Le geai paré des plume du paon

Written in

by

Lire la transcription

Bonjour à toutes, bonjour à tous. Aujourd’hui, on est le mercredi 17 décembre 2025. Je vous souhaite la bienvenue dans Le français, c’est facile avec Adrien. Et aujourd’hui, on va parler d’une nouvelle fable de La Fontaine. Cette fable n’est pas très connue, en tout cas, elle est moins connue que d’autres fables et elle s’appelle Le Geai paré des plumes du Paon. Alors, elle n’est pas très longue, elle fait quand même 14 lignes. Comme d’habitude, je vais vous expliquer la fable, mais d’abord, je vais vous la lire doucement, puis je vous l’expliquerai, puis je vous la lirai à vitesse normale, comme si je la lisais à des Français, et ensuite, je vous lirai une version plus facile que j’ai moi-même écrite. Allez, on commence. Vous êtes prêts ? C’est parti !

Alors, la fable s’appelle Le Geai paré des plumes du Paon. Donc déjà, je vais vous expliquer les mots du titre. Le geai, c’est un petit oiseau. Ça s’écrit G-E-A-I. Donc, retenez bien, le geai, petit oiseau, car on va l’entendre quelquefois dans le texte. Et le paon, c’est un oiseau qui est assez gros, qui a de très belles couleurs bleues et brillantes et il a de grandes plumes au bout de la queue. Quand il crie, on dirait qu’il crie « Léon ». Il fait comme ça. « Léon ! Léon ! » Ça, c’est le cri du paon. Et on dit qu’il fait aussi la roue avec ses plumes. Il a de très, très grandes plumes qui font une espèce de roue dans son dos. Ça a une forme arrondie, c’est magnifique. Donc le titre de la fable s’appelle Le Geai paré des plumes du Paon. Parer, ça veut dire qu’il les a mis à lui-même le geai. Il s’est déguisé en paon avec des plumes de paon. Mais je vais vous expliquer tout ça tout à l’heure, je vous lis d’abord la fable, pardon. Allez, on y va.

Le Geai paré des plumes du Paon, par Jean de La Fontaine.

Un paon muait : un geai prit son plumage, Puis après se l’accommoda, Puis parmi d’autres paons tout fier se panada, Croyant être un beau personnage. Quelqu’un le reconnut : il se vit bafoué, Berné, sifflé, moqué, joué, Et par Messieurs les paons plumé d’étranges sortes. Même vers ses pareils s’étant réfugié, Il fut par eux mis à la porte. Il est assez de geais à deux pieds comme lui Qui se parent souvent des dépouilles d’autrui Et que l’on nomme plagiaires. Je m’en tais et ne veux leur causer nul ennui. Ce ne sont pas là mes affaires.

Et voilà, j’ai fini de vous lire la fable, Le Geai paré des plumes du Paon. C’est une fable assez compliquée parce qu’il y a beaucoup de mots difficiles à comprendre, mais je vais tout vous expliquer maintenant. On prend donc la première ligne. Si vous voulez suivre la fable en la lisant sur votre ordinateur ou sur votre téléphone, vous pouvez la trouver sur Internet, bien sûr, et vous pouvez la trouver aussi sur mon Patreon en vous abonnant.

Alors, la première ligne, c’est « Un paon muait : un geai prit son plumage. » Donc, on a une ligne qui est en deux parties. « Un paon muait. » Muer, ça veut dire changer de peau, changer de caractéristiques physiques. Le serpent, souvent, il va muer, il va avoir une nouvelle peau et laisser son ancienne peau sur le sol. Ici, c’est le paon qui mue, et donc on peut penser qu’il perd des plumes pour que de nouvelles plumes poussent. Qu’est-ce qu’il va se passer ? Eh bien un geai, donc un petit oiseau, va prendre les plumes du paon. Le plumage dans la ligne, ça correspond aux plumes. Donc le petit oiseau prend les plumes pour lui.

Ligne 2, « Puis après se l’accommoda. » « Accommoda », c’est le passé simple du verbe « accommoder ». Et ici, c’est « se l’accommoder ». Le « l’ » avec apostrophe représente les plumes et s’accommoder à quelque chose, ça veut dire s’habituer à quelque chose, s’approprier quelque chose. Donc, le petit geai, le petit oiseau, a pris les plumes du paon et les a mises sur lui. On peut imaginer qu’il les a insérées dans son plumage pour se faire passer pour un paon.

Ligne 3, « Puis parmi d’autres paons tout fier se panada. » Donc ici, le geai se retrouve parmi d’autres paons avec ses fausses plumes. Il est au milieu d’autres paons et il est tout fier, il se panade. Dans la ligne, c’est « se panada », c’est le passé simple. Le verbe, c’est « se panader ». C’est un verbe un peu ancien qui veut dire « faire le beau », « faire le fier », « se pavaner ». Ça, c’est plus récent comme mot. D’ailleurs, c’est intéressant parce que le verbe « se pavaner » a la même racine latine que le mot « paon ». Pourquoi ? Parce que le paon, c’est un animal, on a l’impression qu’il fait le beau, qu’il est toujours très fier avec ses grandes plumes de toutes les couleurs. Donc, le petit oiseau est parmi les paons avec ses fausses plumes et il fait le fier comme d’autres paons.

