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Bonjour à toutes, bonjour à tous, bienvenue dans Le français, c’est facile avec Adrien. Aujourd’hui, c’est dimanche. On est le dimanche 15 février 2026. Mais j’espère que vous êtes bien réveillés. J’espère que votre oreille est attentive, que vous avez bu votre café, parce qu’aujourd’hui, on va parler d’une fable de La Fontaine qui n’est pas très facile. Elle est surtout assez longue. Elle fait 33 lignes — 3 et 3, 33. Donc, on va la faire bien sûr en deux podcasts et je pense que les deux vont faire à peu près 20, 25, 30 minutes. Donc, c’est assez long, mais c’est le temps qu’il faut pour tout vous expliquer. Après, si vous avez écouté le podcast d’avant-hier, je vous ai déjà expliqué la dernière ligne de la fable. C’est la morale, c’est « Aide-toi, le ciel t’aidera ». Mais ça c’est à la fin. Donc on va commencer par le début.
Alors je vous explique en deux mots pour ceux qui n’ont jamais encore écouté de fables de La Fontaine expliquées par moi. D’abord je vous lis la fable en entier — la fable de La Fontaine originale — j’essaie d’aller assez doucement. Ensuite je prends phrase par phrase, donc je vous explique les mots, je vous explique les phrases pour que vous puissiez mieux comprendre. Après ça, ce sera je pense demain — je vous relirai la fable à vitesse normale et enfin une version simplifiée, une version où j’ai transformé les mots, j’ai transformé les phrases pour que vous puissiez bien comprendre l’histoire. Comme d’habitude, vous pouvez retrouver la fable sur mon Patreon — ça me permettra d’avoir un soutien en plus si vous vous abonnez et j’en serai très content. Vous pouvez aussi trouver la fable sur Internet afin de pouvoir suivre au fur et à mesure les lignes que je vous explique.
Donc la fable s’appelle Le Chartier embourbé. Je vais vous expliquer le titre et les phrases après. Allez, je vous lis la fable d’abord.
Le Chartier embourbé, par Jean de La Fontaine.
Le phaéton d’une voiture à foin Vit son char embourbé. Le pauvre homme était loin De tout humain secours ; c’était à la campagne, Près d’un certain canton de la basse Bretagne, Appelé Quimper-Corentin. On sait assez que le destin Adresse là les gens quand il veut qu’on enrage. Dieu nous préserve du voyage ! Pour venir au chartier embourbé dans ces lieux, Le voilà qui déteste et jure de son mieux, Pestant, en sa fureur extrême, Tantôt contre les trous, puis contre ses chevaux, Contre son char, contre lui-même. Il invoque à la fin le Dieu dont les travaux Sont si célèbres dans le monde. « Hercule, lui dit-il, aide-moi. Si ton dos A porté la machine ronde, Ton bras peut me tirer d’ici ! » Sa prière est à peine achevée qu’il entend dans la nuit Une voix qui lui parle ainsi : « Hercule veut qu’on se remue, Puis il aide les gens. Regarde d’où provient L’achoppement qui te retient. Ôte d’autour de chaque roue Ce malheureux mortier, cette maudite boue Qui jusqu’aux essieux les enduit. Prends ton pic et me romps ce caillou qui te nuit. Comble-moi cette ornière. As-tu fait ? » — Oui, dit l’homme. — « Or bien, je vais t’aider, dit la voix ; prends ton fouet. » — Je l’ai pris. — « Qu’est-ce ceci ? Mon char marche à souhait ! » Hercule en soit loué. Lors la voix : « Tu vois comme tes chevaux Aisément se sont tirés de là. Aide-toi, le ciel t’aidera. »
Alors, on a fini la fable. Est-ce que vous avez compris de quoi il s’agit ? Franchement, si vous avez tout compris, je ne sers à rien. Mais je pense que si vous apprenez le français, vous n’avez pas tout compris. Alors on repart du début et on commence par le titre.
Le Chartier embourbé.
