Fable : Le Cygne et le Cuisinier (Jean de La Fontaine, Livre III, fable XII, 1668)
Morale : « Le doux parler ne nuit de rien » — la parole douce et le chant peuvent sauver dans le danger
Particularité : référence au « chant du cygne », légende selon laquelle le cygne chanterait juste avant de mourir
Niveau : B1-C2
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Bonjour à toutes, bonjour à tous. J’espère que vous allez bien. Aujourd’hui, c’est une nouvelle semaine, la dernière semaine de janvier. On est le lundi 26 janvier 2026. Je vous souhaite la bienvenue dans Le français, c’est facile avec Adrien, et dans l’univers des fables de La Fontaine. Aujourd’hui, comme vous avez pu le voir sur l’image du podcast, on va parler d’une nouvelle fable de La Fontaine. Cette fable, elle s’appelle Le Cygne et le Cuisinier. C’est pour ça qu’hier, je vous ai parlé d’une expression qui s’appelle le chant du cygne. C’est le chant que fait le cygne avant de mourir, un magnifique chant, et pour les humains, ça veut dire la dernière œuvre d’un artiste avant de mourir. Hier, je vous ai pris l’exemple du Requiem de Mozart, je vous ai pris l’exemple du concert contre le SIDA pour Queen avec Freddie Mercury. Donc, le chant du cygne, c’est quand on parle de la dernière œuvre d’un artiste juste avant qu’il meure. Et dans cette fable, on va justement parler d’un cygne qui va chanter parce qu’il croit qu’il va mourir. Mais je vais vous expliquer tout ça un peu plus tard.
D’abord, comme d’habitude, je vais vous lire la fable doucement en articulant bien, puis je vous expliquerai les phrases, chaque ligne, les mots compliqués, les tournures compliquées. Pourquoi ? Parce que ces fables ont été écrites il y a longtemps. La Fontaine est un auteur du XVIIe siècle et donc, c’est un peu du vieux français. Parfois, ce sont des mots qui ne sont plus utilisés aujourd’hui ou même des tournures de phrases qu’on n’utilise plus aujourd’hui. C’est pour ça que je vous les explique. Ensuite, je vous lirai la fable en entier à vitesse réelle et enfin, je vous lirai une version simplifiée que j’ai créée pour vous afin que vous puissiez mieux comprendre. Comme d’habitude également, sur mon Patreon, vous pouvez retrouver bien sûr la fable, le texte de la fable en entier. Vous pouvez aussi le trouver sur Internet, mais vous abonner à mon Patreon, ça vous permet d’avoir des podcasts exclusifs et de me permettre, à moi, de gagner un tout petit peu d’argent avec ça.
Alors déjà, cette fable, elle est assez longue, elle fait 21 lignes. Donc, je pense qu’on va la faire en deux jours. Aujourd’hui, lundi, et demain, mardi, parce que sinon, ça va être un peu long. J’ai pas envie de faire un podcast de 45 minutes. Donc, on va faire, je pense, dix lignes aujourd’hui et onze lignes demain. Allez, maintenant, je vous lis la fable en entier en allant doucement pour voir si vous comprenez des choses, si vous comprenez un peu le sens de la fable.
Le Cygne et le Cuisinier, par Jean de La Fontaine.
Dans une ménagerie de volatiles remplie, Vivaient le Cygne et l’Oison. Celui-là destiné pour les regards du maître, Celui-ci pour son goût. L’un qui se piquait d’être Commensal du jardin, l’autre de la maison. Des fossés du château faisant leur galerie, Tantôt on les eût vus côte à côte nager, Tantôt courir sur l’onde, et tantôt se plonger, Sans pouvoir satisfaire à leurs vaines envies. Un jour, le cuisinier ayant trop bu d’un coup, Prit pour oison le cygne et le tenant au cou, Il allait l’égorger, puis le mettre en potage. L’oiseau, prêt à mourir, se plaint en son ramage. Le cuisinier fut fort surpris, Et vit bien qu’il s’était mépris. « Quoi ? je mettrais, dit-il, un tel chanteur en soupe ? Non, non ! Ne plaise au Ciel que jamais ma main coupe La gorge à qui s’en sert si bien. » Ainsi, dans les dangers qui nous suivent en groupe, Le doux parler ne nuit de rien.