D’ailleurs, l’auteur le dit à la ligne 4, « Croyant être un beau personnage. » Croyant, c’est le participe présent du verbe croire et donc le geai, le petit oiseau avec ses fausses plumes, pense qu’il est comme un paon, qu’il fait partie de la haute société des oiseaux, qu’il est un grand parmi les grands.

Ligne 5, « Quelqu’un le reconnut : il se vit bafoué. » Quelqu’un, c’est forcément un autre paon. L’auteur ici dit « quelqu’un », mais il parle d’un oiseau. Le petit geai a été reconnu. Un autre paon s’est rendu compte que ce n’était pas un vrai paon. Et la suite de la ligne, c’est « il se vit bafoué ». Bafoué, c’est un verbe qui veut dire « rejeté ». Donc, le petit geai, le petit oiseau, a été rejeté par les autres paons parce qu’il a voulu se faire passer pour un des leurs.

Ligne 6, « Berné, sifflé, moqué, joué. » Ici, on a des participes passés de verbes. Le verbe « berner », comme le verbe « jouer », ça veut dire « tourner en ridicule ». On dit d’ailleurs « se jouer de quelqu’un ». Ça veut dire faire un tour à quelqu’un, tourner quelqu’un en ridicule. Et dans la ligne, on a aussi le verbe siffler, le participe passé « sifflé ». Ça, c’est quand on va huer quelqu’un, on va aussi se moquer de lui. Parfois, dans les stades de football, de rugby, de football américain, ce que vous voulez, il y a une décision de l’arbitre qui est mauvaise et donc les supporters dans le stade vont siffler l’arbitre, ils vont le huer, ils vont lui dire qu’ils ne sont pas d’accord avec sa décision. Donc le petit oiseau, pour revenir à notre fable, est tourné en ridicule par les autres paons.

C’est d’ailleurs ce qu’on nous dit dans la ligne 7, « Et par Messieurs les paons plumé d’étranges sortes. » Alors plumer, ça veut dire soit enlever des plumes à un oiseau, soit, pour un humain, se faire arnaquer. Se faire plumer pour un humain, ça veut dire se faire arnaquer. Je vous en avais parlé dans une expression qui était « passer pour un pigeon » ou « se faire prendre pour un pigeon ». Je vous parlais des touristes à Paris qui se font souvent arnaquer par des commerçants ou par des joueurs à la sauvette devant la tour Eiffel. Et donc ici, dans la phrase, je pense qu’on peut garder les deux termes — se faire tourner en ridicule, se faire avoir — parce que les paons se sont moqués du petit oiseau, et peut-être aussi parce que les paons ont enlevé les fausses plumes au petit oiseau.

Ligne 8, « Même vers ses pareils s’étant réfugié. » Ces pareils, on parle des autres oiseaux de la famille du geai. Et donc, le petit oiseau qui voulait se faire passer pour un paon va se réfugier dans sa famille, va se réfugier parmi ceux de son espèce. Mais, ligne 9, « Il fut par eux mis à la porte. » Même dans sa famille, même avec les oiseaux de son espèce, eh bien il s’est fait mettre dehors parce qu’il a voulu se faire passer pour quelqu’un d’autre. Il a voulu ressembler à un autre oiseau et donc c’est comme s’il rejetait sa famille. C’est comme s’il avait voulu faire partie d’une autre famille et donc même les siens vont le rejeter.

Ici, on a la fin de l’histoire du petit oiseau et on va passer à ce qu’on pourrait considérer comme la morale.

Ligne 10, « Il est assez de geais à deux pieds comme lui. » Alors, des geais à deux pieds, c’est quoi ? On pourrait dire des oiseaux à deux pieds, mais c’est en fait des humains. Les oiseaux ont des pattes, les humains ont des pieds, ont des jambes. Donc ici, La Fontaine parle des humains, parle des hommes en général. Et il dit, il y a beaucoup d’hommes comme ces oiseaux, comme ce geai.

Ligne 11, « Qui se parent souvent des dépouilles d’autrui. » Se parer de quelque chose, c’est se vanter, c’est se pavaner, comme le petit oiseau a voulu le faire avec les plumes du paon. Et donc ici, La Fontaine nous dit qu’il y a des hommes qui font comme ces oiseaux, qui veulent les dépouilles d’autrui, qui veulent aux autres ce qui ne leur appartient pas, que ce soit physique ou intellectuel.

