« Bayer aux corneilles » et Les Kassos

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Bonjour à toutes, bonjour à tous. Aujourd’hui, on est le samedi 15 novembre — c’est le début du week-end — et aujourd’hui, je vais vous parler d’une expression qui est « bayer aux corneilles ». Je vous parlerai de tout ça tout à l’heure, mais maintenant, et comme tous les jours, je vais vous parler un peu de tout et de rien.

1) Les Kassos

Aujourd’hui, je vous parle d’un programme, d’une émission que vous pouvez retrouver sur YouTube et que j’adore. Alors, je vais faire un peu de pub pour ce programme — il n’en a pas besoin parce que c’est très connu en France, ils font des centaines et des centaines de milliers de vues, peut-être même des millions —, et ça s’appelle Les Kassos. Alors, « Kassos », ça s’écrit K-A-S-S-O-S.

Avant de vous parler de l’émission — qui est une émission humoristique —, je vais vous parler de ce que c’est qu’un cassos et d’où vient ce mot. « Cassos », c’est la contraction de « cas » et de « sociaux » — ou « cas social » au singulier. Des cas sociaux, ça donne « cassos ».

Pourquoi on dit ça, et ça veut dire quoi surtout ? Quand on dit à quelqu’un que c’est un cassos, c’est plutôt une insulte. Il ne faut pas dire à quelqu’un en face que c’est un cassos, sinon ça va poser problème. Un cassos, en fait, c’est une personne qui n’a pas de travail, qui galère, qui vit des aides de l’État. Malheureusement, il y en a beaucoup. Ce sont des personnes qui se retrouvent en marge de la société — souvent contre leur gré, souvent sans le vouloir. Eux voudraient un travail, voudraient être intégrés dans la société, gagner leur vie, ne plus dépendre des aides de l’État — mais la vie fait qu’ils se retrouvent dans cette situation. Et donc, en les appelant « cassos », on les met encore plus à l’écart. Et eux-mêmes parfois disent « on est des cassos ». C’est péjoratif, c’est négatif — c’est quasiment une insulte.

Moi, je n’aime pas ce terme — mais je l’aime bien pour l’émission parce que c’est rigolo. Ces personnes vont souvent voir l’assistante sociale pour essayer de voir comment ils peuvent s’en sortir. L’assistante sociale — c’est un travail, souvent une femme, mais ça peut être un homme — va aider ces personnes à trouver un travail selon leurs compétences, selon leur formation.

Et donc, dans l’émission dont je vous parle — Les Kassos —, on suit la vie d’une assistante sociale. On se met à sa place et on voit les personnes qui viennent se faire aider. Sauf que ces clients, ce sont tous des parodies de films, de séries, de mangas, de livres, de BD, etc. On va avoir Terminator, une parodie de Dragon Ball, de Oui-Oui, de Naruto, de Scream, des Chevaliers du Zodiaque, de Titanic — il y a beaucoup, beaucoup de parodies. Et c’est fait en animation — il n’y a pas d’acteur, pas de personne réelle, uniquement des dessins animés.

Je crois qu’il y a quatre ou cinq saisons en tout, et chaque saison comporte peut-être 15 à 20 épisodes. Sauf que chaque épisode est très court — ça dure 1 minute 30, 2 minutes, 3 minutes maximum —, donc ça se visionne très rapidement. C’est très drôle, vraiment très, très drôle. Vous allez retrouver énormément de personnages que vous connaissez — des personnages de films, de séries, de comics, de BD, d’animations.

Allez sur YouTube, tapez « Kassos » — K-A-S-S-O-S — c’est gratuit et vous allez pouvoir voir toutes les saisons à la suite. Vraiment, c’est extraordinaire — vous allez rigoler et vous allez améliorer votre français. Alors, c’est vrai que ça parle assez vite puisque ça s’adresse à des Français — mais si vous avez un niveau intermédiaire ou avancé, vous pouvez tout à fait regarder Les Kassos. Vous allez voir — vous allez vous marrer. Faites-moi un petit retour sur YouTube si vous avez pu regarder et si vous avez aimé. Mais je suis sûr que vous allez aimer — c’est obligé. Alors, c’est trash, c’est limite, mais c’est ça qui est marrant — c’est de voir ces personnages qu’on a aimés dans des situations comiques. C’est très, très drôle.

2) Expression française du jour : Bayer aux corneilles

Et maintenant, on passe sans transition à l’expression du jour : « Bayer aux corneilles. »

Alors, cette expression — je la connaissais, mais je pensais qu’elle s’écrivait autrement. Et je pense qu’on est beaucoup de Français dans ce cas-là. Je pensais que « bayer » — dans « bayer aux corneilles » —, c’était le fait d’ouvrir la bouche en grand, de bâiller. Oh, maintenant j’ai envie de bâiller encore plus !