Là, j’ai fini de vous lire la fable. Si vous n’avez pas compris, c’est normal, parce que c’est toujours compliqué pour vous qui apprenez le français de lire les fables de La Fontaine. Mais je suis là pour ça, je suis là pour vous expliquer et donc on va commencer tout de suite avec la première ligne.
Ligne 1 : « Dans une ménagerie »
C’est facile, il n’y a que trois mots. « Dans » c’est à l’intérieur de. Et une ménagerie, c’est quoi ? Alors, une ménagerie, c’est un lieu qui est collé en général à une grande maison, à une ferme, où on va élever des animaux, on va élever des poulets, des oies, des dindons, de la volaille, des animaux en général, pour pouvoir après les vendre ou les manger. Donc une ménagerie, c’est un endroit collé à une maison avec plein d’animaux.
Ligne 2 : « De volatiles remplie. »
Là, on parle toujours de la ménagerie, l’endroit avec les animaux. Et on nous dit que cet endroit, cette ferme, ce hangar, il est rempli de volatiles. Les volatiles, ce sont des animaux qui peuvent voler. C’est la même racine, volatiles et voler, donc qui ont des ailes. Quels sont les animaux qui ont des ailes et qu’on va élever pour les manger ? Eh bien, ça va être les poules, les coqs, les oies, les dindes, etc. Donc, dans les deux premières lignes, on pose le décor. La fable nous dit que l’histoire qu’on va nous raconter a lieu dans une ménagerie, dans une ferme, avec des volatiles, avec des volailles, avec des animaux qu’on élève pour manger.
Ligne 3 : « Vivaient le Cygne et l’Oison. »
« Vivaient », c’est l’imparfait du verbe « vivre ». Comme vous le voyez, si vous lisez le texte, il y a à la fin de « vivaient » E-N-T. Donc, c’est un pluriel parce qu’on parle du cygne et de l’oison. Il y a plusieurs animaux, plusieurs oiseaux. Donc, dans cette ménagerie, dans cette ferme, vivent un cygne et un oison. Un cygne, je vous en ai parlé hier, c’est un grand oiseau blanc, magnifique, avec un bec orange. Et l’oison, c’est le petit de l’oie. C’est un bébé oie. Et l’oie, c’est une volaille qu’on peut manger. En France, dans le sud-ouest, à côté de là où j’habite, il y a une spécialité qui est le foie gras d’oie ou le foie gras de canard. Donc on mange en général l’oie mais on ne mange pas le cygne.
Ligne 4 : « Celui-là destiné pour les regards du maître. »
Celui-là, on parle du cygne ici. Le cygne était destiné pour les regards — les regards c’est la vue — du maître, c’est-à-dire le propriétaire de la ferme. Donc le cygne, on nous dit qu’il était là pour sa beauté, pour satisfaire les regards du maître, la vue du maître. Le cygne était là pour sa beauté uniquement.
Ligne 5 : « Celui-ci pour son goût. »
Celui-ci, on parle de l’oison, du petit de l’oie. Il était destiné à quoi ? À être mangé. On nous dit « pour son goût ». Le goût, c’est quand on goûte quelque chose, quand on mange quelque chose. Donc on nous dit le cygne était dans la ferme pour sa beauté, tout simplement parce qu’il était beau, parce qu’on aime regarder quelque chose de beau, et l’oison, le petit de l’oie, était là pour être mangé. À la ligne 4, on a « celui-là » et ligne 5, « celui-ci ». Quand on a « celui-là » et « celui-ci », c’est pour désigner deux choses différentes. On va dire que vous avez sur votre bureau un livre de français et un livre d’anglais. Eh bien vous pourriez dire, ce livre-là, celui-là, c’est pour apprendre le français. Et ce livre-ci, celui-ci, c’est pour apprendre l’anglais. Donc « celui-là » et « celui-ci », c’est pour différencier deux choses.