Ligne 12, « Et que l’on nomme plagiaires. » Alors là, pour que je vous explique la ligne, il faut que je vous explique autre chose avant. À l’époque des fables de La Fontaine, il n’y avait pas de notions de propriété intellectuelle alors qu’aujourd’hui, ça existe bien sûr et c’est très encadré par la loi. Par exemple, si dans mon podcast, je veux intégrer une musique d’un créateur, une musique connue, je dois payer des droits. Je ne peux pas reprendre le discours d’un dirigeant et dire que c’est moi qui l’ai écrit. Je ne peux pas reprendre un sketch d’un humoriste et dire que c’est moi qui l’ai créé. Ça s’appelle la propriété intellectuelle. Mais à l’époque, ça n’existait pas. Donc, La Fontaine ici dénonce les personnes qui volent les idées des autres. Mais c’est un peu ironique parce que La Fontaine a fait pareil avec les fables d’Ésope. Il y a beaucoup de fables de La Fontaine qui sont en fait tirées des fables d’Ésope. Donc ici dans cette fable, La Fontaine dénonce les personnes qui vont voler les idées des autres alors que lui fait la même chose. Donc, d’un côté il dénonce, mais de l’autre côté, il y a de l’ironie parce que lui a fait la même chose.

Ligne 13, « Je m’en tais et ne veux leur causer nul ennui. » Je me tais, j’arrête d’en parler parce qu’il ne veut pas causer de problèmes à ces personnes, sauf qu’il vient d’en parler pendant 12 lignes. Quand on utilise la négation pour parler de quelque chose, en disant « je ne vais pas vous dire que le français est une belle langue », eh bien en utilisant la négation, je vous le dis quand même. C’est une forme de style qui s’appelle la prétérition. Bon, ne retenez pas ça, ça n’a pas d’importance.

Et ligne 14, « Ce ne sont pas là mes affaires. » Donc La Fontaine dit, il y a bien des personnes qui volent la propriété intellectuelle, les idées des autres, mais n’en parlons pas plus, car ce ne sont pas les affaires des autres. Elle est très intéressante cette fable parce que La Fontaine dénonce un manque de protection de la propriété intellectuelle qui n’existait pas à l’époque, mais lui fait la même chose. Donc en fait, en écrivant cette fable, il se moque de lui-même. J’ai trouvé ça très intéressant de vous l’expliquer et de vous la raconter.

Bien, maintenant, je vais vous relire la fable en entier comme si je la lisais à un public français et après, je vous lirai la fable écrite par moi, donc plus facile à comprendre pour vous.

Le Geai paré des plumes du Paon, par Jean de La Fontaine.

Un paon muait : un geai prit son plumage, Puis après se l’accommoda, Puis parmi d’autres paons tout fier se panada, Croyant être un beau personnage. Quelqu’un le reconnut : il se vit bafoué, Berné, sifflé, moqué, joué, Et par Messieurs les paons plumé d’étranges sortes. Même vers ses pareils s’étant réfugié, Il fut par eux mis à la porte. Il est assez de geais à deux pieds comme lui Qui se parent souvent des dépouilles d’autrui Et que l’on nomme plagiaires. Je m’en tais et ne veux leur causer nul ennui. Ce ne sont pas là mes affaires.

Ça, c’était la version de La Fontaine, et maintenant la version plus facile.

Le petit oiseau déguisé avec des plumes de paon, par Adrien.

Un paon changeait de plumage. Un petit oiseau, alors, vola ses plumes et les intégra aux siennes. Puis, parmi d’autres paons, faisait le fier, pensant être devenu un bel et important oiseau. Quelqu’un reconnut le petit oiseau et il fut rejeté, tourné en ridicule, moqué, hué, sifflé par tous les paons. Le petit oiseau retourna voir sa famille, mais fut mis dehors. Il y a beaucoup d’hommes comme ces oiseaux qui prennent ce qui appartient aux autres et que l’on appelle des plagiaires. Je me tais, car je ne veux pas leur causer d’ennui. Ce ne sont pas là mes affaires.

Est-ce que c’était plus facile à comprendre comme ça ? Dites-moi si vous avez compris, dites-moi si vous n’avez pas compris, si vous voulez que je vous réexplique la fable ou que je vous l’explique peut-être autrement en commentaire YouTube. Vous pouvez toujours me laisser un petit message pour autre chose. Une bonne note dans vos applications de podcast, ça serait top. Et on se retrouve donc demain pour une nouvelle expression, une expression qu’on m’a apprise ici dans le Sud-Ouest et que je ne connaissais pas. Demain, on va parler de l’expression française « Avoir une casquette en peau de genoux ». Je me marre parce qu’elle est très drôle cette expression et je vous en parlerai donc demain. Merci beaucoup de m’avoir écouté et je vous dis à demain, bye bye, hasta luego. Matane !


En savoir plus sur Le français c'est facile avec Adrien

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

Laisser un commentaire

Le français c'est facile avec Adrien

Apprenez le français naturellement, quotidiennement avec des podcasts, des contes, des fables, des chansons, des livres audio pour débutants, intermédiaires et avancés

En savoir plus sur Le français c'est facile avec Adrien

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture