« Y’a baleine sous caillou » et l’histoire de France 11/14

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Bonjour à toutes, bonjour à tous. Aujourd’hui, on est jeudi, c’est le 19 mars, et on continue avec l’histoire de France. Je pensais que j’allais faire 4 ou 5 podcasts, mais en fait pas du tout — ça prend beaucoup de temps. C’est très long. Et encore, je ne vous raconte pas tout. Je ne vous explique pas toute l’histoire de France — d’abord parce que j’en serais incapable, et ensuite parce que ça prendrait énormément de temps. Je pourrais faire un podcast uniquement consacré à l’histoire de France et faire des centaines et des centaines d’épisodes. Mais ce n’est pas le but. On avance petit à petit et on est aujourd’hui au XVIIIe siècle.

Hier, je vous ai expliqué le règne de Louis XIV, comment se comportait la France, comment vivaient les Français à cette époque. Et aujourd’hui, on arrive sous Louis XV. La France est dans un état assez compliqué parce qu’il n’y a toujours pas d’argent dans les caisses de l’État — à cause de quoi ? À cause des guerres, encore et toujours. Et le règne de Louis XV va voir passer une guerre qui va durer 7 ans et qui va s’étendre sur beaucoup de continents du globe. On pourrait appeler ça une première guerre mondiale en fait, parce que ça s’est passé en Amérique, dans les Indes, en Afrique — contre l’Angleterre, contre l’Espagne, contre la Prusse qui était, comment vous dire ça, une partie de l’Allemagne actuelle. Et la France va subir beaucoup de défaites. Les colonies françaises vont être données à nos ennemis. Les colonies, ce sont les pays, les territoires qu’on avait conquis aux XVIe et XVIIe siècles. Par exemple, le Canada, c’était français. La Louisiane, dans les États-Unis actuels, c’était français. C’est d’ailleurs pour ça que là-bas, il y a toujours une culture française — ma sœur, qui est prof de physique-chimie, a d’ailleurs été en Louisiane en tant qu’expatriée pour y enseigner. Qu’est-ce qu’il y avait d’autres comme colonies ? L’Ohio aux États-Unis, c’était aussi français, pas mal d’îles dans l’Atlantique, le Sénégal, et toute une partie des Indes — donc de l’Asie du Sud-Est — qui était à la France. Eh bien, toutes ces colonies vont être perdues, données à nos ennemis suite aux défaites pendant cette guerre, et il ne va nous rester que — entre guillemets — les territoires qu’on a encore aujourd’hui. Les Antilles, la Guadeloupe, la Martinique — ce sont des îles dans l’Atlantique, c’est français. Donc il reste quand même des territoires un peu partout dans le monde qui sont français, mais plus beaucoup.

Et à la fin de cette guerre, on a donc la Prusse — je vous rappelle, c’est l’Allemagne actuelle, le nord-est de l’Allemagne — qui devient une des premières puissances militaires d’Europe, et l’Angleterre qui a gagné beaucoup de colonies et qui devient un empire colonial encore plus important.

Donc, revenons à la France qui n’a plus d’argent à cause des guerres. À cause des guerres, oui, c’est sûr — mais pas seulement. Il y a aussi le roi Louis XV qui donne des fêtes très luxueuses, qui organise des fêtes somptueuses, alors que les paysans français, les ouvriers, le peuple, sont dans la misère. C’est la galère d’un côté pour les ouvriers, pour les petites gens — et les nobles et le roi font la fête avec beaucoup d’argent. Et ça, ça va créer un sentiment d’injustice énorme qui va aboutir, avec d’autres choses, à la Révolution française. À cette époque-là, on n’est pas très loin de la Révolution française — ça va arriver dans quelques dizaines d’années.

Qu’est-ce qui se passe aussi au XVIIIe siècle en France, et d’ailleurs en Europe ? C’est le siècle qu’on appelle des « Lumières. » Les Lumières, c’est un mode de pensée, une façon de voir le monde qui va placer l’homme — qui va placer la raison humaine — au centre de tout. Avant, qu’est-ce que les hommes plaçaient au centre ? C’était Dieu, la religion, le roi. Eh bien, les philosophes des Lumières vont considérer que l’homme peut tout expliquer, tout comprendre, tout améliorer. Donc ils vont s’opposer à l’Église, aux croyances, aux superstitions, au roi. Et c’est ça aussi — cette façon de penser, cette façon de voir le monde — qui va amener à la Révolution française. Pourquoi ? Parce que les philosophes des Lumières veulent l’égalité entre les hommes. Ils veulent la séparation des pouvoirs. Ils veulent que ce ne soit plus le roi qui ait tous les pouvoirs. Ils veulent que les hommes se cultivent, qu’ils apprennent, qu’ils aillent à l’école. D’ailleurs, si on regarde la France aujourd’hui — on est à peu près 250 ans après — on peut dire que ces philosophes des Lumières sont arrivés à ce qu’ils voulaient. Il y a encore des inégalités, il y a encore des problèmes, mais les hommes sont plutôt égaux et surtout, on peut croire ce qu’on veut. On peut croire en Dieu, on peut croire en Bouddha, on peut croire en Allah. On est libre de croire en la religion qu’on veut et de la pratiquer — tant qu’on respecte les lois de la République. Et ces philosophes des Lumières voulaient aussi que les hommes se cultivent, qu’ils apprennent pour élever leur pensée. En France et dans le monde entier, on apprend aux enfants à réfléchir, à penser par eux-mêmes, à raisonner, à compter — pour avoir leur propre vision de la vie — au lieu de les faire travailler dès l’enfance dans les champs ou ailleurs.

