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Bonjour à toutes, bonjour à tous. Aujourd’hui, on est le jeudi 2 octobre 2025 et je vous souhaite la bienvenue dans Le français, c’est facile ! avec Adrien. J’espère que vous allez bien. Aujourd’hui, on va voir une expression un peu enfantine — que les enfants utilisent entre eux, ou qu’on peut utiliser à l’encontre des enfants — et c’est « qui va à la chasse perd sa place ».
1) Apprentissage d’une langue et échanges humains
Mais avant, je voulais vous parler d’apprentissage du français. Pourquoi apprendre une langue ? Pourquoi aujourd’hui apprendre alors que l’intelligence artificielle est là ? Je crois que j’avais déjà parlé de ça il y a quelques semaines, mais il m’est arrivé une petite expérience récemment, et je vais vous raconter.
Il y a à peu près quinze jours, j’ai dû aller à Paris pour des rendez-vous. J’habite dans le sud-ouest de la France, et donc je pars à Paris en train. Je fais mes rendez-vous, et entre deux rendez-vous, je décide d’aller dans une librairie — mais pas n’importe quelle librairie. Je vais chez Junku. C’est une des seules librairies japonaises à Paris, je crois. Il y a des livres en français, des mangas en français, mais il y a aussi énormément de livres japonais.
Pourquoi ? Parce que, si vous m’écoutez depuis longtemps, vous le savez — j’essaie d’apprendre le japonais, parce que j’ai un amour pour ce pays, pour la culture, pour les gens, et donc j’apprends la langue. Je vais dans cette librairie et je demande en français à la vendeuse : « Excusez-moi, je vais passer un examen de japonais en décembre, le niveau 3 — ça s’appelle le N3 — et je voudrais un roman pas trop dur à lire pour m’entraîner. » Donc, elle m’amène dans le rayon, elle me montre les grands classiques : il y avait Alice au pays des merveilles, Charlie et la Chocolaterie — des romans qu’on lit quand on est enfant ou préadolescent. Et donc elle me dit : « Vous pouvez choisir ici, je vous laisse le temps. »
Je choisis des livres, je les prends et je vais à la caisse, où je retrouve la même dame. Et là, elle me parle un peu en français, puis elle embraye directement en japonais — elle change de langue. Et moi, sans réfléchir, je réponds en japonais. Mon cerveau est habitué à écouter du japonais, à comprendre, et donc je peux répondre. Et c’est une énorme satisfaction de pouvoir répondre instantanément — ou quasiment, juste le temps de réfléchir à ma réponse. C’est un bonheur personnel, une satisfaction de pouvoir répondre dans la langue de la personne qui vous parle, sans avoir besoin de sortir son téléphone, sans avoir besoin de prendre ChatGPT ou n’importe quelle IA pour traduire ce qu’on vous dit.
Et l’échange continue — à un moment donné, je repasse en français, parce que je ne savais plus un mot ou je ne sais quoi, et donc elle repasse en français aussi. J’ai trouvé ça génial. Alors évidemment, elle parlait français beaucoup mieux que moi je ne parle japonais. Mais j’ai trouvé ça top de pouvoir faire ça — et c’est ça l’intérêt, pour vous, d’apprendre le français : c’est de pouvoir échanger avec des personnes qui parlent français. Et peut-être aussi votre langue — de pouvoir parler les deux langues, de les mélanger, une partie en français, une partie dans votre langue. Et vous allez voir que de pouvoir répondre instantanément, de pouvoir comprendre et ne pas avoir peur de répondre, c’est extraordinaire.
Donc, même si vous faites des fautes — moi aussi j’en fais en français, j’en ai encore fait une l’autre jour dans mon podcast, je m’en suis rendu compte après —, c’est pas grave. Faites des fautes, trompez-vous, parlez français, essayez, cherchez vos mots, demandez. Franchement, c’est comme ça qu’on apprend. C’est comme ça que le cerveau va, au fur et à mesure du temps, corriger les fautes et vous permettre de mieux comprendre, de mieux parler français. Et vraiment, l’échange humain d’une personne à une autre, c’est tellement important, tellement enrichissant — plutôt que d’avoir son téléphone, de parler en français et après d’avoir la traduction dite par une machine. Franchement, ça n’a rien à voir.
Donc, à moins que l’IA arrive à reproduire les interactions humaines, eh bien ça sera toujours utile, ça sera toujours enrichissant d’apprendre une langue étrangère. Alors bien sûr, si vous avez un rapport à rendre en français pour le travail et que vous parlez une autre langue, eh bien les IA pourront vous aider à corriger les fautes, pourront vous servir de soutien — mais ça ne remplacera pas l’humain. Enfin, j’espère.
