Lire la transcription
Bonjour à toutes, bonjour à tous, j’espère que vous allez bien et que vous êtes en forme. Moi, ça va pas mal. On est le mercredi 14 janvier 2026. Je vous souhaite la bienvenue dans Le français, c’est facile avec moi, avec Adrien bien sûr.
1) Les lettres, syllabes et mots raccourcis
Alors aujourd’hui, je vais répondre à une demande d’un auditeur, de quelqu’un qui m’écoute sur YouTube je pense. Cette personne est turque, donc vient de Turquie et s’appelle Yigitsisman. Je ne sais pas si je prononce bien, désolé. En tout cas, il m’a demandé que je puisse faire un épisode où je parle de la façon de parler des Français quand on raccourcit les mots.
Alors, lui, il m’a demandé les expressions qu’on utilise à Paris. Mais en fait, ces mots raccourcis, ces expressions qu’on comprime pour enlever des mots, on les utilise dans toute la France, pas uniquement à Paris. Donc je vais vous parler un peu de ça aujourd’hui. C’est une très bonne idée d’épisode qu’il m’a donnée. Donc merci à toi et à tous ceux qui m’écoutent. Si vous avez des questions, si vous avez des idées d’épisodes à faire sur le français ou sur l’histoire de France, la culture, vous pouvez me demander et j’essaierai d’en parler.
Donc aujourd’hui, avant de faire l’expression du jour qui est « la fleur au fusil », je vais vous parler de plusieurs mots, de plusieurs expressions, parfois même des phrases entières, qu’on va réduire, qu’on va comprimer pour aller plus vite. On va supprimer des lettres, des sonorités, des sons, pour que la prononciation soit plus rapide. Donc ce dont je vous parle là, c’est à l’oral. Bien sûr à l’écrit, il faut garder toutes les lettres, sinon ce sont des fautes d’orthographe.
Alors je vais déjà vous donner plusieurs mots où on va supprimer des lettres ou supprimer des syllabes. Par exemple « s’il vous plaît » — moi je vais dire « siouplaît ». « S’il vous plaît », ça se transforme parfois en « siouplaît », le « vous » on le supprime, on garde juste le « ou ». Donc ça donne « siouplaît ». De « s’il vous plaît », ça se transforme en « siouplaît ». « S’il te plaît », c’est pareil. On va dire plutôt « s’te plaît ». Le « il » disparaît donc de « s’il te plaît », on va dire plutôt « s’te plaît ». « Donne-moi du sel s’te plaît » au lieu de « donne-moi du sel s’il te plaît ». Ça, c’est un langage qu’il faut utiliser avec vos collègues, avec vos amis, avec des personnes que vous connaissez, mais pas avec votre patron. De toute façon, avec votre patron, vous utilisez le vouvoiement donc on dirait « s’il vous plaît ». On ne dit pas « siouplaît » à son patron. Ça, ce sont des expressions du langage parlé, à utiliser entre amis.
Donc « s’il vous plaît », ça fait « siouplaît ». « S’il te plaît », ça donne « s’te plaît ».
« Peut-être », ça va donner « p’t-être » — on enlève en fait le son « eu » du premier mot, de « peut ». « Peut-être », ça donne « p’t-être ». Vous entendez le P et le T juste après, comme si on avait enlevé le E et le U. « Peut-être », « p’t-être ». « Peut-être qu’il va pleuvoir ? » — « P’t-être qu’il va pleuvoir. » Est-ce que vous entendez la différence ?
Ensuite on a « c’est-à-dire », ça va donner « c’t-à-dire ». « C’t-à-dire que hier j’ai mangé des pâtes. » « C’est-à-dire que hier j’ai mangé des pâtes. » « C’est-à-dire », « c’t-à-dire » — on enlève donc le son « è ».
Tout ce que je vous dis aujourd’hui, tous les mots, toutes les phrases qu’on va voir, c’est des astuces pour avoir l’air plus naturel en français. Si vous utilisez ces raccourcis de prononciation, vous aurez l’air plus naturel quand vous parlez français.
On continue. « Regarde » — dans « regarde », parfois on va enlever le premier « e » et on va dire « r’garde ». « Regarde », ça va donner « r’garde ». « R’garde, y’a des éclairs ! », « r’garde la voiture là ». Vous entendez que je ne prononce pas le premier « e »… « regarde », « r’garde ». Est-ce que vous entendez la différence ?
