Le cerf se voyant dans l’eau

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Bonjour à toutes, bonjour à tous, bienvenue dans Le français, c’est facile avec Adrien. Alors aujourd’hui, c’est le week-end. On est samedi 7 mars 2026. J’espère que vous allez bien. J’espère que par chez vous il fait beau et aujourd’hui, comme vous l’avez vu sur l’image du podcast, je vais vous parler d’une nouvelle fable de La Fontaine. Alors évidemment, elle n’est pas nouvelle puisque La Fontaine a vécu au XVIIe siècle, mais je ne l’avais pas encore étudiée avec vous. Je ne vous l’avais pas encore expliquée, donc je vais vous l’expliquer aujourd’hui. Comme dans beaucoup de fables de La Fontaine, il y a une morale à la fin et cette morale, elle est encore d’actualité aujourd’hui. C’est ça que je trouve génial dans les fables de La Fontaine, c’est que les morales sont d’actualité et dans 300 ans, dans 600 ans, elles seront toujours d’actualité tant qu’il y aura des humains sur terre.

Alors cette fable, elle s’appelle Le Cerf se voyant dans l’eau. Je vais vous réciter la fable doucement pour voir ce que vous arrivez à comprendre. Quels sont les mots que vous comprenez ? Est-ce que vous comprenez le sens ? Et peut-être même est-ce que vous comprenez la morale ? Ensuite, je vais vous expliquer ligne par ligne les phrases, les formules grammaticales, les mots compliqués, les conjugaisons. Donc là, avec cet exercice, je vais vous simplifier la fable et je vais vous expliquer tous les mots pour que vous compreniez. Ensuite, je vous relirai la fable à vitesse normale et après, je vous lirai une version simplifiée que j’ai créée pour vous. Vous pouvez retrouver cette fable sur Internet évidemment et vous pouvez aussi la retrouver sur mon Patreon si vous voulez me soutenir avec un abonnement à 3 $ ou 5 $ par mois pour retrouver les transcriptions des épisodes, ou tout simplement parce que vous appréciez le podcast et que vous voulez m’aider à faire ce podcast.

Ceci étant dit, on commence avec la fable de La Fontaine, Le Cerf se voyant dans l’eau.

Dans le cristal d’une fontaine Un cerf se mirait autrefois, Louait la beauté de son bois, Et ne pouvait qu’avec peine Souffrir ses jambes de fuseaux Dont il voyait l’objet se perdre dans les eaux. « Quelle proportion de mes pieds à ma tête ! Disait-il en voyant son ombre avec douleur. Des taillis les plus hauts, mon front atteint le faîte. Mes pieds ne me font point d’honneur. » Tout en parlant de la sorte, Un limier le fait partir. Il tâche à se garantir ; Dans les forêts il s’emporte. Son bois, dommageable ornement, L’arrêtant à chaque moment, Nuit à l’office que lui rendent Ses pieds, de qui ses jours dépendent. Il se dédit alors, et maudit les présents Que le ciel lui fait tous les ans. Nous faisons cas du beau, nous méprisons l’utile, Et le beau souvent nous détruit. Ce cerf blâme ses pieds qui le rendent agile, Il estime un bois qui lui nuit.

Alors, est-ce que vous avez compris quelques mots ? Déjà, même si vous avez compris entre guillemets « que » quelques mots, c’est très bien parce que cette fable, comme à peu près toutes les fables de La Fontaine, elle est assez compliquée. Donc, c’est mon rôle en tant que prof de français de vous l’expliquer aujourd’hui. Alors, on va recommencer du début déjà avec le titre. Le Cerf se voyant dans l’eau. Le cerf, c’est l’animal que vous voyez sur l’image. C’est le même animal qu’on a vu lors de la dernière fable. Il y a dix jours, je vous ai expliqué une fable qui s’appelait — elle s’appelle toujours comme ça d’ailleurs — Le Cerf et la Vigne. Eh bien là, c’est le même animal. C’est encore un cerf qui se regarde dans de l’eau. Vous savez, en forêt, en montagne, quand vous voyez un lac, un étang, même une mare, et que vous vous regardez dedans, on peut voir son reflet. On peut se voir. Eh bien ici, le titre de la fable, c’est ça. Le Cerf se voyant dans l’eau. « Se voyant », c’est le participe présent du verbe se voir. Ça veut dire qu’il est en train de se regarder dans l’eau, en train de se voir.