Donc ces philosophes des Lumières ont insufflé aux Français, ont insufflé en France, en Europe, un vent de liberté, un vent de raison — parce qu’ils voulaient mettre la raison humaine au centre de tout. Et cette philosophie des Lumières va aboutir à deux choses importantes. La première se passe en Amérique — ça va donner en 1776 l’indépendance américaine. La Déclaration d’indépendance américaine, qui dit que les hommes naissent libres et égaux en droit, qui fait du peuple le souverain, le décideur, et qui veut la liberté de chacun — eh bien, elle s’inspire de cette philosophie des Lumières, de ce mouvement de pensée né en Europe avec des philosophes comme Voltaire, Rousseau, Montesquieu, Diderot — pour les Français — et Kant en Allemagne, je crois, et d’autres dont j’ai oublié les noms.

Bref, ce mouvement philosophique, plus l’état de dette énorme de la France, plus les guerres, vont amener en France à la Révolution française de 1789. Je vous ai posé là les bases de pourquoi les Français se sont révoltés. Ce n’est pas simplement parce qu’on est Français et qu’on gueule beaucoup — c’est un aboutissement de tout un tas de choses qui vont pousser le peuple à se rebeller. Mais je vous parlerai de tout ça demain.

Alors, maintenant on change complètement de sujet — vraiment rien à voir — et on va parler bien sûr, comme tous les jours, d’une nouvelle expression française. Cette expression, c’est « Il y a baleine sous cailloux. »

Ça veut dire quoi ? On dit ça quand quelque chose est suspect, quand il y a quelque chose de caché, quand on pense qu’on vous cache la vérité. Mais quand on dit « il y a baleine sous cailloux », c’est une expression assez rigolote, un peu marrante. On ne l’utiliserait pas pour parler de quelque chose de grave, de très important. Pendant la guerre, pendant la famine, quand il y a des gros problèmes de famille ou au travail — des choses vraiment importantes — on ne dit pas « il y a baleine sous cailloux. » On dit simplement « on nous cache quelque chose, il y a quelque chose de caché. »

Mais imaginez comme exemple que c’est bientôt votre anniversaire. Là, on est le 19 mars — disons que vous êtes né le 24 mars et que vous allez fêter vos 30 ans. Vous suspectez qu’on va vous organiser un anniversaire surprise. Vous n’êtes pas sûr, mais vous avez vu des indices qui montrent que peut-être, le 24 mars au soir, vous aurez une bonne surprise. Eh bien là, vous pourrez dire : « Je pense qu’il y a baleine sous cailloux pour mon anniversaire. » Vous suspectez que votre femme, votre mari, votre mère, votre père, votre ami — peu importe — va vous organiser une fête surprise à laquelle vous n’êtes pas censé être au courant. Vous avez vu passer un petit SMS, un mail, et vous pensez que vous allez avoir une surprise. Là, il y a baleine sous cailloux. C’est quelque chose de festif, de joyeux.

Mais d’abord, est-ce que vous comprenez les mots de l’expression ? Une baleine, c’est un animal qui vit dans la mer. C’est un mammifère marin énorme — avec le cachalot, c’est le plus gros des mammifères marins, le plus gros des animaux qui vit dans la mer. Et un caillou, c’est un petit rocher. C’est une pierre qu’on peut prendre dans la main. Un rocher, c’est trop gros — on ne peut pas le prendre dans la main. Un caillou, si.

Mais comment est-ce qu’on fait passer une baleine sous un caillou ? Comment cache-t-on une baleine sous un caillou ? Eh bien, c’est impossible. C’est une expression très imagée — pour dire que vous suspectez quelque chose, que vous voyez quelque chose qui va arriver, mais qu’on essaie de vous cacher, alors qu’on ne peut pas cacher une baleine sous un caillou. Votre anniversaire surprise, forcément, vous allez être au courant — parce qu’on n’aura pas pu vous le cacher, on n’aura pas pu garder le secret. C’est ça, « il y a baleine sous cailloux. »

D’ailleurs, vous voyez dans l’expression que « cailloux » se finit par « OU. » Au pluriel, est-ce qu’on met un S ou un X ? D’habitude, en français, au pluriel, on met un S. Mais il y a sept mots en français qui se finissent par « ou » et qui prennent un X au pluriel. Ces sept mots, je vais essayer de vous les citer de mémoire — alors : cailloux, choux, hiboux, poux, joujoux, bijoux… et genoux ! J’ai failli oublier. Donc il y a sept mots en français qui se finissent par « ou » et qui prennent un « x » au pluriel. Je ne sais pas si vous le saviez, mais maintenant, vous le savez.

Donc, « il y a baleine sous cailloux », c’est quelque chose qu’on essaie de cacher à une personne mais qui va être difficile à cacher. On peut aussi dire « il y a anguille sous roche » — je vous l’expliquerai dans quelques semaines ou quelques mois.

En anglais, ça se dit « fishy » — ça veut dire un peu louche, un peu suspect. Je pense qu’il y a une origine avec les poissons puisqu’il y a le mot « fish » dedans, mais j’avoue que je ne connais pas l’origine de ce mot en anglais, donc je ne vais rien vous dire de plus là-dessus.

Demain, on continue avec la Révolution française. Je vous parle d’une nouvelle expression : « Il y a de l’eau dans le gaz. » Et je vous parlerai de mon petit projet que je suis en train de mettre en place dans quelques jours. À bientôt ! Bye bye, hasta luego, ilalija, matane !


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