On continue avec « monsieur ». « Monsieur », ça va donner « m’sieur ». On enlève le O et le N. D’ailleurs, normalement O et N ça se dit « on », on dirait normalement « monsieur » mais au fur et à mesure du temps, ça s’est transformé. Donc on enlève le O et le N et ça donne « m’sieur ». Un exemple : « Hé m’sieur, vous avez oublié votre portefeuille au café ! » Quand on dit « monsieur », c’est souvent d’adulte à adulte. « M’sieur », ça va plutôt être un enfant ou un adolescent qui dit ça à un adulte, quand il parle dans la rue, quand il parle vite, dans le langage parlé bien sûr.
Et madame, c’est la même chose. Madame, c’est respectueux, c’est poli. Et on a donc la contraction en « m’dame ». « Madame », ça donne « m’dame ». « Hé, m’dame, m’dame, vous avez oublié votre portefeuille ! » Là aussi c’est du langage de rue, c’est du langage parlé.
Ensuite j’ai noté « celui-là ». Quand vous voulez parler d’une chose que vous montrez ou de quelqu’un, vous dites « celui-là ». Eh bien on peut dire « c’ui-là ». On enlève le E, on enlève le L et ça donne « c’ui-là ». « Celui-là » donne « c’ui-là ». On pourrait dire comme exemple si vous parlez d’une personne : « celui-là, il est bien habillé » et ça donnerait « c’ui-là, il est bien habillé ». Ou même « c’ui-là, il est bien sapé ». Comme ça, on a utilisé le mot « saper » qui veut dire habiller, mais c’est plus familier comme mot.
Et enfin, je vous parle d’une dernière contraction avant de passer à l’expression du jour. Voici l’exemple avec une phrase interrogative, donc une question : « On se fait un restaurant ? » — ça va donner « On s’fait un resto ? » Donc dans la première phrase, « on se fait un restaurant », c’est pas très naturel, là je prononce toutes les lettres, je vais jamais dire ça à quelqu’un à qui je parle. Je vais plutôt dire « on s’fait un resto ». Le « e » du « se », du deuxième mot, on le supprime et on garde juste le son S. « On s’fait, on s’fait » au lieu de « on se fait, on se fait ». Est-ce que vous entendez la différence ? Vous pouvez vous entraîner en même temps que je vous dis les mots. Vous pouvez les répéter chez vous pour entraîner votre bouche à bien prononcer.
Et ensuite, « restaurant » je l’ai transformé en « resto ». Alors ça, ça s’appelle une apocope. C’est un mot compliqué pour quelque chose de simple. L’apocope, c’est supprimer une partie d’un mot pour aller plus vite. « Restaurant », ça donne « resto ». Là, je suis en train de parler dans un microphone — eh bien je dirais « je parle dans un micro ». « Microphone » c’est le vrai mot, on fait une apocope, ça donne « micro ». Mais je vous parlerai plus en détail de l’apocope dans quelques jours. Demain, on va continuer sur ces contractions de mots, ces expressions, ces syllabes, ces lettres qu’on oublie et qui font qu’on peut parler plus naturellement.
2) Expression du jour : La fleur au fusil
Et maintenant, on passe à l’expression du jour qui est « la fleur au fusil ». Dans cette expression, il n’y a pas de verbe. Il y a juste quatre mots. Donc je vais vous expliquer les mots.
La fleur vous connaissez, c’est ce qui pousse dans la nature et quand ça éclot, c’est très joli. Ça peut être rose, ça peut être jaune, ça peut être de toutes les couleurs, ce sont des fleurs. D’ailleurs, la rose c’est une fleur, mais c’est aussi une couleur. Quand vous dites « la rose », c’est la fleur. Et quand on dit « le rose », c’est la couleur. Ça, c’est intéressant à savoir.
Donc, « la fleur au fusil ». « Au », c’est la contraction de « à » et « le » et fusil, c’est une arme. Fusil, quand on dit ça, ça fait un peu arme ancienne ou arme de chasse, le fusil de chasse. On peut aussi rajouter un fusil d’assaut — là, ça fait plus arme moderne. Mais quand on dit uniquement « fusil », ça fait assez ancien.
