flèche : Je l’ai pris où je l’ai trouvé.

— Harpagon : Ah, je t’étranglerai.

— La Flèche : Doucement.

— Harpagon : Il faut que tu aies volé quelque chose.

— La Flèche : Moi ?

— Harpagon : Oui. Toi.

— La Flèche : Mais vous me feriez enrager.

— Harpagon : Rends ce que tu m’as pris.

— La Flèche : Je ne vous ai rien pris.

— Harpagon : Si.

— La Flèche : Non.

— Harpagon : Je le veux.

— La Flèche : Je ne vous ai rien pris, vous dis-je.

— Harpagon : Je le veux, te dis-je.

— La Flèche : Eh bien, fouillez-moi donc.

— Harpagon : Je te rosserai si tu parles.

— La Flèche : Qui se sent morveux, qu’il se mouche.

Et voilà ma petite pièce de théâtre. Ma petite scène de L’Avare où le vieux monsieur, eh bien, a la voix de Gollum dans Le Seigneur des Anneaux. « Oui, mon précieux. Qui me veut prendre mon précieux, mon précieux bijou ? » Je ne sais pas pourquoi j’ai pris la voix de Gollum pour faire le vieux monsieur. Enfin bon, moi, ça m’a amusé. Peut-être pas vous, mais moi, ça me fait marrer. Allez.

Donc, on va reprendre le cours du podcast tranquillement. D’ailleurs — avant de reprendre le cours du podcast, pardon —, au sujet des pièces de théâtre, je suis en train de me demander si je ne vais pas faire des vidéos sur ma chaîne YouTube où je vais jouer de courts extraits de pièces de théâtre pour aider les personnes comme vous qui voulez apprendre le français. Trouver de courts extraits, peut-être comiques, un peu drôles, où je jouerai différents personnages. Et pour ça, il faut que j’apprenne le montage vidéo. Il faut que j’apprenne à savoir comment je peux apparaître à l’écran deux fois, en jouant un personnage et en jouant l’autre en même temps. Enfin bref, je vous dirai ça plus tard, peut-être que je ferai ça dans les prochaines semaines, les prochains mois.

2) Expression du jour : Qui se sent morveux se mouche

Mais maintenant, on va reprendre le cours du podcast et je vais vous expliquer les mots de l’expression « qui se sent morveux se mouche ». Alors, « qui » c’est un pronom relatif. Il fait référence à quelqu’un, à une personne donc, mais on ne sait pas « qui ». C’est une généralité, ça peut être tout le monde.

Ensuite, on a « se sent » — « qui se sent ». « Se sent », c’est le verbe « se sentir ». C’est un verbe pronominal et « se sentir » ça peut vouloir dire deux choses. Ça peut vouloir dire se respirer soi-même — là, je me sens —, mais on peut aussi dire « se sentir » quand on parle d’une sensation. Si vous dites « je me sens bien, je me sens mal », eh bien vous parlez de votre état, de la sensation que vous avez de vous-même. Si vous êtes malade, vous pouvez dire « je ne me sens pas bien, je vais vomir » ou « je ne me sens pas bien, je vais m’évanouir ». Là, ce n’est pas l’action de sentir.

Donc, je vais vous conjuguer le verbe « se sentir », puisque c’est un verbe pronominal, tout simplement au présent. Eh bien, ça donne : « je me sens, tu te sens, il se sent, nous nous sentons, vous vous sentez et ils se sentent. » Et ici, dans l’expression, il faut voir aussi le mot d’après. Le mot d’après, c’est « morveux ».

« Morveux », c’est quand on a de la morve au nez. Alors là aussi, on va aborder quelque chose d’atroce. La morve, c’est ce que le nez produit. Quand vous êtes enrhumé, par exemple, eh bien, vous vous mouchez et ce qui va sortir de votre nez quand vous vous mouchez, c’est de la morve. Quand on a de la morve qui est en train de sortir du nez, eh bien, on est un morveux. Donc, « se sentir morveux », ça veut dire qu’on a envie de se moucher. On sent qu’on a de la morve… c’est atroce, putain. On sent qu’on a de la morve prête à sortir, à la sortie du nez, et donc on a envie de se moucher.