Le chartier, c’est un mot ancien qui veut dire « conducteur de charrette ». À l’époque, au XVIIe siècle, il n’y avait évidemment pas de voiture, pas de moto, mais il y avait des charrettes tirées par des chevaux. Regardez sur l’image du podcast — une charrette, c’est ça. Et le chartier, c’est le monsieur qui est à l’avant de la charrette et qui la dirige. Et lui, il est « embourbé » — ça veut dire que les roues de la charrette sont dans la boue, qu’il ne peut plus bouger parce que les roues sont bloquées. Donc déjà, on voit un peu mieux de quoi on va parler. La fable va parler d’un monsieur avec une charrette qui est bloquée dans la boue.
Alors première ligne : « Le phaéton d’une voiture à foin. »
Dès le deuxième mot, c’est compliqué. Le phaéton, c’est quoi ? C’est un personnage de la mythologie grecque. C’est le fils du Dieu soleil Hélios. Et en fait, ce Phaéton, un jour, a emprunté le char de son père — le char du Dieu soleil — sauf qu’il a perdu le contrôle et à cause de ça, il fut tué par Zeus. Ici dans la fable, on parle du phaéton d’une voiture à foin. La voiture, c’est la charrette. Le foin, c’est ce qui va servir à nourrir les animaux l’hiver — c’est de l’herbe séchée, des plantes séchées. Et le phaéton, c’est tout simplement le conducteur. Donc ici, on nous parle simplement du conducteur d’une charrette qui transporte du foin.
Allez, on continue. « Vit son char embourbé. Le pauvre homme était loin » — c’est la ligne 2.
Le premier mot, c’est « vit » — c’est du passé simple, c’est le passé simple de voir. Et donc le conducteur voit quoi ? Il voit son char embourbé. Son char, c’est sa charrette. Mais comme avant La Fontaine a parlé de Phaéton, du personnage grec, le fils du soleil, il parle ici de « char » parce que Phaéton avait volé le char de son père. Donc ici on nous fait comprendre que le conducteur de la charrette se trouve bloqué parce que sa charrette est dans la boue.
Et on nous dit : « le pauvre homme était loin », ligne 3 : « de tout humain secours. C’était à la campagne. »
Le pauvre homme, ce n’est pas forcément un homme pauvre. Le pauvre homme, c’est en fait le malheureux. L’homme à qui il arrive des malheurs. Ici, le malheur, c’est que sa charrette est bloquée dans la boue. Et il est loin de tout secours humain — en fait il est loin de tout. Il n’y a pas d’humain autour de lui qui pourrait l’aider, donc il est seul. On nous le dit juste après d’ailleurs — c’était à la campagne.
Ligne 4 : « Près d’un certain canton de la basse Bretagne. »
La campagne, vous connaissez, c’est le contraire de la ville. Un canton, c’est un endroit, une petite ville, un village. La basse Bretagne, c’est la partie ouest de la Bretagne. Et la Bretagne, c’est quoi ? C’est une région de France qui est la plus à l’ouest — la région la plus à gauche quand vous regardez la carte de France.
Ligne 5 : « Appelé Quimper-Corentin. »
Quimper, c’est encore une ville qui existe aujourd’hui. Si vous venez en France, vous pouvez aller à Quimper. Mais ça ne s’appelle plus Quimper-Corentin. Ça s’appelait comme ça au XVIIe siècle parce que l’évêque de la ville s’appelait Corentin. Aujourd’hui, pour désigner un endroit perdu, on dirait « trifouilly-les-oies », « Pétaouchnok », en fait un bled paumé. Donc lui, il n’est même pas dans le village, il est près d’un certain village. Il n’y a personne. La basse Bretagne à l’époque, donc au XVIIe siècle, à l’époque de Louis XIV, c’était la campagne profonde. C’était un trou paumé.
Allez, on continue. Ligne 6 : « On sait assez que le destin », ligne 7 : « adresse là les gens quand il veut qu’on enrage. »
« On sait », c’est une généralité — c’est tout le monde. Et le destin, c’est la destinée, c’est en fait la vie. Et « adresse là les gens quand il veut qu’on enrage » — le destin « envoie là-bas les gens quand il veut nous faire enrager ». En fait La Fontaine nous explique que Quimper-Corentin et la basse Bretagne, c’est un lieu d’exil, un lieu où personne n’a envie d’aller parce que c’est très éloigné de Paris. Quand il y avait des personnes qu’on voulait punir à Paris, on les envoyait en basse Bretagne.
Et ligne 8 : « Dieu nous préserve du voyage ! »
Ça, c’est une expression toute faite qui veut dire « Pourvu que nous n’y allions pas ! » Ça veut dire que personne n’a envie d’aller en basse Bretagne à Quimper-Corentin. Dis donc, cette fable, elle est sympa pour les habitants de Quimper. La Fontaine ne devait pas beaucoup aimer la Bretagne.
Allez, on enchaîne, ligne 9 : « Pour venir au chartier embourbé dans ces lieux. »
Ici, c’est une version ancienne du français. En fait, on dirait aujourd’hui « pour revenir au chartier ». Donc pour revenir au conducteur, embourbé dans ce lieu, bloqué dans la boue. Puisqu’avant on a parlé pendant quelques lignes de la Bretagne, de Quimper, des trous paumés, là dans la ligne 9, La Fontaine nous fait revenir au sujet, nous recentre sur le conducteur qui est bloqué dans la boue.
Ligne 10 : « Le voilà qui déteste et jure de son mieux. »
« Le », ici on parle du conducteur. « Qui déteste et jure de son mieux » — jurer, ça veut dire insulter, ça veut dire gueuler. Donc le conducteur commence à s’énerver. Il commence à gueuler, il commence à insulter en l’air parce que sa charrette est bloquée, parce qu’il ne peut plus avancer.
Ligne 11 : « Pestant, en sa fureur extrême. »
Pestant, c’est un participe présent du verbe pester — ça veut dire grommeler, gueuler sur quelque chose. Et on nous dit même « en sa fureur extrême » — la fureur, c’est qu’il est énervé à fond. Extrême, c’est énormément. Donc là, on peut imaginer que le conducteur, c’est comme un conducteur d’une voiture à Paris.
Ligne 12 : « Tantôt contre les trous, puis contre ses chevaux. »
Là c’est la suite — on nous dit contre qui le conducteur s’énerve. Tantôt, ça veut dire parfois. Donc le conducteur s’énerve parfois contre les trous dans la route, les trous qu’il n’avait pas vus à cause de la boue, puis contre ses chevaux — il s’énerve contre ses chevaux, alors que les chevaux n’y sont pour rien, ils ne sont là que pour tirer la charrette.
Ligne 13 : « Contre son char, contre lui-même. »
Là on nous dit encore contre qui il gueule — il gueule contre sa charrette, il s’insulte lui-même. Il n’est pas content, il est énervé. Ça, on l’aura bien compris. Pourquoi ? Parce qu’il est bloqué dans la boue, sa charrette ne bouge plus et donc il ne peut plus avancer.
Ça va, vous êtes toujours là ? Je ne vous ai pas trop perdus avec cette fable ? J’espère qu’il y a encore des gens qui m’écoutent. Pour ceux qui se sont accrochés, on continue.
Lignes 14 et 15 : « Il invoque à la fin le Dieu dont les travaux sont si célèbres dans le monde. »
« Il invoque » — on parle du conducteur — « invoque », c’est en fait prier. Il prie un Dieu. Quel Dieu ? Le Dieu dont les travaux sont célèbres. Là encore on a une référence à la mythologie grecque — ça tombe bien, j’adore la mythologie grecque. Les travaux d’un Dieu qui sont célèbres, ce sont les 12 travaux d’Hercule. On dit aussi Héraclès. D’ailleurs, en parlant de contes de la mythologie grecque, vous pouvez les écouter sur mon Patreon en vous abonnant.
Donc le conducteur de la charrette prie Hercule de lui venir en aide, prie un Dieu grec pour l’aider.
Il dit d’ailleurs lignes 16, 17 et 18 : « Hercule, lui dit-il, aide-moi. Si ton dos a porté la machine ronde, ton bras peut me tirer d’ici ! »
Donc là il s’adresse directement à Hercule. Il est là sur sa charrette, à côté de Quimper, bloqué dans la boue, et il regarde vers le ciel et il dit : « Hercule, aide-moi ! Si ton dos a porté la machine ronde » — la machine ronde, je pense qu’ici l’auteur fait référence à la Terre, la planète Terre. Mais, et peut-être que je me trompe, je pense qu’il y a une légère erreur, parce que le dieu qui porte la Terre, c’est Atlas, pas Hercule. Donc soit j’ai mal compris, soit La Fontaine a fait une petite erreur, j’en sais rien. En tout cas, le conducteur demande de l’aide à Hercule. Il lui dit en gros : « Toi qui as eu des travaux incroyables, ton bras peut me sortir de ce problème. »
Donc je vous fais un petit résumé de ce qu’on a vu aujourd’hui, parce qu’on va s’arrêter là. On a un conducteur qui est sur une charrette tirée par des chevaux. Il roule en basse Bretagne, à la campagne. Il se retrouve bloqué dans la boue, il ne peut plus avancer, il commence à s’énerver, à gueuler et il demande à Hercule, il demande à un Dieu de lui venir en aide, de l’aider à faire avancer sa charrette. Et on s’arrête là — il y aura la suite de la fable demain lundi.
J’espère que c’était pas trop compliqué, j’espère surtout que ça vous intéresse, cette fable. En tout cas moi, j’adore les lire et j’adore vous les expliquer. Donc, j’espère que vous aussi — n’hésitez pas à me laisser un petit commentaire sur YouTube si vous avez des questions ou même un petit merci, ça fait toujours plaisir. Et on se retrouve donc demain pour la suite de la fable. À bientôt, bye bye, hasta luego. Matane !
Lire la transcription
Bonjour à toutes, bonjour à tous, j’espère que vous allez bien. Aujourd’hui on est le lundi 16 février 2026, je vous souhaite la bienvenue dans Le français, c’est facile avec Adrien, et avec les fables de La Fontaine. Aujourd’hui, on continue l’étude de la fable d’hier qui s’appelle Le Chartier embourbé.
Alors, je ne vais pas vous la relire en entier, je vais juste vous faire un résumé des 18 premières lignes, donc jusqu’au moment où on s’est arrêté hier, et après, on continuera avec la 19e ligne. Mais avant, comme d’habitude, petite pub — si vous pouvez me laisser un commentaire sur YouTube et/ou une bonne note dans vos applications d’écoute de podcast, ça serait top.
Donc, cette fable, Le Chartier embourbé. Le chartier, c’est un conducteur de charrette. Et embourbé, c’est bloqué dans la boue. C’est quoi l’histoire ? On nous parle en fait d’un conducteur de charrette qui se retrouve bloqué dans la boue, bloqué sur une route et qui ne peut plus bouger. Ce conducteur est bloqué sur une route de campagne. Il ne peut pas se faire aider — il est d’ailleurs en Bretagne, près de Quimper. Et donc il en veut à tout le monde, il en veut au destin, il en veut aux trous de la route, il en veut à ses chevaux, il en veut à lui-même. Et il demande au Dieu Hercule, au Dieu qui a réalisé les douze travaux, de venir l’aider. On s’est arrêté ici, au moment où le conducteur de charrette demande de l’aide au Dieu Hercule.
D’ailleurs je vous ai dit hier que c’était Atlas qui a porté la Terre et pas Hercule, et je me demandais pourquoi La Fontaine avait choisi cette phrase. Et en fait, j’ai réfléchi — un moment, Hercule a bien porté la Terre à la place d’Atlas pour le soulager. Donc au final, Hercule a bien porté la Terre pendant un moment. Ceci étant éclairci, on va pouvoir passer à la suite de la fable.
Donc on commence aujourd’hui à la 19e ligne et comme d’habitude, je vous lis les phrases et après, je vous explique les mots. À la fin de l’épisode, je vous relirai la fable en entier et après je vous lirai une version simplifiée.
Ligne 19 : « Sa prière est à peine achevée qu’il entend dans la nue. »
La prière, c’est le fait d’avoir prié Hercule. « Sa prière étant faite », ça veut dire une fois sa prière finie. Il entend quelque chose — il entend dans la nue. La nue, c’est un ancien mot pour dire les nuages. Donc il a fait sa prière, il a fini, et il entend une voix, quelqu’un qui lui parle de là-haut.
Ligne 20 : « Une voix qui lui parle ainsi. »
Là, il n’y a pas de difficulté. Une voix, c’est ce que vous entendez en ce moment — là vous entendez ma voix. Et qui lui parle ainsi, c’est qui parle au conducteur de la charrette. Donc il a prié et il entend une voix.
Ligne 21 : « Hercule veut qu’on se remue. »
Se remuer, c’est le verbe se remuer — ça veut dire se bouger, ça veut dire travailler, ça veut dire faire les choses. Et Hercule veut qu’on se remue — on imagine que c’est Hercule qui parle au conducteur de la charrette. Et Hercule parle de lui à la troisième personne. Il ne dit pas « je », il donne son nom. Ça donne une impression de grandeur, une impression de supériorité. Si je parle comme ça — « Adrien a dit que vous devez écouter des podcasts » — ça fait vraiment star. Donc là, c’est un Dieu, on comprend pourquoi il parle de lui à la troisième personne.
Ligne 22 : « Puis il aide les gens. »
Je vous lis les deux lignes en même temps : « Hercule veut qu’on se remue, puis il aide les gens. » Donc d’abord, il faut se remuer, se bouger, et après, Hercule peut vous aider. C’est ce qu’Hercule est en train de dire à ce conducteur.
Lignes 22 et 23 : « Regarde d’où provient l’achoppement qui te retient. »
Il donne un ordre, un conseil au conducteur et il dit « regarde d’où provient » — ça veut dire « regarde d’où vient », « regarde l’origine » — de l’achoppement qui te retient. L’achoppement, c’est un vieux mot pour dire le blocage. En fait, Hercule conseille au conducteur de vérifier d’abord pourquoi la charrette est bloquée. Qu’est-ce qui fait que cette charrette ne bouge plus ?
Ligne 24 : « Ôte d’autour de chaque roue. »
Hercule continue de parler, il donne des conseils au conducteur. « Ôte » — c’est le verbe ôter, ça veut dire enlever. Et « d’autour », c’est une formule de français un peu ancienne pour dire « autour », « aux alentours de », sur le pourtour de la roue. Donc il dit au conducteur : « Enlève autour de chaque roue » — vérifie chaque roue et enlève quoi donc ?
Ligne 25 : « Ce malheureux mortier, cette maudite boue. »
Le mortier, ici ce sont des cailloux et la boue, c’est de la terre mélangée à de l’eau. Et c’est à cause de ces cailloux et de cette boue que la charrette est bloquée. Donc Hercule dit au conducteur : « Regarde les roues de ta charrette, regarde ce qui bloque, enlève les cailloux, enlève la boue. »
Ligne 26 : « Qui jusqu’aux essieux les enduit. »
Le « qui », on parle des cailloux et de la boue. Les essieux — dans une charrette ou même dans une voiture, l’essieu c’est une barre qui relie les deux roues avant entre elles et les deux roues arrière. Et ici, Hercule dit au conducteur que la boue et les cailloux arrivent jusqu’au niveau des essieux. Donc vraiment, il aide l’homme, il lui explique le problème.
Ligne 27 : « Prends ton pic et romps ce caillou qui te nuit. »
Le pic, ça doit être un outil pour casser les cailloux, puisqu’il dit « romps ce caillou » — rompre, c’est casser, en français moderne on dirait « casse cette pierre ». Et « qui te nuit » — c’est le verbe nuire, ça veut dire gêner. Donc Hercule dit au conducteur : « Prends un outil et casse le caillou qui te gêne, casse le rocher qui est en train de bloquer tes roues. »
Ligne 28 : « Comble-moi cette ornière. As-tu fait ? »
Une ornière, c’est une marque laissée par des roues sur un chemin. Sur les routes actuelles en béton ou en goudron, ça n’existe pas. Mais sur les anciens chemins, avec les roues qui passaient des milliers de fois sur le même passage, ça laissait des traces — eh bien, c’est ça les ornières. Donc le Dieu dit au conducteur : « Remplis les marques qui ont été laissées par les roues. En les comblant, tu vas peut-être pouvoir dégager ta charrette. » Et il pose la question à l’homme : « As-tu fait ? » — c’est-à-dire, est-ce que tu as fait ce que je t’ai dit ? Et : « Oui, dit l’homme. » Le conducteur répond oui.
Ligne 29 : « Or bien, je vais t’aider, dit la voix. Prends ton fouet. »
« Or bien », c’est du vieux français qui veut dire « alors ». Donc parce que tu m’as écouté, parce que tu as commencé à travailler, je vais t’aider. C’est toujours Hercule qui parle. Et « prends ton fouet » — le fouet, c’est ce qui permet de faire avancer les chevaux. C’est une espèce de lanière en cuir qui fait du bruit et qu’on peut utiliser pour encourager les chevaux à avancer. Pour ceux qui connaissent Indiana Jones, eh bien Indiana Jones a un fouet comme arme.
Ligne 30 : « — Je l’ai pris. — Qu’est-ce ceci ? Mon char marche à souhait ! »
L’homme répond : « J’ai pris mon fouet. » Et « qu’est-ce ceci ? » — comment ça se fait ? — « Mon char marche à souhait ! » Ma charrette avance de nouveau, ma charrette est débloquée. Donc là, bien sûr, c’est l’homme qui répond au Dieu et qui s’aperçoit qu’en suivant les conseils d’Hercule, sa charrette peut de nouveau avancer.
Ligne 31 : « Hercule en soit loué. »
L’homme remercie Hercule. Louer un Dieu, ça veut dire lui faire des prières, le remercier. La suite de la ligne 31, c’est « Lors la voix » — encore du vieux français. Aujourd’hui on dirait « Alors la voix dit ». Donc là, c’est la voix qui parle, c’est encore Hercule qui reprend la parole.
Lignes 32 et 33 : « Tu vois comme tes chevaux aisément se sont tirés de là. Aide-toi, le ciel t’aidera. »
Il explique à l’homme que les chevaux, une fois que les roues étaient débloquées, ont pu facilement tirer la charrette et sortir du problème. Se tirer de quelque chose, ça veut dire sortir d’un problème, résoudre un problème. On dit aussi « sortir d’affaire ».
Et la dernière ligne, 33 — « Aide-toi, le ciel t’aidera. » Cette expression, je vous l’ai expliquée il y a deux jours. Ça veut dire qu’il faut commencer à faire les choses, il faut commencer à résoudre les problèmes par soi-même, et après, ça va se débloquer. Ici dans la fable, le conducteur se retrouve bloqué, il commence à s’énerver, il demande de l’aide à Hercule. Mais Hercule lui dit : « Commence par faire ceci, commence par faire cela, et après on verra. » L’homme a écouté le Dieu, et ça a fonctionné. La morale, c’est : « Aide-toi, le ciel t’aidera. »
Maintenant, vous savez que cette expression vient d’une fable de La Fontaine.
Allez, c’est parti pour la lecture en entier !
Le Chartier embourbé, par Jean de La Fontaine.
Le phaéton d’une voiture à foin vit son char embourbé. Le pauvre homme était loin de tout humain secours, c’était à la campagne, près d’un certain canton de la basse Bretagne appelé Quimper-Corentin. On sait assez que le destin adresse là les gens quand il veut qu’on enrage. Dieu nous préserve du voyage ! Pour venir au chartier embourbé dans ces lieux, le voilà qui déteste et jure de son mieux. Pestant, en sa fureur extrême, tantôt contre les trous, puis contre ses chevaux, contre son char, contre lui-même. Il invoque à la fin le Dieu dont les travaux sont si célèbres dans le monde. « Hercule, lui dit-il, aide-moi. Si ton dos a porté la machine ronde, ton bras peut me tirer d’ici ! » Sa prière est à peine achevée qu’il entend dans la nue une voix qui lui parle ainsi. « Hercule veut qu’on se remue, puis il aide les gens. Regarde d’où provient l’achoppement qui te retient. Ôte d’autour de chaque roue ce malheureux mortier, cette maudite boue qui jusqu’aux essieux les enduit. Prends ton pic et romps ce caillou qui te nuit. Comble-moi cette ornière. As-tu fait ? » — Oui, dit l’homme. — « Or bien, je vais t’aider, dit la voix. Prends ton fouet. » — Je l’ai pris. — « Qu’est-ce ceci ? Mon char marche à souhait ! Hercule en soit loué. » Lors la voix : « Tu vois comme tes chevaux aisément se sont tirés de là. Aide-toi, le ciel t’aidera. »
Et maintenant, je vous lis la version simplifiée que j’ai créée pour vous.
La charrette bloquée.
Le conducteur d’une charrette se retrouve bloqué dans la boue. Le pauvre homme était loin de tout. C’était à la campagne, en Bretagne, dans un trou perdu. La vie envoie les gens dans ces endroits perdus pour les punir. Pourvu que nous n’y allions pas. Pour revenir au conducteur bloqué dans la boue, il se met à insulter tout le monde — contre les trous de la route, puis contre ses chevaux, contre sa charrette, contre lui-même. Il prie Hercule de lui venir en aide. « Aide-moi, toi qui as porté la Terre, ton bras peut me sortir de ce problème. » Sa prière finie, il entend dans les nuages une voix qui lui parle ainsi. « Hercule veut qu’on se remue, puis il aide les gens. Regarde d’où vient le blocage de ta charrette. Enlève autour de chaque roue ces cailloux, cette boue qui bloque ta charrette. Prends un outil et casse cette pierre qui te gêne. Remplis les marques laissées par les roues. — As-tu fait cela ? — Oui, dit l’homme. — Alors je vais t’aider, dit la voix. Prends ton fouet. — Je l’ai pris. — Comment ça se fait ? Ma charrette avance de nouveau. Merci Hercule. » Alors la voix dit : « Tu vois, comme tes chevaux se sont facilement tirés de ce problème. Aide-toi, le ciel t’aidera. »
Et voilà, on a fini l’étude de la fable du jour, Le Chartier embourbé. J’espère qu’avec cette version, vous avez mieux compris. J’espère surtout qu’avec mes deux podcasts, mes deux épisodes, vous avez tout compris de cette fable. Si vous avez des questions, si vous avez des problèmes, évidemment, vous pouvez me laisser un message sur YouTube, un petit commentaire sur la vidéo, ou alors un mail — c’est aussi possible à francaisfacileadrien@gmail.com.
Eh bien, il ne me reste plus qu’à vous souhaiter une bonne journée. On se retrouve demain pour une nouvelle expression française et demain, attendez que je vérifie. Ah oui, c’est marrant comme expression — « Il n’y a pas le feu au lac. » Plus rapidement, on dit « Y a pas le feu au lac. » Je vous explique tout ça demain et je vous souhaite de passer une bonne journée. À bientôt ! Bye bye ! Hasta luego ! Matane !
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