Quand je vois que des personnes considèrent leur IA comme une amie, franchement je ne comprends pas. Je comprends qu’on puisse se confier à l’IA parce qu’elle va peut-être écouter sans aucun jugement — bien que tout soit enregistré, donc il faut quand même faire attention à ce qu’on dit. Donc, je comprends qu’on puisse lui dire des choses et chercher une réponse. Mais qu’on considère une IA comme une amie — pour moi, le mot « ami » a un sens tout à fait différent et il est forcément rattaché à un humain qui a son caractère, qui a ses qualités, ses défauts, qui va être heureux, qui va pleurer, qui va gueuler, qui va être enjoué, qui a des sentiments. Les réponses de l’IA sont très intéressantes techniquement — bien que parfois elle se trompe —, mais au niveau émotionnel, au niveau relationnel, franchement on est loin du compte.
Bref, tout ça pour vous dire que c’est enrichissant, gratifiant d’apprendre une langue étrangère — personnellement, pour soi — quand on parle avec une personne native de cette langue-là. Personnellement, je ne suis encore jamais allé au Japon mais je prévois ce voyage dans un ou deux ans, et franchement je n’ai aucune appréhension à parler japonais avec des Japonais. À mon accent — et à ma tête aussi —, ils vont s’apercevoir que je ne suis pas japonais, et donc ils seront indulgents. Pareil en français : si vous parlez à un Français ou à quelqu’un qui parle français avec un accent, on va être plus indulgent, on va essayer de comprendre — bien qu’il y ait des Français qui ne fassent pas beaucoup d’efforts. Mais moi, en tout cas, si on se croise dans la rue, j’essaierai de vous comprendre.
Bref, on ne va pas faire d’astuce de français aujourd’hui parce que j’ai déjà pas mal parlé et que l’expression du jour est assez longue.
2) Expression du jour : Qui va à la chasse perd sa place
Donc, « qui va à la chasse perd sa place ». « Qui » — pronom relatif, on connaît. « Va » — c’est le verbe « aller ». C’est un verbe irrégulier, je m’en souviens bien parce que c’est le premier verbe que j’ai analysé dans mes podcasts. Mon tout premier podcast — qui date, je crois, du 30 ou 31 décembre de l’année dernière — c’était « aller comme un gant », et donc on avait révisé le verbe « aller » à l’époque. C’est un verbe irrégulier du troisième groupe — assez dur à conjuguer. Je vais vous le faire rapidement au présent et à l’imparfait.
Le verbe « aller » au présent, ça donne : « je vais, tu vas, il va, nous allons, vous allez et ils vont. » Et à l’imparfait : « j’allais, tu allais, il allait, nous allions, vous alliez et ils allaient. » Ça, c’est l’imparfait — donc un temps du passé.
On revient sur l’expression : « qui va à la chasse perd sa place. » La chasse, c’est quoi ? Eh bien, c’est d’actualité en ce moment. En ce moment, en France — et depuis quinze jours —, c’est la période de la chasse. Chasser un animal, c’est le traquer, le poursuivre et le tuer. Au début, l’origine de la chasse, c’était pour se nourrir — pour que les humains préhistoriques, il y a très, très, très longtemps, puissent manger. Ils tuaient des animaux pour manger.
Aujourd’hui, la chasse, c’est bien différent. Je pense qu’il y a quelques chasseurs qui ne tuent pas uniquement pour se nourrir — mais qui mangent leur bête après l’avoir tuée, j’espère en tout cas. Mais aujourd’hui, c’est devenu un hobby, un passe-temps, une passion. J’avoue que j’ai du mal à comprendre — il faudra qu’on m’explique l’intérêt ou la passion dans le fait de tuer un animal. Je peux comprendre l’argument de chasser pour réguler la population des animaux dans les forêts, pour qu’il n’y en ait pas trop, qu’ils ne débordent pas sur les villes — ça, à la limite, je peux comprendre. Mais la passion de traquer un animal et de lui prendre la vie, pour moi, ce n’est pas compréhensible. Enfin bref, je n’ai pas envie de me fâcher avec les chasseurs — chacun sa vie, ce n’est pas interdit, donc chacun fait comme il veut.
Ensuite, si on revient à l’expression, on a le verbe « perdre » — « perdre sa place ». Perdre, c’est quand on ne retrouve plus quelque chose. Si je vous dis : « Mince, j’ai perdu mon portable », c’est que je ne sais plus où est mon téléphone portable — je ne sais plus où je l’ai mis, et donc je l’ai perdu, je ne le retrouve plus.