Et donc on commence avec la première ligne. « Dans le cristal d’une fontaine. » Alors le cristal, c’est une roche, c’est un matériau qui est transparent. Donc ici, on ne parle pas de matériaux, on ne parle pas de roches, on parle d’une fontaine, donc c’est en fait de l’eau. Et le cristal, ça montre que la fontaine, que l’eau est transparente, translucide, dans laquelle on peut se voir. Donc ici, on nous parle de l’eau, on nous parle d’une fontaine qui est transparente, dans laquelle on peut se voir.

Ligne 2. « Un cerf se mirait autrefois. » Alors, le cerf, c’est l’animal dont on vient de parler. « Se mirait », ça se finit par « a i t », c’est l’imparfait du verbe « se mirer » et « se mirer » ça veut dire « se regarder ». C’est un verbe ancien qu’on utilise quasiment plus aujourd’hui, peut-être dans certains livres mais pas dans le langage parlé. Donc ici, on a un cerf qui se regarde dans la fontaine. Le dernier mot de la ligne, c’est « autrefois », ça veut dire « il y a longtemps ». Il n’y a pas de date exacte puisque cette histoire pourrait se passer aujourd’hui comme il y a 200 ans, comme il y a 1000 ans.

Ligne 3, « Louait la beauté de son bois. » Alors, je vais vous lire la ligne 2 et la ligne 3 parce que c’est la même phrase. « Un cerf se mirait autrefois, louait la beauté de son bois. » « Louait », c’est le verbe louer à l’imparfait. Donc c’est du passé. Et louer quelque chose, ça peut vouloir dire deux choses. Il y a deux sens différents. Le sens le plus commun de louer, c’est quand vous allez payer pour pouvoir utiliser quelque chose pendant quelques jours, pendant quelques heures. Vous pouvez louer une voiture, louer une maison, louer un vélo. Vous allez payer pour pouvoir utiliser une chose. Et l’autre sens de louer, ça veut dire, comment vous dire, montrer son admiration pour quelque chose. Je peux louer les bienfaits d’un produit. Je peux louer la gentillesse de quelqu’un. Je vais reconnaître, je vais admirer la gentillesse d’une personne. Ici, qu’est-ce qui se passe ? Le cerf se regarde dans l’eau et loue la beauté de son bois. Le bois du cerf, ce sont les ramures qu’il a sur la tête. Vous voyez sur un cerf, il y a des espèces de grandes cornes avec plusieurs pics. Eh bien ça, ça s’appelle les bois du cerf. Donc, le cerf se regarde dans l’eau et il trouve que ces bois sont très beaux. Il louait la beauté de ses bois. Donc, en fait, il était très fier de ça, très fier de posséder de si jolis bois.

Ligne 4, « Et ne pouvait qu’avec peine. » Alors ici, la peine, c’est de la souffrance. Donc, d’un côté, le cerf est très fier de ses bois, de ses espèces de cornes, et de l’autre côté, qu’est-ce qui se passe ? Pourquoi il souffre ?

Ligne 5, « Souffrir ses jambes de fuseaux. » Donc là, on parle des jambes du cerf. Un fuseau, c’est quoi ? Un fuseau, c’est là aussi un mot assez ancien. C’est un outil qui était utilisé pour filer le fil, pour tisser du fil. En fait, c’est un outil qui est très fin et donc le cerf trouve qu’il a des jambes très fines. En fait, il est complexé par ses fines jambes. Il trouve que ses bois sur sa tête sont magnifiques, mais que ses jambes sont trop fines.