Eh bien non — dans l’expression, ce n’est pas ce bâillement-là. Et ça ne s’écrit pas comme ça. « Bâiller » — ce que je viens de faire —, ça s’écrit B-A-I-L-L-E-R, avec un accent circonflexe sur le A. Et dans l’expression du jour, « bayer aux corneilles », ça s’écrit B-A-Y-E-R. Donc, « bayer » est un verbe français — que j’avoue ne pas avoir connu avant. Mais ça existe. B-A-Y-E-R veut dire en fait rester la bouche ouverte et ne penser à rien. C’est comme « être bouche bée » — une expression dont je vous ai déjà parlé dans un précédent podcast. Donc, « bayer », ça veut dire rester la bouche ouverte en rêvassant.

Alors, ce verbe — ce n’est pas la peine de le retenir, parce qu’on ne le trouve quasiment que dans cette expression. Je ne l’ai jamais vu ailleurs en 40 ans de vie — dans les livres que j’ai lus, dans les magazines. Peut-être qu’il s’utilise très, très rarement, ou peut-être que je l’ai déjà vu sans m’en souvenir.

« Aux » — ça s’écrit A-U-X — c’est la contraction de « à » et de « les ». Pourquoi « les » ? Parce que « corneilles » est au pluriel. Donc, on met un « x » à « aux » et un « s » à « corneilles ».

Et les corneilles, c’est quoi ? Les corneilles, ce sont des oiseaux noirs assez petits qui ressemblent à des corbeaux, mais qui ont un bec jaune ou orange. Le corbeau, c’est un oiseau tout noir avec le bec noir. Il y a d’ailleurs un film très connu d’Alfred Hitchcock qui s’appelle Les Oiseaux — et dans ce film, on voit des corbeaux, d’où ma confusion. Donc : corbeaux — oiseaux tout noirs avec le bec noir. Corneilles — plus petites, tout noires, mais avec le bec jaune ou orange. Un corbeau, c’est masculin — une corneille, c’est féminin.

Donc, « bayer aux corneilles » — je vous ai dit — ça veut dire rêvasser, perdre son temps à regarder dans le vide, à ne rien faire.

Sur l’image du podcast, j’ai mis une jeune femme qui est à la fenêtre et qui regarde les nuages, qui regarde dehors. On voit qu’elle ne fait rien, qu’elle ne pense à rien — c’est ça, bayer aux corneilles.

Mais pourquoi on parle de corneilles ? Pourquoi il y a un oiseau dans cette expression ? Je vais vous expliquer. Les corneilles — comme je vous ai dit — c’est un petit oiseau avec pas beaucoup de chair, pas beaucoup de viande. Et donc, pour un chasseur qui cherche à se nourrir, la corneille n’a pas d’intérêt. Chasser une corneille, ça ne sert à rien. Donc, « bayer aux corneilles » vient de l’image du chasseur qui regarde longuement des corneilles voler — alors qu’elles ne sont pas du gibier intéressant. Ça veut dire rester là sans rien faire d’utile, à attendre que le temps passe. C’est pour ça qu’on a un oiseau dans cette expression — ça vient de la chasse.

« Bayer aux corneilles », c’est une expression que vous pouvez utiliser dans la vie de tous les jours avec vos collègues ou vos amis. Ce n’est pas du tout familier, donc c’est possible de l’utiliser. Par exemple, vous avez un collègue à côté de vous — c’est aussi un ami — et vous voyez qu’il ne fait rien. Il est en train de rêver, il est ailleurs dans sa tête. Vous pouvez lui dire pour le sortir de son rêve : « Eh, dis donc — arrête de bayer aux corneilles, on a du boulot. Si on veut partir à l’heure, il faut qu’on avance. » « Arrête de bayer aux corneilles » — ça dit à votre collègue : arrête de rêver et travaille.

En anglais, ça se dit to stare into space ou to space out — être dans la lune, rêvasser. Et pour les Japonais qui m’écoutent, c’est ぼーっとするぼーっとしました : aujourd’hui, j’ai bayé aux corneilles.

Bien — on va arriver au bout du podcast. Si vous voulez retrouver la transcription des épisodes, vous pouvez vous inscrire sur mon Patreon — vous y trouverez aussi des podcasts exclusifs. Demain, nouveau podcast avec encore une histoire d’oiseau — on va parler de l’expression « un oiseau de mauvais augure ». Je vous parle de tout ça demain. D’ici là, passez une bonne journée, une bonne soirée — profitez de la vie, amusez-vous. À bientôt, bye bye, hasta luego. Matane !


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