Est-ce que jusque-là ça va ? Est-ce que jusque-là vous comprenez ? Dans une ferme, il y a un cygne et une oie. Le cygne existe pour sa beauté, l’oie existe pour être mangée. Ok ? Allez, on continue.
Ligne 6 : « L’un qui se piquait d’être commensal du jardin, l’autre de la maison. »
Là, c’est compliqué. On a deux formules un peu compliquées. Alors, je vais vous expliquer. Déjà, on nous dit l’un et plus loin l’autre. Donc là, on fait encore la différence entre le cygne et l’oie. « Qui se piquait d’être », se piquer d’être, ça veut dire se vanter de quelque chose. Ça veut dire avoir la prétention de. Donc on pourrait dire, un des oiseaux se vantait d’être commensal du jardin. Commensal, ça veut dire compagnon de table. Ce sont des personnes qui peuvent manger ensemble. Donc l’oie disait en fait qu’elle pouvait manger dans le jardin, et l’autre, le cygne, pouvait entrer et manger dans la maison tellement il était beau. Donc l’oie vivait dans le jardin, mangeait dans le jardin, et le cygne pouvait vivre, pouvait même manger dans la maison. Vous voyez, c’est une formule très compliquée avec un mot qui est « commensal » qu’on n’utilise plus du tout — donc c’est pas la peine de le retenir — mais la phrase ça veut dire : le cygne pouvait vivre dans la maison, pouvait entrer dans la maison, et l’oie vivait dans le jardin.
Ligne 7 : « Des fossés du château faisant leur galerie. »
Les fossés du château, c’est quoi ? Est-ce que vous voyez ce que c’est, un château fort ? Un grand château ? Eh bien autour du château, il y a de grands trous qu’on appelle des douves. Et dans ces douves, dans ces fossés, il y a de l’eau. Donc ici, on nous dit « des fossés du château faisant leur galerie ». On parle toujours du cygne et de l’oie qui considèrent les douves, l’eau autour du château, autour de la propriété, comme leur lieu de vie. Faire leur galerie, c’est en fait comme dans les châteaux — on parle d’une galerie d’un château. Si vous êtes déjà allé à Versailles, il y a dans le château de Versailles la galerie des glaces. C’est vraiment magnifique ! Donc l’oie et le cygne considèrent en fait l’eau autour du château comme leur château à eux. Ils s’amusent, ils vivent dans ces endroits qui sont pour eux comme un château.
Ligne 8 : « Tantôt on les eût vus côte à côte nager. »
Alors, « tantôt » ça veut dire parfois. C’est un mot qu’on utilise encore mais plutôt dans les livres. On dit rarement « tantôt » à l’oral. « On les eût vus côte à côte nager » — eût vu, c’est le passé antérieur du verbe voir. Donc on nous dit parfois, on voyait le cygne et l’oie nager côte à côte, nager l’un près de l’autre.
Ligne 9 : « Tantôt courir sur l’onde, et tantôt se plonger. »
Encore une fois, on a « tantôt », ça veut dire parfois. « Courir sur l’onde. » L’onde, c’est quoi ? Ce sont les mouvements de l’eau. On va dire que vous mettez un caillou dans de l’eau, vous jetez un caillou dans un lac, au point d’impact il va y avoir des petites vagues, une onde qui va se propager. Donc ici, l’onde représente la surface de l’eau. Et pourquoi courir ? Parce qu’évidemment, on ne peut pas courir sur l’eau. Mais La Fontaine ici utilise du vocabulaire de jeu, comme deux enfants ou deux adultes qui courent, qui s’amusent. Ils vont peut-être tellement vite sur l’eau en nageant qu’on a l’impression que les deux oiseaux courent. Et la fin de la ligne, « tantôt se plonger » — plonger, ça veut dire aller sous l’eau. Donc là, en fait, sur ces quelques lignes, on nous dit que les oiseaux, le cygne et l’oison, s’amusent ensemble. Ils sont sur l’eau, ils nagent, ils courent sur l’eau quasiment, ils plongent ensemble.
