Le Chien qui lâche sa proie pour l’ombre : courte fable de Jean de La Fontaine (10 vers), inspirée d’une fable du Grec Ésope.
Morale : il faut savoir apprécier ce qu’on a et ne pas tout perdre en voulant toujours plus.
Particularité : ici la morale est au début (4 premiers vers), l’histoire vient ensuite (6 vers).
Niveau : B1 à C2.
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Bonjour à toutes, bonjour à tous. Je suis heureux de vous retrouver en ce mercredi 22 avril 2026. Aujourd’hui, comme vous avez pu l’entendre avec la musique, on va parler d’une fable de La Fontaine — une fable aujourd’hui qui n’est pas très longue. Elle ne fait que dix lignes, on a dedans quatre lignes de morale et six lignes de fable avec l’histoire concrète. Ça fait longtemps que je ne vous ai pas parlé d’une fable de La Fontaine, donc je suis assez content d’y revenir aujourd’hui.
Alors, cette fable de La Fontaine, elle s’appelle Le Chien qui lâche sa proie pour l’ombre. Je vais vous expliquer bien sûr les mots de la fable. Comme d’habitude, je vous lis la fable doucement, la fable originale de La Fontaine. Ensuite, je vous explique chaque ligne, les expressions, les mots, les verbes qui sont un peu difficiles, qui sont compliqués à comprendre. Je vous explique bien sûr la morale. À la fin, je vous relirai la fable à vitesse normale et ensuite une version plus simple, une version que j’ai créée pour vous pour que vous compreniez bien la fable.
Je vous répète, le titre c’est Le Chien qui lâche sa proie pour l’ombre. Vous pouvez retrouver cette fable bien sûr sur Internet. Vous pouvez retrouver la transcription intégrale de la fable et de ce que je dis sur mon Patreon — vous pouvez vous abonner, c’est un moyen de me soutenir, d’aider ce podcast, et vous aurez accès à des podcasts exclusifs et à toutes les transcriptions écrites de mes podcasts, et plus particulièrement des fables de La Fontaine.
Et maintenant, on commence. Ah non, pardon. Je commence d’abord à vous lire la fable en entier et ensuite, on fera ligne par ligne. Allez, on y va.
Le Chien qui lâche sa proie pour l’ombre, par Jean de La Fontaine.
Chacun se trompe ici-bas. On voit courir après l’ombre Tant de fous qu’on n’en sait pas, La plupart du temps, le nombre. Au chien dont parle Ésope, il faut les renvoyer. Ce chien, voyant sa proie en l’eau représentée, La quitta pour l’image, et pensa se noyer. La rivière devint tout d’un coup agitée. À toute peine, il regagna les bords, Et n’eut ni l’ombre ni le corps.
Et voilà, la fable est finie. Vous voyez, c’est très rapide, il n’y a que dix lignes, donc je vais vous expliquer tout ça.
Alors, on va parler bien sûr de la première ligne. « Chacun se trompe ici-bas. » Alors ici, on a plusieurs choses à expliquer. La première chose, c’est « chacun ». Chacun ici, ça veut dire chaque personne, la plupart des personnes, la plupart des gens. On peut donc parler de tout le monde, c’est une généralité. On nous dit « Chacun se trompe ici-bas. » Se tromper, c’est aller dans la mauvaise direction, c’est faire une erreur. Et « ici-bas », ça veut dire sur terre, dans la vie réelle. Quand on dit « ici-bas », ce sont des choses qu’on fait sur terre, contrairement peut-être au paradis ou à l’enfer. « Ici-bas », on parle du concret, on parle de la vie de tout le monde. Donc ici, dans la phrase « Chacun se trompe ici-bas », on nous dit « La plupart des gens se trompent, la plupart des gens sont dans l’erreur. » Et on va voir après qu’ils se trompent à propos de quoi, qu’ils sont dans l’erreur à quel sujet.
Ligne numéro 2, « On voit courir après l’ombre. » Alors ici, je vous explique ce que c’est une ombre, mais on va en fait mieux l’expliquer dans la suite de la fable. L’ombre, c’est quelque chose qui se projette grâce au soleil. Si vous vous tenez droit debout face au soleil, derrière vous, il y aura votre ombre. Si vous mettez n’importe quoi — un pot de fleurs sur une terrasse — au soleil, eh bien suivant la position du soleil, vous allez voir derrière ce pot de fleurs l’ombre.