Alors la fleur au fusil, c’est quoi ? Je pense que vous ne connaissez pas cette expression. Eh bien la fleur au fusil, c’est avoir une très forte confiance en soi. Être confiant en ses capacités, c’est être tellement confiant qu’on arrive par exemple à un entretien d’embauche, les mains dans les poches, sans avoir rien préparé.
Le gars sur l’image du podcast, il sourit, il a l’air tout content, il a l’air sûr de lui, eh bien c’est ça — arriver à un endroit, la fleur au fusil. C’est arriver en étant sûr de réussir. Parfois, c’est une bonne chose d’être la fleur au fusil et ça peut aussi être considéré comme une mauvaise chose. Parfois, au-delà de la confiance, on a de l’insouciance, de la naïveté. Donc, quand vous dites que quelqu’un arrive la fleur au fusil, ça peut vouloir dire que cette personne est très confiante, ou alors ça peut vouloir dire qu’il est un peu naïf, qu’il arrive tranquille mais qu’en fait il va souffrir pendant l’examen ou pendant l’entretien.
Imaginez un examen de langue, de français par exemple, et vous arrivez en pensant pouvoir réussir juste avec vos capacités, juste en ayant travaillé un peu de français, mais vous n’avez pas vraiment révisé pour l’examen. Eh bien, si vous arrivez la fleur au fusil en étant confiant, en étant sûr de réussir, je peux vous assurer que ça va être compliqué et que vous allez tomber de haut.
Donc la fleur au fusil, c’est être confiant en ses capacités, être peut-être trop confiant et penser qu’on va tout réussir.
Cette expression, elle vient d’où ? Elle vient de la Première Guerre mondiale. Donc elle vient du début du XXe siècle. Et pour nous Français, la Première Guerre mondiale, on l’a surtout faite contre l’Allemagne. Les chefs des soldats français, l’État-major ça s’appelle, étaient tellement sûrs de leur réussite et ils voulaient montrer que l’armée française était fière. Eh bien ils ont demandé aux soldats d’accrocher une fleur à leur fusil ou de mettre une fleur dans leurs cheveux avant de prendre la photo, avant de partir à la guerre.
La France était tellement sûre de gagner facilement que les soldats français sont allés à la guerre la fleur au fusil. C’est comme si le fusil n’allait même pas leur servir pour gagner. On connaît le nombre de morts de la Première Guerre mondiale, on connaît la souffrance, la boucherie que ça a été, donc je peux vous assurer qu’ils n’auraient pas dû être si confiants et qu’ils auraient dû peut-être mieux se préparer à ce qui allait les attendre.
Donc la fleur au fusil, c’est arriver tranquille, sans stress, en étant sûr de réussir. Parfois ça passe, mais parfois c’est la catastrophe.
Je vais vous lire une phrase d’un poème de Guillaume Apollinaire qui est un poète et écrivain français, dans laquelle il utilise l’expression « la fleur au fusil ». Il parle justement des soldats qui partent à la guerre et il dit : « Voyez tous ces hommes du peuple extraits de leurs tourbes et de leurs faubourgs, partis la fleur au fusil, un chant de victoire sur le bout de la langue. » Je vous répète la phrase : « Voyez tous ces hommes du peuple extraits de leur tourbe et de leur faubourg, partis la fleur au fusil, un chant de victoire sur le bout de la langue. » Et ça, c’est donc une phrase d’un poème de Guillaume Apollinaire. Le poème s’appelle « Si je mourais là-bas ».
Est-ce que vous avez compris l’expression du jour ? En anglais, ça se dit lightheartedly. C’est le cœur léger en fait, y aller quelque part tranquille, en étant confiant.
Donc, demain, on fera bien sûr une nouvelle expression française qui est « tombé dans la marmite » et je continuerai à vous expliquer ces mots, ces expressions, ces phrases qu’on va réduire afin que vous puissiez avoir l’air un peu plus naturel quand vous parlez français.
Merci beaucoup de m’avoir écouté, vous pouvez toujours me remercier et me soutenir en me laissant bien sûr une bonne note dans vos applications de podcast et surtout en vous abonnant à mon Patreon où vous retrouverez toutes les transcriptions des podcasts et des podcasts exclusifs. Je vous souhaite une bonne journée, une bonne soirée et on se dit donc à demain ! Bye bye, hasta luego. Matane !
Laisser un commentaire