Ligne 10 : « Sans pouvoir satisfaire à leurs vaines envies. »
Qu’est-ce qu’on nous dit ici ? « Sans pouvoir satisfaire », c’est en n’arrivant pas à faire quelque chose, en n’arrivant pas à satisfaire leur vaine envie. « Vaine », ça vient de vain — V-A-I-N — ça veut dire inutile. Et une envie, c’est quand on a envie de quelque chose, quand on veut quelque chose. Donc ici on nous dit sans arriver à satisfaire, à réaliser leurs envies inutiles. De quoi on parle ? On ne sait pas vraiment. Peut-être jouer ensemble — ils n’arrivent pas à jouer comme ils veulent. Peut-être même manger, peut-être qu’ils cherchent dans l’eau de quoi manger et qu’ils n’y arrivent pas. Pourquoi c’est inutile ? Parce qu’ils ont à manger dans leur ferme. Ils ont à manger dans l’endroit où ils dorment, puisque ce sont des animaux d’élevage. Ce sont les humains qui élèvent ces animaux.
Donc, je vous fais un petit résumé puisqu’on va s’arrêter là et on continuera demain cette fable. En gros, on nous dit qu’il y a une ferme avec plein d’animaux d’élevage, plein de volailles, dont un cygne et une oie. Le cygne est là juste pour qu’on le regarde parce qu’il est beau, et l’oie est là pour être mangée. Et autour de cette ferme, il y a des douves, il y a des fossés avec de l’eau. Le cygne et l’oie jouent ensemble. Ils nagent côte à côte dans ces fossés, sur ces eaux, et on s’est arrêtés là dans cette histoire. On va voir demain ce qu’il va se passer parce qu’évidemment, il va se passer quelque chose, et je vais vous dire donc demain pourquoi on parle du chant du cygne avant de mourir.J’espère que vous avez compris, on se retrouve donc demain mardi, l’hardi 27, pour que je vous explique la suite de la fable. Merci beaucoup de m’avoir écouté et je vous souhaite de passer une bonne journée. A bientôt! Bye bye! Hasta luego! Matane!
Lire la transcription
Bonjour à toutes, bonjour à tous. On se retrouve aujourd’hui, mardi 27 janvier, pour la suite du podcast d’hier, pour donc la suite de la fable, Le Cygne et le Cuisinier. Alors pour ceux qui n’ont pas écouté le podcast d’hier, je vous fais un résumé des dix premières lignes et après je vais vous lire les onze lignes suivantes et je vais vous les expliquer.
En gros, l’histoire se trouve dans une ferme, dans un élevage de volailles avec des poules, des oies, etc. Et on nous parle d’un cygne et d’une petite oie. Le cygne, il existe pour sa beauté uniquement, pour qu’on le regarde parce qu’il est magnifique. Et l’oie existe pour être mangée. Elle n’est élevée par les humains que pour être mangée. On nous dit que le cygne et l’oie, dans cette histoire, jouent ensemble, nagent ensemble, autour de l’exploitation, autour de la ferme, dans les fossés avec de l’eau, où ils sont souvent tous les deux ensemble.
On arrive donc là à la ligne 11. Je vais vous relire doucement la fin, donc la deuxième partie de la fable, et je vous explique après les phrases.
