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Bonjour à toutes, bonjour à tous. Aujourd’hui, on est le jeudi 5 février 2026. Je vous souhaite la bienvenue dans Le français, c’est facile avec Adrien, j’espère que vous allez bien. Et aujourd’hui, comme vous avez pu le voir sur l’image du podcast, on commence une nouvelle fable de La Fontaine. Cette fable, elle s’appelle L’Âne portant des reliques.
Alors comme d’habitude, je vais vous la lire doucement, ensuite je vais vous expliquer les mots, vous expliquer les phrases, puis je vais vous la relire plus vite et ensuite je vous lirai une version simplifiée que j’ai créée. Alors cette fable, elle est assez courte, elle n’a que 12 lignes, donc je vais pouvoir vous en parler entièrement aujourd’hui. Allez, on commence, c’est parti.
L’Âne portant des reliques, par Jean de La Fontaine.
Un baudet chargé de reliques S’imagina qu’on l’adorait. Dans cette pensée, il se carrait, Recevant comme sien l’encens et les cantiques. Quelqu’un vit l’erreur et lui dit : « Maître Baudet, ôtez-vous de l’esprit Une vanité si folle. Ce n’est pas vous, c’est l’idole À qui cet honneur se rend, Et que la gloire en est due. D’un magistrat ignorant, C’est la robe qu’on salue. »
Alors cette fable de La Fontaine, elle est assez compliquée parce qu’il y a beaucoup de mots que vous ne connaissez peut-être pas. Et comme d’habitude, ce sont des formules de phrases un peu anciennes. Forcément, La Fontaine a vécu au XVIIe siècle, donc ça a plus de 300 ans. Le français est une langue vivante et donc le français a évolué au fil des ans, au fil des décennies, au fil des siècles. C’est pour ça qu’à la fin des podcasts sur La Fontaine, je crée une version plus simple, d’abord avec des mots plus faciles et ensuite avec des formules de phrases beaucoup plus compréhensibles pour vous.
Donc, comme d’habitude, vous pouvez retrouver cette fable sur mon Patreon. Vous pouvez vous abonner. Il y a un abonnement mensuel à 5 dollars, 5 euros, un peu moins de 5 euros. C’est pas grand-chose, mais pour moi, plus j’aurai d’abonnés, eh bien mieux ce sera pour m’aider à produire ce podcast, pour tout simplement me remercier. Donc vous pouvez trouver ce texte sur mon Patreon ou bien sûr sur Internet, c’est tout à fait possible aussi.
On va commencer d’abord avec le titre. Le titre de cette fable, c’est L’Âne portant des reliques. Un âne, c’est un animal qui ressemble à un cheval mais qui est plus petit. Si vous regardez l’image du podcast, vous verrez un âne. « Portant », le deuxième mot, c’est le participe présent du verbe porter. Donc l’âne est en train de porter. Et des reliques, c’est quoi ? Les reliques, ce sont des objets ou même peut-être des morceaux de restes humains, de personnes qui ont été vénérées comme des dieux, comme des martyrs. La relique à laquelle je pense, qui est peut-être une des plus connues, c’est le suaire de Turin. C’est le drap qui a servi à envelopper le Christ Jésus quand il est mort. Ça, c’est une relique. Donc, ici dans la fable, on a un âne qui porte des objets sacrés, des objets que les gens vénèrent. Sur l’image, j’ai mis des livres, mais en fait, dans cette fable, l’âne porte des objets sacrés. On peut peut-être imaginer que ces livres sont sacrés et sont très précieux.
Donc là, on va commencer la première ligne, maintenant que vous avez compris le titre.
« Un baudet chargé de reliques. »
Un baudet, c’est quoi ? C’est un âne. En fait, c’est une formule un peu ancienne pour dire « âne ». Donc c’est un animal sur lequel on va mettre des choses et qui va porter des choses pour les humains. Ici, l’âne porte des objets sacrés. On nous dit il est chargé de reliques — chargé d’objets sacrés — ça veut dire qu’il en a beaucoup sur lui, il est en train d’en emporter beaucoup.
Ligne 2 : « S’imagina qu’on l’adorait. »
Ici on a le verbe « s’imaginer ». C’est l’âne qui s’imagine quelque chose. Et c’est au passé simple, ça donne donc « s’imagina ». « Qu’on l’adorait » — adorer ça veut dire « aimer extrêmement », « aimer beaucoup ». Donc, ici, l’âne, il porte des objets précieux et s’imagine qu’on l’adore. Le « on », ici, il représente les humains. Donc, l’âne pense qu’il est adoré, pense qu’il est extrêmement aimé. Pourquoi ? On va le voir juste après.
Ligne 3 : « Dans cette pensée, il se carrait. »
Alors, « cette pensée », ici, c’est une formule très ancienne. « Penser » c’est un nom quand ça s’écrit avec un E à la fin. Donc, en pensant à cela, l’âne se carre. « Se carrer », c’est encore un verbe assez ancien, ça veut dire marcher avec fierté, marcher avec orgueil, comme si nous les humains on marchait en relevant la tête, en bombant le torse, en écartant les épaules, en étant très fier. Donc l’âne, lui, il pense qu’il est aimé, que les humains l’adorent et donc il marche avec fierté, il se déplace comme un animal qui est adoré, comme un animal peut-être quasiment sacré.
Ligne 4 : « Recevant comme sien l’encens et les cantiques. »
Alors ici, on parle toujours de l’âne. « Recevant » c’est le participe présent du verbe « recevoir » et donc c’est l’âne qui reçoit comme sien. Ça veut dire qu’il considère que quelque chose lui est destiné, quelque chose lui est attribué. C’est quoi ? Ce sont l’encens et les cantiques. L’encens, c’est quoi ? Ce sont des petites tiges qu’on va allumer avec un briquet ou une allumette et ça va diffuser une bonne odeur. On trouve de l’encens dans les lieux saints, dans les lieux sacrés souvent, à l’église. Et donc les cantiques, c’est quoi ? Dernier mot de la ligne — ce sont des prières, des prières mais qui vont être chantées. Donc ce sont des chants destinés à Dieu, mais pas à l’âne évidemment. Mais lui, l’âne, il considère que l’encens que les humains font brûler et les chants religieux lui sont destinés, que c’est pour lui.
Ligne 5 : « Quelqu’un vit l’erreur et lui dit. »
Alors ici, on a deux passés simples. On a « vit » qui est le passé simple de voir et on a « dit » qui est le passé simple du verbe dire. Et peut-être que vous l’avez remarqué, mais ici, ce passé simple, c’est le même qu’au présent. « Il dit », ça peut être le présent du verbe dire ou le passé simple du verbe dire. Et dans la phrase, on a déjà un passé simple au début, donc on continue avec un passé simple après.
Alors qu’est-ce qu’on nous dit ici ? Quelqu’un vit l’erreur. L’erreur, c’est quoi ? C’est le problème. Et le problème ici, c’est quoi ? C’est que l’âne considère que les prières lui sont destinées. L’âne se prend pour un animal sacré et pense que les chants religieux sont pour lui, alors qu’évidemment, ils sont pour les objets sacrés qu’il transporte. Et donc quelqu’un va lui parler.
Lignes 6 et 7 : « Maître Baudet, ôtez-vous de l’esprit une vanité si folle. »
Il y a un peu de moquerie, il y a quelque chose d’ironique parce qu’il l’appelle maître, mais en fait c’est ironique. Il veut souligner le fait que l’âne se prend pour une super star, un dieu. Et donc il lui dit « ôtez-vous de l’esprit » — « ôter » ça veut dire « enlever ». Donc la personne dit à l’âne « enlevez-vous de l’esprit, enlevez-vous de la tête » et la ligne suivante, « une vanité si folle ». Une vanité, c’est quoi ? C’est une fierté, une fierté poussée à l’extrême. Et l’âne ici, qui est extrêmement fier d’être adoré, est devenu vaniteux. Vaniteux et vanité, ce sont des mots de la même famille. On nous dit même ici « une vanité si folle ». L’âne est fou de penser que les humains peuvent l’adorer. Les humains chantent des chants religieux au passage de l’âne parce qu’il porte des objets sacrés, des objets divins, des objets religieux.
Ligne 8 : « Ce n’est pas vous, c’est l’idole. »
L’humain continue de parler à l’âne en lui expliquant. Une idole, c’est quoi ? Une idole dans le sens le plus commun, le plus récent, c’est quelqu’un qu’on adore. Une star de la chanson, peut-être un politique ou alors un acteur de cinéma — ce sont, pour certaines personnes, des idoles. Mais ici, on a le sens religieux du mot « idole » et une idole quand on parle de religion, c’est une image ou une statue d’un Dieu, d’une divinité. Il y a beaucoup dans l’art asiatique et africain de statues de dieux. Je pense en Inde à Shiva, Vishnu, Ganesh, il y a beaucoup de statues qui ont été faites il y a plusieurs siècles. Et bien sûr, dans toutes les religions du monde, il y a des statues qui représentent le Dieu ou un Dieu parmi les dieux de la religion. Ici, l’idole, c’est une statue ou une image d’un dieu. Et donc l’humain dit à l’âne, « ce n’est pas vous, c’est l’idole ».
Ligne 9 : « À qui cet honneur se rend. »
Évidemment, ce n’est pas l’âne que les humains adorent. Les humains rendent honneur à l’idole, aux reliques. Rendre honneur, c’est faire honneur. On peut aussi dire honorer. Et honorer, c’est avoir beaucoup, beaucoup de respect pour quelqu’un, quelque chose. Donc ici, les humains rendent honneur aux idoles, aux reliques, aux objets sacrés que l’âne porte.
Ligne 10 : « Et que la gloire en est due. »
Alors là, c’est un peu compliqué comme formule aussi. Ça veut dire « et à qui la gloire est destinée. » Et la gloire, c’est quoi ? C’est la réputation, c’est la renommée. Donc ici, l’humain explique à l’âne que les autres humains font honneur aux objets religieux, aux objets sacrés, qu’ils rendent gloire à ces objets et pas du tout à l’âne évidemment.
Et les deux dernières lignes de la fable, c’est la morale.
Ligne 11 et 12 : « D’un magistrat ignorant, c’est la robe qu’on salue. »
Ici, on n’est plus dans l’histoire de l’âne, mais on est plutôt dans une généralité. Je vais vous expliquer les mots et pourquoi La Fontaine parle de ça. Un magistrat, c’est quoi ? C’est un responsable de la justice, comme un juge. Un juge, c’est un magistrat. Dans les tribunaux, la personne ou les personnes qui vont juger quelqu’un, qui vont décider de sa peine, de sa sanction, ce sont les juges, les magistrats. Et ici on parle d’un magistrat ignorant. Ignorant, ça vient du verbe ignorer, c’est quelqu’un qui ne sait rien, qui ne sait pas. Quelqu’un d’ignorant, c’est une personne qui n’a pas de culture, qui ne connaît rien.
Ici, La Fontaine parle de magistrats ignorants, donc d’un juge qui ne connaît rien, qui n’a pas de culture. Comment c’est possible ? Au XVIIe siècle, on pouvait acheter sa place de juge. Il suffisait d’être riche pour pouvoir être juge. Donc, les nobles, les riches donnaient de l’argent à l’État français et ils devenaient juges, mais ils ne connaissaient rien au droit et rien à la justice. C’est pour ça que La Fontaine parle de magistrats ignorants, de juges qui ne connaissent rien. En fait, il dénonce un système à l’époque, un mauvais système qui permettait aux riches de devenir juges, alors qu’aujourd’hui, il faut faire beaucoup d’années d’études pour être juge. Donc, les juges d’aujourd’hui connaissent la loi, ne sont pas ignorants. Les juges de l’époque étaient ignorants.
Et la dernière ligne, « c’est la robe qu’on salue ». La robe, c’est un vêtement. C’est un vêtement que peuvent porter les femmes, mais aussi les avocats et les juges. C’est en fait l’uniforme du juge, l’habit du juge, l’habit des magistrats. Et cette robe noire, ou rouge et blanche, elle impose le respect. Cet uniforme de magistrat, il est prestigieux. Il symbolise l’autorité, il symbolise le pouvoir. Et donc ici, c’est quoi la morale ? La Fontaine nous dit que d’un juge qui ne sait rien, eh bien on en salue les habits. On salue, on rend honneur aux habits, à l’image du juge, à l’image de l’autorité qu’est la robe, et non pas au juge lui-même. Alors que ces magistrats ignorants, ces faux juges entre guillemets, tirent de la gloire de leur statut, tirent un honneur de leur statut alors que peut-être ce sont de mauvaises personnes, des personnes sans valeur, des personnes qui ont gagné de l’argent sur le dos des autres et donc ils ne devraient pas avoir autant d’honneur. Les personnes extérieures à ça, les personnes qui voient un juge, rendent honneur au vêtement, à l’image du prestige et pas au juge qui ne sait rien.
Est-ce que vous avez compris ? Est-ce que j’ai été clair dans l’explication de la morale ? En fait, ici, dans cette fable, La Fontaine dénonce une inégalité, dénonce le fait qu’on puisse acheter son statut de juge. Il y a une dimension politique, il y a une dimension satirique dans cette fable de La Fontaine. Il dénonce en fait le privilège de pouvoir acheter sa place de juge. Et plus généralement, on a une expression française qui résume bien cette morale et qui est « l’habit ne fait pas le moine ». Ça veut dire que pour devenir un moine, il faut étudier la religion, il faut faire certaines choses, et ce n’est pas qu’en mettant l’habit de moine qu’on devient moine. « L’habit ne fait pas le moine », c’est un peu comme « d’un magistrat ignorant, c’est la robe qu’on salue ».
Bien, maintenant que je vous ai tout expliqué, je vais vous relire la fable un peu plus rapidement, à vitesse normale, et ensuite je vous lirai cette fable beaucoup plus facile, retravaillée par moi pour que vous puissiez bien comprendre.
L’Âne portant des reliques, par Jean de La Fontaine.
Un baudet chargé de reliques s’imagina qu’on l’adorait. Dans cette pensée, il se carrait, recevant comme sien l’encens et les cantiques. Quelqu’un vit l’erreur et lui dit : « Maître Baudet, ôtez-vous de l’esprit une vanité si folle. Ce n’est pas vous, c’est l’idole à qui cet honneur se rend et que la gloire en est due. D’un magistrat ignorant, c’est la robe qu’on salue. »
Est-ce que vous avez mieux compris la fable ? Je vous dis maintenant la version simplifiée écrite par moi.
L’Âne portant des reliques, retravaillée par Adrien.
Un âne chargé de choses précieuses s’imaginait qu’il était adoré. En pensant à cela, il marchait avec fierté et orgueil, et pensait que l’encens et les prières lui étaient destinés. Quelqu’un vit cette erreur et lui dit : « Cher âne, oubliez cette fierté ridicule. Ce n’est pas vous, c’est ce que vous portez à qui on fait honneur et à qui la gloire est destinée. D’un juge qui ne sait rien, on en salue les habits. »
Et voilà, j’ai fini de vous expliquer cette fable qui s’appelle L’Âne portant des reliques. J’espère que ça vous a plu. Je vous invite à me laisser un petit commentaire sur YouTube, un petit pouce bleu comme d’habitude, et également si vous le voulez une bonne note dans vos applications de podcast, Apple Podcasts, Spotify, etc.
Et moi, il ne me reste plus qu’à vous dire qu’on va se retrouver demain pour une nouvelle expression française. Je vous souhaite de passer une bonne journée et on se retrouve demain. À bientôt ! Bye bye, hasta luego. Matane !
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