Donc ici, la phrase nous dit « On voit courir après l’ombre » et lignes 3 et 4 : « Tant de fous qu’on n’en sait pas, la plupart du temps, le nombre. » Je vous ai dit les trois lignes en même temps parce que c’est une seule phrase. Je vous la dis en une fois : « On voit courir après l’ombre tant de fous qu’on n’en sait pas la plupart du temps le nombre. » Alors ici on parle de personnes qui courent après une ombre et on appelle ces personnes des fous. Eh bien oui, si vous êtes dos au soleil, vous allez voir votre ombre devant vous. Vous pouvez essayer de rattraper votre ombre en courant, mais plus vous allez courir, plus votre ombre va se déplacer, donc on ne peut jamais attraper son ombre. Donc les personnes qui essaient cela sont appelées des fous.
Mais en fait ici c’est une image. Les quatre premières lignes, ce sont les lignes qui constituent la morale. La morale dans cette fable, ce n’est pas d’essayer de courir après son ombre. La morale dans cette fable, c’est qu’il faut se contenter, il faut savoir apprécier ce qu’on a. L’image de courir après son ombre, c’est l’image de courir après quelque chose qu’on n’a pas, quelque chose qu’on voudrait peut-être pour être plus heureux. La morale de cette fable, c’est en fait de réussir à apprécier sa vie, à aimer sa vie, à être heureux, sans vouloir toujours plus, sans vouloir quelque chose d’autre. Donc entre l’image de nous et de l’ombre — en fait nous, c’est notre vie, c’est ce qu’on a, et l’ombre, c’est ce qu’on n’a pas, c’est ce qu’on voudrait. Donc La Fontaine nous dit ici que la plupart des gens sont dans l’erreur. Les personnes ne savent pas apprécier ce qu’elles ont et beaucoup de personnes veulent des choses qu’elles n’ont pas en pensant qu’elles vont arriver à être heureuses. Donc ça, c’est la morale. En gros, c’est qu’il faut savoir apprécier ce qu’on a. Il ne faut pas vouloir toujours plus. Et la morale dans cette fable, elle est au début. Ça arrive dans les fables de La Fontaine, mais c’est assez rare. D’habitude, la morale est à la fin. Ici, elle est au début.
Donc là je vous ai expliqué les quatre premières lignes de la fable. À partir de la ligne 5, l’histoire de la fable commence. Donc en fait l’histoire de la fable ne dure que six lignes — 5, 6, 7, 8, 9 et dixième ligne.
Alors, la ligne 5, c’est « Au chien dont parle Ésope, il faut les renvoyer. » Ésope, c’est un fabuliste, c’est un auteur grec dont La Fontaine s’est beaucoup inspiré pour ses fables. Donc en fait, ici, il parle d’Ésope, il lui rend hommage. Il dit que pour ces personnes dont on a parlé, pour ces personnes qui ne savent pas apprécier ce qu’elles ont, eh bien il faudrait les renvoyer, il faudrait les envoyer lire la fable du chien d’Ésope. Mais en fait cette fable, La Fontaine va nous l’expliquer, va nous la dire juste après. Donc il n’y a pas besoin d’aller chercher la fable d’Ésope — il suffit d’écouter le podcast aujourd’hui, vous allez comprendre.
Ligne 6, « Ce chien, voyant sa proie en l’eau représentée. » Donc ici on a un chien — c’est l’animal que vous voyez sur l’image du podcast — et il tient dans sa gueule une proie. Une proie, c’est un animal, quelque chose qu’il a réussi à attraper, donc qui est pour lui. Il tient dans sa gueule — pour un animal, on dit une gueule, pour l’humain, on dit la bouche. Donc le chien, il a quelque chose dans sa gueule et il voit dans l’eau de la rivière le reflet. Il voit l’image de cette chose, de cet animal. Je vous répète la ligne : « Ce chien, voyant sa proie en l’eau représentée. » « Voyant », c’est qu’il est en train de voir, et « en l’eau », c’est dans l’eau. Donc, le chien voit sa proie dans l’eau.