Un jour, le cuisinier ayant trop bu d’un coup, Prit pour oison le cygne et le tenant au cou, Il allait l’égorger, puis le mettre en potage. L’oiseau, prêt à mourir, se plaint en son ramage. Le cuisinier fut fort surpris, Et vit bien qu’il s’était mépris. « Quoi ? je mettrais, dit-il, un tel chanteur en soupe ? Non, non ! Ne plaise au Ciel que jamais ma main coupe La gorge à qui s’en sert si bien. » Ainsi, dans les dangers qui nous suivent en groupe, Le doux parler ne nuit de rien.
Alors donc je vous explique les phrases. On reprend donc à la ligne 11 : « Un jour, le cuisinier ayant trop bu d’un coup. »
Quand il y a dans un texte « un jour », ça veut dire que souvent, il va se passer quelque chose, ça va être différent de ce qu’il y a avant. En fait, les dix premières lignes de la fable, ce que je vous ai expliqué dans le podcast d’hier, ça sert à mettre en place le décor. Ça sert à nous dire de quoi on parle. Et ici, en fait, commence la vraie histoire. Donc un jour, le cuisinier, celui qui est chargé de faire la cuisine dans le château, dans la ferme, ayant trop bu d’un coup — ça, c’est une ancienne formule pour dire ayant un peu trop bu, d’alcool évidemment. Quand on dit après une soirée « j’ai trop bu », on parle d’alcool. Donc le cuisinier, il a trop bu, il a bu trop d’alcool, il doit être un peu ivre, un peu bourré.
Ligne 12 : « Prit pour oison le cygne et le tenant au cou. »
Alors, « prit », c’est le passé simple du verbe prendre. Et après il y a « pour oison le cygne ». Prendre pour quelqu’un ou quelque chose, ça veut dire confondre. Je vais vous donner un exemple. Peut-être que vous connaissez dans votre entourage des jumeaux ou des jumelles. Ce sont deux frères, deux sœurs qui se ressemblent beaucoup. Eh bien, il est possible que vous puissiez confondre l’un pour l’autre. Et en le voyant ou en la voyant, vous direz « Ah pardon, je t’ai pris pour ton frère, je t’ai pris pour ta sœur ». Donc prendre pour, c’est confondre. Et le cuisinier ici dans la fable, il prend le cygne pour un oison, pour une oie. Donc, il attrape par le cou — on nous dit « le tenant au cou » — il attrape par le cou le cygne.
Ligne 13 : « Il allait l’égorger, puis le mettre en potage. »
Égorger quelqu’un ou quelque chose, un animal, c’est le tuer, c’est lui couper la gorge. Donc le cuisinier, un peu bourré, sort de la ferme, prend le cygne par le cou en pensant que c’était une oie. Et il voulait lui couper la gorge pour en faire une soupe. On nous dit « le mettre en potage », en fait pour cuisiner l’oie.
Ligne 14 : « L’oiseau, prêt à mourir, se plaint en son ramage. »
Ici on a un mot compliqué qui est « ramage ». On nous dit « l’oiseau prêt à mourir ». Être prêt à faire quelque chose, c’est quand vous allez faire une chose, vous vous êtes préparés pour faire cette chose. Donc ici, l’oiseau, le cygne, il a dû se dire « ça y est, c’est mon heure, il va me couper la gorge, je vais mourir ». Et donc le cygne, qu’est-ce qu’on nous dit ? Se plaint en son ramage. Le ramage, c’est le fait de chanter, c’est le chant ici du cygne. Je ne sais pas si vous vous rappelez, mais l’année dernière, au tout début, quand je vous ai expliqué les fables de La Fontaine, il me semble que la première fable que je vous ai expliqué est la plus connue, s’appelle Le Corbeau et le Renard. Et dans cette fable, il est question du ramage du corbeau, le chant du corbeau. Eh bien ici c’est pareil, le ramage, c’est le chant du cygne. Donc le cygne, il a la main du cuisinier sur la gorge, il sait qu’il va mourir et donc il se met à chanter, à chanter d’une façon magnifique en sachant qu’il va mourir. C’est pour ça que je vous disais hier, on parle du chant du cygne pour la dernière œuvre d’un artiste avant de mourir, parce qu’il y a une légende qui dit que le cygne avant de mourir va chanter de façon magnifique.
On continue la fable ? Allez !
Ligne 15 : « Le cuisinier fut fort surpris. »
« Fort », ça veut dire beaucoup. Et « fut surpris », c’est ici en fait le verbe « être surpris ». « Fut », c’est le passé simple de « être » et « être surpris », c’est être étonné. Le cuisinier, en entendant le chant magnifique du cygne, a été étonné, a été surpris.
Ligne 16 : « Et vit bien qu’il s’était mépris. »
« Vit », c’est le verbe « voir » au passé simple. Et « s’était mépris », c’est un temps du passé pour « se méprendre ». « Se méprendre », ça veut dire « se tromper », « faire une erreur ». Donc le cuisinier, en entendant le chant du cygne, a compris qu’il avait fait une erreur et qu’il tenait dans sa main le cygne et pas l’oie, qu’il s’était trompé d’oiseau. Pourquoi il s’est trompé ? Parce que les deux oiseaux jouent tout le temps ensemble. Ils sont ensemble en train de nager et donc le cuisinier, qui était un peu bourré, a confondu le cygne avec l’oie.
Ligne 17 : « Quoi ? je mettrais, dit-il, un tel chanteur en soupe ? »
Là il se rend compte de son erreur. Il se dit « Mince, j’ai failli tuer le cygne. J’ai failli tuer un oiseau qui chante si bien. Mettre un tel chanteur en soupe » — le chanteur c’est le cygne, c’est l’oiseau — et en soupe, c’est pour le cuisiner, pour le manger.
Ligne 18 et 19 : « Non, non ! Ne plaise au Ciel que jamais ma main coupe la gorge à qui s’en sert si bien. »
Toujours le cuisinier qui parle. Le cuisinier dit « non, non, non ». « Ne plaise au Ciel que jamais » — c’est une phrase un peu compliquée avec une double négation pour dire « Je prie les dieux pour que jamais je ne coupe la gorge à qui s’en sert si bien ». C’est la ligne 19 — « à qui » c’est le cygne — et « s’en sert si bien », c’est « s’en servir », de quoi ? De la gorge, de son chant, du fait de bien chanter. Donc le cuisinier dit « J’espère que jamais je ne couperai la gorge d’un oiseau qui chante si bien ».
Je vais un peu vite sur les explications parce qu’en fait c’est compliqué de vous expliquer tous les mots. Ici, ce sont des tournures de phrases, donc j’essaie plutôt de vous expliquer le sens et ce que ça veut dire. Mais si vous avez bien sûr des questions, si vous avez des choses que vous n’avez pas comprises, laissez-moi un petit message sur YouTube, sur Instagram, par mail, comme vous voulez et j’y répondrai avec plaisir.
On continue avec les deux dernières lignes, lignes 20 et 21. Là, ce n’est plus le cuisinier qui parle, c’est la morale de la fable. Donc, c’est La Fontaine, c’est l’auteur.
Ligne 20 : « Ainsi, dans les dangers qui nous suivent en groupe. »
Alors, « ainsi », ça veut dire « donc », on tire une morale de cette histoire. « Les dangers qui nous suivent en groupe » — en groupe, ça veut dire quoi ? C’est une façon de s’asseoir sur un cheval quand on est derrière quelqu’un. Il y a la personne qui va s’asseoir sur le cheval devant, c’est le cavalier, et parfois on peut monter à deux sur un cheval. La personne qui est derrière, on dit qu’elle est assise en croupe. Mais ici, on ne parle pas de personne, on parle des dangers, des dangers en général dans la vie. Les dangers qui nous suivent en croupe, ce sont donc les dangers de la vie qu’on ne voit pas forcément. Quand vous êtes sur un cheval avec quelqu’un juste derrière, pour voir la personne, eh bien il faut vraiment vous retourner, tourner la tête et à ce moment-là, vous ne verrez plus la route, vous ne verrez plus le chemin pour conduire le cheval. Donc en fait, le danger qui nous suit en croupe, ce sont les dangers dans la vie en général, mais qu’on ne voit pas forcément. Ce sont des dangers qui peuvent arriver, qui sont là, sans qu’on s’en aperçoive.