Et « se moucher », eh bien, c’est aussi un verbe pronominal. Et donc je vais vous le conjuguer également au présent : « je me mouche, tu te mouches, il se mouche, nous nous mouchons, vous vous mouchez et ils se mouchent. »

Donc, ici, quand on reprend l’expression dans sa globalité — « qui se sent morveux se mouche » —, alors on va essayer de trouver le sujet de « se mouche ». Quelle est la personne qui va se moucher ? Qui est le sujet dans la phrase ? Dans l’expression « qui se sent morveux se mouche », eh bien le sujet, c’est la personne qui se sent morveux. C’est pour ça qu’en fait on a deux verbes qui se suivent. « Qui se sent morveux », ça, c’est la personne, le sujet, qui va se moucher.

Alors, je vous ai expliqué l’expression, je vous ai parlé d’où elle venait, mais je ne vous ai peut-être pas bien expliqué à quel moment on peut utiliser cette expression. Quand on fait une critique à quelqu’un ou une critique générale sur quelque chose, si une personne se sent visée, eh bien elle va réagir.

Je vous donne un exemple. Vous êtes chez vous et vous avez fait des cookies pour la famille, vous avez fait des gâteaux. Tout le monde a pu en manger, tout le monde en a profité, et il ne restait qu’un cookie dans l’assiette quand vous êtes partis ce matin. Quand vous rentrez chez vous, il n’y a plus de cookies dans l’assiette. Vous demandez à vos enfants — ils sont trois, on va dire —, ils sont tous les trois en face de vous, et vous demandez : « Qui a mangé le dernier cookie ? » Silence dans la salle. Celui qui va réagir et qui va dire « Ah mais non, c’est pas moi, c’est pas moi qui ai mangé le dernier cookie », ou celui qui va rougir, ou celui qui va réagir, eh bien il y a des chances que ce soit lui qui l’ait mangé. Et à ce moment-là, vous pourrez dire : « Qui se sent morveux se mouche. » Ça veut dire : « Si tu as quelque chose à dire, dis-le. »

Ça peut aussi être appliqué en situation professionnelle. Vous êtes au bureau, dans une réunion de travail, et vous glissez comme ça : « Et d’ailleurs, ça serait bien que tout le monde soit à l’heure la prochaine fois. » Vous ne visez personne, vous dites ça comme une généralité. Si un de vos collègues, une des personnes dans la pièce, réagit à ça, eh bien vous pouvez être sûr que cette personne est souvent en retard. Et vous pouvez lui dire en rigolant, d’une façon un peu légère : « Qui se sent morveux se mouche. »

C’est une phrase qu’on utilise de façon légère. Ce n’est pas pour être trop sérieux, ce n’est pas pour appuyer sur la faiblesse ou la culpabilité de quelqu’un. C’est quelque chose qu’on utilise plutôt d’une manière légère.

En anglais, on dit if the cap fits, wear it. Je ne sais pas si c’est vraiment ça la bonne traduction, mais sur plusieurs sites j’ai trouvé ça, parce que j’avoue que je ne savais pas comment traduire ça moi-même. En tout cas, si vous connaissiez cette expression et si vous avez la traduction anglaise, je suis preneur.

Demain, on verra une expression qui est « C’est le serpent qui se mord la queue ».

J’espère que ce n’était pas trop compliqué aujourd’hui. J’espère que ma petite pièce de théâtre, même si vous n’avez pas tout compris, vous a fait un peu rire. Dites-moi ce que vous en pensez — sur les vidéos que je veux faire, sur les pièces de théâtre. Je voulais faire ça au début sur les bandes dessinées, en vous montrant des bandes dessinées comme Astérix, Tintin, etc., mais je n’ai pas les droits d’auteur. Sur YouTube, je n’ai pas le droit de vous montrer des bandes dessinées parce que c’est illégal et je n’ai pas le droit de le faire. J’ai vu qu’il y avait des chaînes qui existaient et qui faisaient déjà ça en français, mais je ne comprends pas comment ils peuvent faire sans avoir les droits de ces bandes dessinées. Enfin bref, si vous avez des idées d’ailleurs sur des vidéos à faire en français, un petit peu humoristiques, un petit peu originales, je suis preneur, puisque je suis en recherche de ça — ça sera avec plaisir. Merci beaucoup de m’avoir écouté jusqu’au bout. On se retrouve demain pour une nouvelle expression française. À bientôt. Bye bye, hasta luego. Matane !


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