Ligne 7, « La quitta pour l’image, et pensa se noyer. » Le chien, il voit l’animal dans l’eau, l’image de l’animal dans l’eau, et donc il fait quoi ? Il lâche sa proie et il saute dans l’eau pour essayer d’attraper l’image de sa proie, pour essayer d’attraper un reflet, ce qui évidemment ne sert à rien. C’est pour ça qu’on nous dit après dans la ligne « et pensa se noyer ». « Pensa » ici, c’est le passé simple de penser, et là on a une forme intéressante — on a la forme « penser + infinitif ». Ça veut dire qu’on a failli faire quelque chose. On pensait faire cette chose mais on ne l’a pas faite. C’est faire presque quelque chose. Je vous donne un exemple : « Je pensais manger quand quelqu’un sonna à la porte. » J’allais commencer à manger quand on sonna à la porte. « Je pensais manger », c’est « penser » qui est conjugué, plus l’infinitif du verbe « manger ». On peut dire aussi un autre exemple — « Il pensa mourir dans un accident, mais il survécut. » « Il pensa mourir » — on a « penser » plus infinitif — la personne a cru qu’il allait mourir, il a failli mourir, il est presque mort, mais en fait il a survécu, il était encore vivant après l’accident.
Donc revenons à la fable et au chien. Le chien voit dans l’eau le reflet de sa proie, le reflet de l’animal, il lâche la proie, il saute dans l’eau et il a failli se noyer, car évidemment il est tombé la tête la première dans l’eau.
Ligne 8, « La rivière devint tout d’un coup agitée. » La rivière, c’est le cours d’eau dans lequel le chien a sauté. « Devint », c’est le verbe devenir au passé simple, et « agitée », c’est qui est remuée, qui a beaucoup de courant. Donc la rivière, qui était peut-être calme, devient agitée, s’agite. Et donc pour le chien, c’est difficile de nager et de rester la tête hors de l’eau.
Ligne 9, « À toute peine, il regagna les bords. » « À toute peine », ça veut dire avec de la peine, avec difficulté. La rivière est agitée, du coup le chien a du mal à nager, a du mal à revenir sur les bords. Mais il y arrive. On a encore ici du passé simple avec le verbe « regagner » — « il regagna les bords ». Et « regagner quelque chose », c’est « atteindre quelque chose ». Ce n’est pas « gagner une nouvelle fois » — « regagner », c’est « atteindre », c’est « arriver à un endroit ». Donc le chien, avec difficulté, arrive à remonter sur la terre, arrive à remonter sur le bord de la rivière.
Et ligne 10, c’est la conclusion. « Et n’eut ni l’ombre ni le corps. » Le chien arrive sur le bord de la rivière. Il n’a évidemment pas réussi à attraper l’image de la proie, à attraper l’ombre, à attraper le reflet. Et comme il avait lâché l’animal juste avant, eh bien il ne l’a plus. Donc, le chien n’a plus rien.
Ça, c’est la fin de l’histoire, c’est la fin de la fable. Au début, le chien avait une proie, avait de quoi manger. Et à la fin, il n’a plus rien parce qu’il a voulu avoir plus, parce qu’il a voulu obtenir peut-être une deuxième proie — l’image de la proie — et bien il n’a plus rien. Il n’a pas apprécié ce qu’il avait, il n’a pas réussi à être heureux avec sa proie, il a voulu plus et au final il n’a rien.
Est-ce que vous voyez le lien entre l’image du chien et la morale du début ? Je vous rappelle, la morale c’était qu’il faut se contenter de peu, il faut savoir apprécier ce qu’on a. Si on veut transposer cette fable dans le monde actuel, on pourrait parler des influenceurs. Les influenceurs — pas tous bien sûr, mais une partie — vont plutôt perdre leurs amis, peut-être se détacher de leur famille pour une quête de « likes », une quête de vues, alors que ce n’est pas ça le plus important. Les influenceurs cherchent à avoir le plus de vues possible, le plus de likes possible, peut-être au détriment des choses importantes de leur vie. Ils vont vouloir toujours plus, toujours plus de likes, toujours plus de vues sur leurs posts, alors que peut-être ce qui est important, eh bien ce sont leurs amis réels, leurs amis de la vraie vie.