Ligne 21 : « Le doux parler ne nuit de rien. »
C’est quoi le doux parler ? « Doux », ça veut dire gentil, ça veut dire aimable, ou plutôt ici beau, puisque c’est le chant, le beau chant du cygne. Donc le doux parler dans la fable, c’est le chant du cygne qui a réussi à le sauver. Mais pour nous en général, pour nous les humains, le doux parler, c’est quoi ? C’est la beauté, c’est l’art, c’est ce qu’on trouve beau, les belles choses, les choses qui nous font du bien. Et donc on nous dit « le doux parler ne nuit de rien ». Là on a encore une double négation puisque nuire, ça veut dire faire du mal. Ne nuire de rien, ça veut donc dire ne pas faire de mal, ça veut donc dire faire du bien. Donc la morale de la fable, c’est : face au danger de la vie, face aux duretés de la vie, la beauté et l’art peuvent nous aider, peuvent nous faire du bien, peuvent même nous sauver — comme le chant du cygne a sauvé cet oiseau. Le fait de chanter en pensant qu’il allait mourir, ça a réussi à le sauver.
Est-ce que vous avez compris la fable ? Est-ce que vous avez compris la morale ? C’est là encore une jolie fable. Pas aussi jolie, je trouve, que L’Amour et la Folie que je vous ai expliqué il y a dix jours, mais c’est une petite fable qui est quand même sympa. Donc qu’est-ce qu’on va faire maintenant ? Je vais vous lire la fable à une vitesse normale comme si je la lisais à des Français, comme si j’étais au théâtre devant un public, et ensuite je vous lirai ma version simplifiée, une version simple de la fable pour vous qui apprenez le français. On y va ? Allez c’est parti !
Le Cygne et le Cuisinier, par Jean de La Fontaine.
Dans une ménagerie de volatiles remplie, vivaient le Cygne et l’Oison. Celui-là destiné pour les regards du maître, celui-ci pour son goût. L’un qui se piquait d’être commensal du jardin, l’autre de la maison. Des fossés du château faisant leur galerie. Tantôt on les eût vus côte à côte nager, tantôt courir sur l’onde, et tantôt se plonger, sans pouvoir satisfaire à leurs vaines envies. Un jour, le cuisinier, ayant trop bu d’un coup, prit pour oison le cygne, et le tenant au cou, il allait l’égorger, puis le mettre en potage. L’oiseau, prêt à mourir, se plaint en son ramage. Le cuisinier fut fort surpris, et vit bien qu’il s’était mépris. « Quoi ? je mettrais, dit-il, un tel chanteur en soupe ? Non, non ! Ne plaise au Ciel que jamais ma main coupe la gorge à qui s’en sert si bien. » Ainsi, dans les dangers qui nous suivent en croupe, le doux parler ne nuit de rien.
Et maintenant, ma version de la fable.
Le Cygne et le Cuisinier, réécrit par Adrien.
Dans une ferme remplie d’animaux, vivaient un cygne et une petite oie. Le cygne était là pour sa beauté, la petite oie était là pour son goût. Le cygne pouvait entrer dans la maison et l’oie vivait dans le jardin. Ils faisaient du parc du château leur lieu de vie. Parfois, on les voyait nager côte à côte. Parfois, on les voyait se déplacer sur l’eau, et parfois plonger ensemble, sans arriver à faire ce qu’ils voulaient. Un jour, le cuisinier, après avoir un peu trop bu, confondit le cygne avec l’oie, et le tenant par le cou, allait le tuer et le cuisiner. Le bel oiseau blanc, sur le point de mourir, chanta si joliment que le cuisinier en fut surpris et remarqua son erreur. « Quoi ? » dit le cuisinier. « J’aurais pu tuer un si beau cygne ? Non, non, je prie les dieux pour que jamais ma main ne coupe la gorge d’un oiseau qui chante si bien. » Ainsi, face au danger de la vie, la beauté et l’art peuvent nous aider, peuvent nous sauver.
Et voilà, j’ai fini de vous expliquer la fable. J’espère que ça vous a plu. Comme d’habitude, laissez-moi un petit commentaire sur YouTube si vous le voulez bien. Laissez-moi une bonne note dans vos applications de podcast. C’est ça aussi qui aide mon podcast à être connu. Et donc, on se retrouvera bien sûr demain pour une nouvelle expression française. Ah oui ! Demain je vous explique l’expression française « petite vitesse et grand lentement ». On se retrouve donc demain mercredi et d’ici là je vous souhaite de passer une bonne journée. À bientôt, bye bye, hasta luego. Matane !
Qui était Jean de La Fontaine ?
Jean de La Fontaine (1621-1695) était un poète français du XVIIᵉ siècle, surtout connu pour ses Fables, publiées entre 1668 et 1694. Inspirées d’Ésope et d’autres fabulistes anciens, ses 243 fables mettent en scène des animaux pour illustrer la morale humaine. Elles font partie du patrimoine littéraire français et sont encore étudiées par tous les enfants en France.
vocabulaire de la fable
Ménagerie : collection d’animaux gardés en captivité (ancêtre du zoo)
Volatiles : oiseaux (terme générique)
Oison : jeune oie
Commensal : compagnon de table, qui mange à la même table
Onde : eau (terme poétique)
Ramage : chant des oiseaux
Croupe : arrière-train d’un cheval — « qui nous suivent en croupe » signifie « qui nous accompagnent de près »
Questions fréquentes sur cette fable
De quoi parle la fable « Le Cygne et le Cuisinier » ?
La fable raconte l’histoire d’un cygne et d’un oison (jeune oie) qui vivent dans la même ménagerie. Le cygne est gardé pour sa beauté, l’oison pour sa chair. Un jour, le cuisinier ivre confond les deux et s’apprête à égorger le cygne pour en faire du potage. Au moment de mourir, le cygne se met à chanter d’une voix si belle que le cuisinier comprend son erreur et l’épargne.
Quelle est la morale de « Le Cygne et le Cuisinier » ?
La morale finale est : « Ainsi dans les dangers qui nous suivent en croupe, le doux parler ne nuit de rien ». Autrement dit, dans les situations difficiles ou dangereuses, la parole douce, le talent oratoire ou le chant ne peuvent que nous aider. C’est un éloge de l’éloquence comme moyen de salut.
Qu’est-ce que le « chant du cygne » ?
Le « chant du cygne » est une légende ancienne déjà mentionnée par Platon : selon la croyance populaire, le cygne — animal habituellement silencieux — se mettrait à chanter magnifiquement juste avant sa mort. Cette image est devenue une expression française : « le chant du cygne » désigne aujourd’hui la dernière œuvre ou le dernier exploit d’un artiste avant sa retraite ou sa mort.
D’où s’est inspiré La Fontaine pour cette fable ?
Cette fable de 1668 s’inspire d’une fable d’Ésope, fabuliste grec de l’Antiquité. La Fontaine reprend l’histoire en lui donnant son style poétique en vers libres et en utilisant la personnification, qui donne aux animaux une voix et un caractère humains. Le contraste entre le cygne (artiste) et l’oison (volaille de table) prend ici une dimension presque philosophique sur la valeur de l’art.
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