Ligne 6, « Dont il voyait l’objet se perdre dans les eaux. » Alors là je vous explique, le cerf se regarde dans de l’eau. Est-ce que vous avez déjà fait ça ? Je suis sûr que vous vous êtes déjà vu dans de l’eau, dans une mare, dans un étang, dans un lac. Et l’eau nous renvoie une image qui est déformée, comme avec un miroir déformant. Eh bien ici, déjà que le cerf trouve ses jambes trop fines, mais en plus l’eau déforme ses jambes et les fait paraître encore plus fines. C’est pour ça qu’à la ligne 6, c’est marqué qu’il voyait l’objet — donc ses jambes — se perdre dans les eaux. Il voyait ses jambes tellement fines, tellement grandes, qu’elles se perdaient dans l’eau. Est-ce que c’est clair pour vous ? J’espère que oui.

Ligne 7, là c’est le cerf qui parle. Il dit : « Quelle proportion de mes pieds à ma tête ? » La proportion de quelque chose, c’est le rapport entre une chose et une autre. Ici, il fait le rapport, il fait la comparaison entre ses pieds, ses jambes qu’il n’aime pas, et sa tête, ses bois qu’il adore.

Ligne 8, « Disait-il en voyant son ombre avec douleur. » Donc là, avec les mots « disait-il », on nous confirme que c’est le cerf qui vient de parler. Et après, on a « en voyant son ombre avec douleur ». L’ombre de quelque chose, c’est l’image qui est projetée à cause ou grâce au soleil. Si vous vous mettez devant le soleil, votre ombre va apparaître sur le sol derrière vous. Ici, on parle de l’ombre, mais en fait, c’est l’image des jambes que le cerf voit dans l’eau. Et pourquoi il voit ça avec douleur ? Parce qu’il n’aime pas ses jambes. En fait, il a un complexe au niveau de ses jambes. Il trouve qu’il a les jambes trop fines. Donc ici, la douleur n’est pas physique, mais elle est morale. C’est une douleur d’orgueil.

On continue avec la ligne 9. « Des taillis les plus hauts, mon front atteint le faîte. » Alors là, c’est toujours le cerf qui continue de parler. Et il dit « des taillis les plus hauts ». Les taillis, c’est comme un bosquet, c’est un arbuste. Le cerf est un animal qui vit dans la forêt et là il parle de taillis. Donc il parle des arbustes et il dit les plus hauts. Les plus hauts des arbustes. Et bien quoi ? Il dit « mon front atteint le faîte ». Le faîte, c’est la partie haute. Et donc le cerf dit qu’il est très grand. Son front atteint les plus hauts arbustes. Donc il est très fier. Il a de la fierté, il se trouve grand, il se trouve beau.

Mais il y a un problème. C’est la ligne 10, et je vous en ai déjà parlé. « Mes pieds ne me font point d’honneur. » Il parle encore de ses jambes, de ses pieds et « point d’honneur » ça veut dire pas d’honneur. Les pieds du cerf ne lui font pas honneur, ça veut dire qu’il n’est pas fier de ses pieds, il n’aime pas ses pieds.

Donc là, dans les dix premières lignes de la fable, on a bien compris que le cerf se regarde dans de l’eau, il trouve ses bois magnifiques, il trouve sa tête, son corps superbe, très grand, mais il trouve ses pieds et ses jambes très fins et moches. Donc il est fier de ses bois, il est fier de sa tête, mais il trouve ses jambes moches et fines. Donc il est complexé par ses jambes.