Est-ce que c’est un peu plus clair pour vous la fable ? Je vais vous la relire un peu plus rapidement, donc comme si je la lisais à des Français. Et après, je vais vous lire la fable que j’ai réécrite, la version plus facile à comprendre.
On y va pour la version originale à vitesse normale. Le Chien qui lâche sa proie pour l’ombre, par Jean de La Fontaine.
Chacun se trompe ici-bas. On voit courir après l’ombre Tant de fous qu’on n’en sait pas, La plupart du temps, le nombre. Au chien dont parle Ésope, il faut les renvoyer. Ce chien, voyant sa proie en l’eau représentée, La quitta pour l’image, et pensa se noyer. La rivière devint tout d’un coup agitée. À toute peine, il regagna les bords, Et n’eut ni l’ombre ni le corps.
Et voilà, ça c’est la fin de la fable. Vous voyez, c’est très rapide. Et je vais vous lire maintenant, doucement, la version que j’ai réécrite. Le Chien qui lâche sa proie pour l’ombre, réécrite par moi.
La plupart des gens sont dans l’erreur. Il y a tellement de personnes qui ne savent pas apprécier ce qu’elles ont qu’on n’en connaît même pas le nombre. Ces personnes devraient lire la fable du chien d’Ésope. Ce chien, voyant dans l’eau l’image de sa proie, lâcha sa proie pour attraper l’image et faillit se noyer. La rivière s’agita. Avec difficulté, il remonta sur terre, sans l’ombre et sans la proie.
Et voilà, j’ai fini de vous expliquer cette courte fable de La Fontaine. J’espère que vous avez apprécié. Je vous invite à me laisser sur YouTube un petit commentaire pour ceux qui m’écoutent sur YouTube. Vous pouvez, je vous ai dit, retrouver la transcription écrite sur mon Patreon. Et dans un mois, sur mon site internet francaisfacileadrien.com — je vous invite d’ailleurs à aller le visiter, il y a pas mal de choses.
On se retrouve donc dimanche pour un nouveau podcast. À bientôt ! Bye bye, hasta luego. Matane !
Questions fréquentes sur cette fable
De quoi parle la fable « Le Chien qui lâche sa proie pour l’ombre » ?
Un chien tient une proie dans sa gueule. En traversant une rivière, il voit le reflet de sa proie dans l’eau et croit qu’il s’agit d’une seconde proie. Il lâche celle qu’il a pour essayer d’attraper le reflet — et finit par perdre les deux, manquant même de se noyer. La fable illustre le danger de vouloir toujours plus au lieu d’apprécier ce qu’on a.
Quelle est la morale de cette fable ?
Il faut savoir apprécier ce qu’on a et ne pas vouloir toujours plus. La plupart des gens courent après quelque chose qu’ils n’ont pas en pensant que cela les rendra plus heureux, sans réaliser qu’ils risquent ainsi de tout perdre. Particularité : dans cette fable, La Fontaine place la morale au début (les 4 premiers vers), ce qui est rare chez lui — d’habitude, la morale conclut la fable.
D’où s’est inspiré La Fontaine pour cette fable ?
Comme pour beaucoup de ses fables, Jean de La Fontaine s’est inspiré d’Ésope, un fabuliste grec de l’Antiquité (VIᵉ siècle avant J.-C.). Dans le texte, La Fontaine cite directement son modèle au vers 5 : « Au chien dont parle Ésope, il faut les renvoyer. » Ésope est considéré comme le père de la fable occidentale.
Quelles applications modernes peut-on faire de cette fable ?
On peut transposer cette morale dans la vie contemporaine, par exemple avec les influenceurs sur les réseaux sociaux : à force de courir après les likes et les vues, certains négligent leurs amis réels et leur famille — l’équivalent moderne du chien qui lâche sa proie pour son reflet. La fable parle aussi à toute personne qui, dans sa vie professionnelle ou personnelle, court après ce qu’elle n’a pas au lieu de profiter de ce qu’elle a.
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