Et donc, on va conjuguer évidemment le verbe « perdre » au présent et à l’imparfait, comme le verbe « aller » tout à l’heure. Le verbe « perdre » au présent, ça donne : « je perds, tu perds, il perd, nous perdons, vous perdez et ils perdent. » Et à l’imparfait — c’est facile : « je perdais, tu perdais, il perdait, nous perdions, vous perdiez et ils perdaient. »
Et « la place » — « sa place » — à la fin de l’expression. Je vous en ai parlé il y a quelques jours, je crois, dans le podcast avec « chacun sa route » — donc il y a trois jours. « Sa place », c’est la place de cette personne, qui lui appartient. Et la place, c’est l’endroit où vous êtes assis, où vous êtes garé — un espace qui est occupé par un objet ou une personne. C’est un endroit, c’est un lieu.
Alors, ça veut dire quoi, « qui va à la chasse perd sa place » ? Je vous disais au début — c’est une expression qui est surtout utilisée par les enfants entre eux, ou alors par un adulte vis-à-vis d’un enfant. On dit ça quand quelqu’un part et qu’on lui prend sa place. Par exemple : vous êtes tous en famille sur le canapé, quatre personnes regardent la télé — vous, votre femme ou votre mari, et deux enfants — et un enfant est resté à l’étage dans sa chambre. À un moment, un de vos enfants qui était sur le canapé va aux toilettes, et l’enfant qui était dans sa chambre prend la place de l’autre. En revenant des toilettes, l’enfant numéro un va dire : « Mais tu m’as pris ma place ! » Et l’autre répond : « Et ouais — qui va à la chasse perd sa place. » Ça veut dire : « T’es parti, la place était vide, donc je la prends. »
Ce qui est intéressant dans cette expression — et ce que je ne savais pas —, c’est son origine. D’où ça vient ? Est-ce que vous connaissez l’origine de cette expression ? Eh bien, en fait, ça vient de l’Ancien Testament — donc de la Bible, le livre religieux des chrétiens et des catholiques, mais avant la naissance de Jésus.
Je vous raconte en deux mots. Il y avait un couple qui avait deux fils : Jacob et Ésaü. Le père — très vieux et presque aveugle — au moment de mourir, avant de bénir son fils aîné pour lui donner ses terres, ses biens, pour faire de lui son héritier, lui demande une dernière faveur : aller chasser — voilà, la chasse — un animal et lui préparer pour manger un dernier plat.
La mère, qui avait entendu ça, voulait que son deuxième fils soit béni à la place de l’autre. Elle prépare donc un plat à manger à base de chevreau — c’est le petit de la chèvre — et se sert de la peau du chevreau pour la mettre sur les mains de son deuxième fils. Pourquoi ? Parce que le premier fils a les mains très poilues, et donc elle veut imiter les mains de son aîné, car le père est presque aveugle. Le père tombe dans le panneau et bénit son deuxième fils — lui donne son héritage.
Mais avant de mourir, il se rend compte de la tromperie — de la supercherie que lui ont jouée sa femme et son deuxième fils — et dit à ce deuxième fils, qui a hérité, que certes il lui a donné ses biens et ses terres en héritage, mais que celles-ci ne donneront rien : ni légumes, ni céréales — que la terre restera aride.
C’est de là que vient l’expression « qui va à la chasse perd sa place ». Le frère parti chasser pour faire plaisir à son père s’est vu voler sa place par son cadet, par son petit frère. Qui va à la chasse perd sa place.
C’est marrant — comment une expression enfantine a une origine dans l’Ancien Testament, une origine profonde, avec une histoire assez triste pour le père et pour le fils qui est parti chasser.
En anglais, on dit you snooze, you lose — littéralement : « tu roupilles, tu perds ». J’ai trouvé ça sur internet parce que je ne connaissais pas la traduction de cette expression.
Demain, on fera une petite chanson Disney — avec les sept nains de Blanche-Neige. Vous pouvez me retrouver toujours sur YouTube, où vous avez ces podcasts disponibles, et aussi sur ma deuxième chaîne avec des vidéos où je me sers de bandes dessinées pour vous apprendre le français. Si vous n’y êtes pas allé, allez-y, abonnez-vous — c’est avec grand plaisir. Laissez-moi un petit message, un petit commentaire. Et vous pouvez toujours me retrouver sur mon Patreon, où vous avez les transcriptions écrites de tous les épisodes de mes podcasts. Je vous laisse ici pour aujourd’hui — on se retrouve demain avec les sept nains de Blanche-Neige. Merci beaucoup, à bientôt. Bye bye, hasta luego. Matane !
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