Alors, est-ce qu’on continue ? Ou est-ce qu’on s’arrête là ? Je pense qu’on va s’arrêter là parce qu’à partir de la ligne 11, il va se passer quelque chose. Il va se passer quoi ? Eh bien pour le savoir, il faut écouter le podcast de demain. Eh oui, ça c’est du teasing, ça c’est du cliffhanger. Tout le monde va venir écouter la fable demain dimanche à 8h. Bim ! 8h pétantes quand ça sort, tout le monde a son poste pour écouter mon super épisode. Non, je rigole. Écoutez quand vous voulez, il n’y a aucun problème, même dans plusieurs jours, plusieurs semaines, plusieurs années, ça sera toujours d’actualité ces fables de La Fontaine.

Allez, il me reste à vous souhaiter un bon samedi. On se retrouve donc demain pour la suite de la fable à partir de la ligne 11. Et d’ici là, je vous souhaite de passer une bonne journée. À bientôt. Bye bye, hasta luego. Matane !

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Bonjour à toutes, bonjour à tous, j’espère que vous allez bien en ce dimanche 8 mars 2026 et que vous êtes en forme, que vous avez passé une bonne nuit, peut-être pour ceux qui sont sortis toute la nuit, que vous avez passé une bonne soirée en boîte, j’allais dire, à danser, à vous amuser comme vous voulez, et que vous allez, avant de vous coucher, écouter mon podcast. Bon, j’y crois pas trop, mais on sait jamais.

Donc aujourd’hui, on parle de la deuxième partie d’une fable de La Fontaine qui s’appelle Le Cerf se voyant dans l’eau. Je vous conseille d’écouter l’épisode d’hier avant celui d’aujourd’hui pour que vous compreniez bien. Je vous résume en quelques secondes les dix premières lignes. On a un cerf qui est l’animal sur l’image du podcast qui est près d’une source d’eau et il se regarde dedans. Il se regarde, il se voit et il trouve ses bois très beaux. Il trouve sa ramure très belle, il trouve qu’il est grand, qu’il est beau, qu’il est fort. Sauf qu’il n’aime pas ses jambes. Il trouve ses jambes trop fines et ses pieds également. Donc il a un complexe au niveau des jambes. Et donc là, vous avez eu le résumé des dix premières lignes.

On continue donc avec la ligne 11. « Tout en parlant de la sorte. » « Tout en parlant », ça veut dire « alors qu’il parlait ». « Parlant » c’est le participe présent du verbe « parler », donc c’est « au moment où le cerf était en train de parler ». Et « de la sorte » à la fin, ça veut dire « de cette manière ».

Ligne 12, « Un limier le fait partir. » Un limier, c’est quoi ? C’est un chien de chasse. Donc lui, le cerf, il est là tranquille à se regarder dans l’eau, à s’admirer, à se trouver très beau, et là tout à coup un chien de chasse aperçoit le cerf. Un chien de chasse fait partir le cerf.

Ligne 13, « Il tâche à se garantir. » Alors « il tâche », c’est le verbe « tâcher de », ça veut dire essayer de faire quelque chose, chercher à faire quelque chose. Et « se garantir », ça, c’est un ancien mot qui n’est plus utilisé comme ça aujourd’hui. À l’époque, « se garantir » ça voulait dire se mettre à l’abri. Donc « il tâche à se garantir », ça veut dire le cerf cherche à se mettre à l’abri. Le chien de chasse le fait partir, donc le cerf s’en va en courant. Il va partir et va s’abriter où ça ?

Ligne 14, « Dans les forêts, il s’emporte. » Dans la forêt, vous connaissez. Et « il s’emporte », ça veut dire il s’enfuit. Il fuit, il s’en va. Ça encore, c’est un mot qu’on utilise encore aujourd’hui, mais pas de cette manière. À l’époque, ça voulait dire s’enfuir. Donc le cerf part à la vue du chien de chasse, parce que quand il y a un chien de chasse, il y a forcément un chasseur pas loin.

Ligne 15, « Son bois, dommageable ornement. » Alors là, on a deux mots compliqués. Déjà « son bois », je vous ai dit, c’est ce qu’il a sur la tête. C’est ce qu’il trouvait très beau quelques secondes auparavant. Et ensuite, les deux mots compliqués, c’est « dommageable » et « ornement ». Quelque chose de dommageable, c’est quelque chose qui va causer du dommage. Et du dommage, c’est des dégâts, des problèmes. Et « ornement », le dernier mot de la ligne, c’est une décoration. C’est un mot du langage soutenu. Vous pouvez l’utiliser en parlant, mais ça se retrouve plutôt dans les livres, à l’écrit. Et ça veut dire une décoration. Donc là, on parle de ces bois, on parle de ce qu’il a sur la tête, qui est dommageable, qui va créer des problèmes. Pourquoi ?

Ligne 16, « L’arrêtant à chaque moment. » Pourquoi les bois l’arrêtent ? Pourquoi ce qu’il a sur la tête va le gêner ? Parce que ces bois vont se prendre dans les branches, vont se prendre dans les arbustes, dans les taillis, dans les bosquets. Lui, il cherche à s’enfuir rapidement, sauf que ce qui va l’arrêter, ce sont ses bois, parce qu’ils vont se prendre dans les branches.

Lignes 17 et 18, « Nuit à l’office que lui rendent ses pieds, de qui ses jours dépendent. » Alors je reprends parce que là c’est la même phrase. « Nuit à l’office. » « Nuit » ici, c’est pas la nuit, c’est le verbe « nuire ». Qu’est-ce qui va nuire ? Ce sont ces bois. Et ça veut dire quoi ? « Nuit » ça veut dire « gêner », ça veut dire « faire des problèmes ». Donc là, si on veut reprendre la phrase pour comprendre, les bois du cerf vont créer des problèmes à l’office. L’office, c’est quoi ? C’est un travail qu’on fait, un travail qu’on doit accomplir. Ici, c’est les pieds qui font le travail de partir, et les bois vont nuire à l’office que lui rendent ses pieds. Les bois vont gêner, vont créer des problèmes aux pieds. Pourquoi ? Parce que les jambes du cerf, les pieds veulent s’en aller tout comme le cerf, et les bois vont le gêner, parce qu’ils vont se prendre dans les branches. Et à la fin de la ligne 18, on a « de qui ces jours dépendent ». Les pieds, « les jours du cerf dépendent de ses pieds ». S’il ne peut pas s’échapper, il va se faire tuer par les chiens et par les chasseurs. Quand on dit que mes jours dépendent de quelque chose, « mes jours », ça veut dire ma vie. Donc, la vie du cerf dépend de ses pieds. Ce sont ses jambes, ce sont ses pieds qui vont l’aider à s’échapper, alors que les bois sur sa tête le ralentissent.

Lignes 19 et 20, « Il se dédit alors, et maudit les présents que le ciel lui fait tous les ans. » Là aussi, je vous ai pris les deux lignes en même temps parce que c’est la même phrase. « Il se dédit alors. » Se dédire, ça veut dire revenir sur ce qu’on a dit, revenir sur ce qu’on pensait et penser autre chose. Pourquoi il pense ça maintenant ? Pourquoi il pense différemment ? Parce que juste avant, il se regardait dans l’eau et il trouvait que ses bois, que son visage, sa tête étaient très beaux, et que ses pieds, ses jambes étaient très moches. Sauf qu’au moment où il faut qu’il parte, parce que le chien arrive, eh bien là, les jambes et les pieds lui servent énormément alors que ses bois le gênent. Donc il se dédit. Il revient sur ce qu’il pensait. Et la suite de la ligne 19, c’est « maudit les présents ». Maudir, ça veut dire détester en fait. On va faire ça simplement. Il déteste quoi ? Les présents. Les présents, c’est les cadeaux. Et ligne 20, « que le ciel lui fait tous les ans ». Le ciel, ici, on parle de la nature, ou alors on parle de Dieu suivant ce que chacun croit. Et pourquoi le ciel lui fait tous les ans ? Parce que les bois du cerf poussent chaque année. Lui qui pensait que c’était un cadeau de la nature, quelque chose de magnifique, au moment où il doit partir vite, eh bien il déteste ces cadeaux, il déteste le présent que le ciel lui fait tous les ans. Il déteste ces bois qui poussent chaque année et qui l’empêchent de s’enfuir.

Là, l’histoire est finie et après on parle de la morale de la fable. La morale générale, c’est quoi ? C’est la ligne 21. « Nous faisons cas du beau, nous méprisons l’utile. » « Faire cas de quelque chose », au début de la ligne, c’est une ancienne formule pour dire que nous apprécions. Quoi ? Le beau. Ici dans la fable, c’est le cerf qui apprécie ses bois. Mais bien sûr, cette fable, elle est pour les humains. Et les humains font la même chose. Les humains valorisent chez eux ce qui est beau et rejettent ce qui est utile. Je vais vous donner un exemple simple — imaginez un homme, ou une femme d’ailleurs, qui a de très beaux cheveux, mais il a les yeux qui se regardent. On dit qu’il a un strabisme. Donc, il trouve ses cheveux très beaux et il trouve que ses yeux sont très moches. Sauf que, dans la vie, les cheveux, ça ne sert pas à grand-chose. Même s’ils sont beaux, c’est pas très utile. Sauf que les yeux, ça, c’est très utile. Imaginez si vous étiez aveugle, si vous ne pouviez plus voir, comment votre vie serait. Eh bien là, la ligne 21, c’est ça. « Nous faisons cas du beau, nous méprisons l’utile. »

Ligne 22, « Et le beau souvent nous détruit. » Bon là, dans la fable évidemment, les bois du cerf vont l’empêcher de partir, vont l’empêcher de s’enfuir et vont peut-être causer sa perte. Mais si on veut transposer ça à l’humain, on peut dire que le beau nous crée des problèmes. Ça ne nous tue pas forcément évidemment, mais ça va nous créer des problèmes, alors que l’utile sera toujours utile.

Et dans les lignes 23 et 24, on applique cette morale au cerf de l’histoire. Ligne 23, « Ce cerf blâme ses pieds qui le rendent agile. » Blâmer, ça veut dire mépriser, ne pas aimer. Le cerf méprise ses pieds qui pourtant le rendent agile. Agile, ça veut dire se déplacer rapidement. Donc le cerf n’aime pas, il méprise ses pieds, alors que ce sont ses pieds qui lui permettent de s’enfuir et de se déplacer avec vitesse.

Ligne 24, « Il estime un bois qui lui nuit. » Estimer, c’est aimer, c’est porter de l’estime à quelque chose. Les bois, je vous ai dit, ce sont les rameaux qu’il a sur la tête. Et là à la fin, on a encore le verbe nuire qui veut dire créer des problèmes. Je vous donne un exemple. Si je vous dis « je vais te nuire », ça veut dire je vais te créer des problèmes. Là encore, c’est du langage plutôt soutenu.

Donc on nous dit quoi dans ces deux dernières lignes ? Le cerf méprise ses pieds alors que c’est ça qui lui permet de se déplacer, et il aime ses bois alors que ce sont ces bois qui lui créent des problèmes et qui l’empêchent de s’enfuir. Et c’est évidemment pareil chez les hommes — comme je vous disais tout à l’heure, on valorise ce qui est beau, ce qui est magnifique, et on rejette, on met de côté ce qui est utile, alors qu’on devrait faire l’inverse.

Et surtout dans notre société actuelle. On est dans une société de consommation, dans une société où tout le monde doit être parfait, tout le monde doit être magnifique. On trouve toujours des hommes magnifiques dans les journaux, des mannequins femmes sublimes dans les magazines. Mais c’est pas ça la réalité. On devrait mettre en avant, on devrait rendre honneur aux personnes qui sont utiles et pas aux personnes qui sont belles. Mais bon, ça, c’est un autre sujet de société. Je ne vais pas régler les problèmes du monde aujourd’hui. Moi, je voulais juste vous expliquer cette petite fable, mais qui est toujours, comme je vous le disais, d’actualité. La morale de cette fable, « nous faisons cas du beau, nous méprisons l’utile », elle est toujours actuelle aujourd’hui et c’est ça qui est super dans les fables de La Fontaine.

Alors, on est maintenant arrivé à la fin de l’étude. Je vais vous relire la fable à vitesse normale, comme si je la lisais au théâtre à des Français, et ensuite je vous lirai une version simplifiée, une version plus facile que vous allez comprendre, et surtout, j’espère, grâce à mes explications, vous allez encore mieux la comprendre. On y va !

Le Cerf se voyant dans l’eau, par Jean de La Fontaine.

Dans le cristal d’une fontaine, Un cerf se mirait autrefois, Louait la beauté de son bois, Et ne pouvait qu’avec peine Souffrir ses jambes de fuseaux, Dont il voyait l’objet se perdre dans les eaux. « Quelle proportion de mes pieds à ma tête ! » Disait-il en voyant son ombre avec douleur. Des taillis les plus hauts, mon front atteint le faîte. Mes pieds ne me font point d’honneur. Tout en parlant de la sorte, Un limier le fait partir. Il tâche à se garantir ; Dans les forêts, il s’emporte. Son bois, dommageable ornement, L’arrêtant à chaque moment, Nuit à l’office que lui rendent Ses pieds, de qui ses jours dépendent. Il se dédit alors, et maudit les présents Que le ciel lui fait tous les ans. Nous faisons cas du beau, nous méprisons l’utile, Et le beau souvent nous détruit. Ce cerf blâme ses pieds qui le rendent agile, Il estime un bois qui lui nuit.

Et maintenant, je vous lis la fable beaucoup plus simple que je vous ai créée. Le Cerf se voyant dans l’eau, par Adrien.

Un cerf se regardant dans l’eau était fier de ses bois et souffrait de voir ses jambes très fines. « Quelle proportion de mes pieds à ma tête ? » disait le cerf en se voyant dans l’eau. « Je suis très fier de mes bois, alors que mes pieds sont moches. » Pendant qu’il parlait, un chien de chasse le fait partir. Le cerf cherche donc à se mettre à l’abri. Il fuit dans la forêt. Ses bois, malheureusement, se prennent dans les branches et le ralentissent, alors que c’est grâce à ses pieds qu’il pourrait s’échapper. Il revient sur ses paroles et ne veut plus de ses bois qui poussent tout le temps. Les hommes valorisent le beau et rejettent l’utile, alors que souvent le beau nous crée des problèmes. Le cerf méprise ses pieds qui lui permettent de se déplacer rapidement et aime ses bois qui lui créent des ennuis.

Et voilà ! J’ai fini de vous expliquer la fable, j’ai fini de vous lire la fable du jour, j’espère que ça vous a intéressé. En tout cas moi, j’adore. Et j’aime beaucoup vous les expliquer. Donc c’est top ! Si vous avez des questions, des remarques, n’importe quoi, n’hésitez pas à me laisser un petit commentaire sur YouTube. On se retrouve demain lundi, nouvelle semaine, pour une nouvelle expression française, qui est « être à l’arrache ». Ça, c’est une expression bien récente et je continuerai à vous parler de l’histoire de France. Je crois qu’on s’est arrêté à peu près à l’an 1000 avec la fin du règne des Carolingiens. Donc on repartira de là. Merci beaucoup de m’avoir écouté. À bientôt. Bye bye, hasta luego. Matane !


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