Le cochon, la chèvre et le mouton : fable de Jean de La Fontaine mettant en scène trois animaux emmenés à la foire. Le cochon, qui sait qu’il va mourir, crie de terreur. La chèvre et le mouton, ignorant leur sort, restent silencieux.
Morale : quand le malheur est certain, ni les cris ni la peur ne changent le destin. Celui qui en sait le moins est finalement le plus serein.
Thèmes : la fatalité, l’ignorance protectrice, la lucidité, la critique sociale.
Niveau : B1 à C2.
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Bonjour à toutes, bonjour à tous, j’espère que ça va. Aujourd’hui, on est le mercredi 27 mai 2026.
Aujourd’hui, pas d’expression française, mais une fable de La Fontaine. Alors, j’avais dit que je vous expliquerais cette fable en deux podcasts, sauf que maintenant que je ne fais que deux podcasts par semaine, je pense que si je vous explique la fable aujourd’hui et dimanche, ça va être compliqué à suivre. Donc, je pense que je vais tout vous expliquer aujourd’hui. Alors, ça va être un podcast assez long parce qu’il y a quand même 33 lignes dans la fable. Elle est assez compliquée. Donc, vous pouvez évidemment tout écouter d’un coup si vous arrivez à comprendre une partie de ce que je dis. Mais vous pouvez bien sûr couper quand vous en avez marre et réécouter la suite demain ou après-demain.
Alors, cette fable, vous pouvez la retrouver bien sûr sur Internet, vous pouvez aussi la retrouver sur mon Patreon — vous pouvez vous abonner pour me soutenir — avec les explications, vous aurez toute la transcription écrite, et vous pourrez aussi la retrouver dans un mois sur mon site internet francaisfacileadrien.com. Donc, on va faire comme d’habitude : je vous lis la fable en entier doucement. Ensuite, je vous explique ligne par ligne, mot par mot, phrase par phrase, le sens, s’il y a des mots anciens, tout ce qui peut être un peu compliqué. Après, je vous la relirai à vitesse normale en entier. Et enfin, comme d’habitude, je vous lis une version simplifiée où j’ai utilisé des mots actuels. J’ai rendu la fable plus facile à comprendre pour que vous puissiez bien comprendre le sens. On y va ? Allez, c’est parti !
Le cochon, la chèvre et le mouton.
Une chèvre, un mouton avec un cochon gras,
Monté sur même char, s’en allait à la foire.
Leurs divertissements ne les y portaient pas.
On s’en allait les vendre, à ce que dit l’histoire.
Le charton n’avait pas dessein
de les mener voir Tabarin,
Don Pourceau criait en chemin,
Comme s’il avait eu cent bouchers à ses trousses.
C’était une clameur à rendre les gens sourds.
Les autres animaux, créatures plus douces,
Bonnes gens, s’étonnaient qu’il criât au secours.
Il ne voyait nul mal à craindre.
Le charton dit au porc : « Qu’as-tu tant à te plaindre ?
Tu nous étourdis tous. Que ne te tiens-tu coi ?
Ces deux personnes-ci, plus honnêtes que toi,
Devraient t’apprendre à vivre, ou du moins à te taire.
Regarde ce mouton ! A-t-il dit un seul mot ?
Il est sage. — Il est sot,
répartit le cochon. S’il savait son affaire,
Il crierait comme moi du haut de son gosier,
Et cette autre personne honnête
crierait tout du haut de sa tête.
Il pense qu’on les veut seulement décharger,
La chèvre de son lait, le mouton de sa laine.
Je ne sais pas s’ils ont raison,
Mais quant à moi qui ne suis bon
qu’à manger, Ma mort est certaine.
Adieu, mon toit et ma maison. »
Don Pourceau raisonnait en subtil personnage,
Mais que lui servait-il ?
Quand le mal est certain,
La plainte ni la peur ne changent le destin,
Et le moins prévoyant est toujours le plus sage.
Et voilà, j’ai fini de vous lire la fable. Si vous n’avez rien compris, c’est normal. Peut-être que vous avez quand même compris que ça parlait d’animaux — avec un cochon, une chèvre et un mouton, forcément, c’est le titre de la fable — et qu’on emmène ces animaux à la foire. Mais je vais vous expliquer tout ça.
On reprend donc avec la première ligne. Une chèvre, un mouton, avec un cochon gras. Alors, une chèvre, c’est un animal qui va produire du lait, du lait de chèvre. Un mouton, c’est l’animal qu’on va tondre pour récupérer la laine et faire des vêtements. Et un cochon, c’est un porc, c’est un animal qu’on élève — nous, les humains — pour le tuer et le manger. Ici, on nous dit qu’il y a trois animaux : une chèvre, un mouton et un gros cochon.
Ligne 2 : monté sur même char, s’en allait à la foire. « Monté » ici, ça veut dire que les animaux sont sur une charrette. Le char, c’est en fait une charrette. Ces trois animaux sont dans une charrette et on les emmène à la foire. La foire, ça peut être un lieu où on fait la fête — la fête foraine, c’est une sorte de foire. Pour les humains, c’est un lieu joyeux, un lieu festif. Mais c’est aussi un lieu où on va vendre des animaux. Ça s’appelle une foire aux animaux, une foire aux bestiaux — ça existe à la campagne — et dans ces foires, on y va pour acheter de la viande ou directement acheter des animaux. Donc nos trois animaux, chèvre, mouton et cochon, sont emmenés à une foire.
Ligne 3 : leurs divertissements ne les y portaient pas. Un divertissement, c’est quelque chose qui va divertir, qui va amuser. Eh bien ici, c’est le contraire. On emmène ces animaux non pas pour les amuser. On les emmène soit pour les vendre, soit pour leur prendre du lait ou de la laine, soit pour les tuer. Donc ces animaux — l’auteur nous le dit — on les emmène à la foire, mais pas pour qu’ils s’amusent.
Ligne 4 : on s’en allait les vendre, à ce que dit l’histoire. Donc ici, on nous confirme qu’on va vendre les animaux. Et après, on a « à ce que dit l’histoire » : ici, en fait, on a un détachement de La Fontaine — comme si c’était une histoire qu’on lui avait racontée, il ne fait que transmettre l’histoire, il se détache d’elle.
Ligne 5 : le charton n’avait pas dessein. Alors, le charton, c’est un très vieux mot — vous pouvez l’oublier, ce n’est même pas la peine de le retenir — ça veut dire le cocher, le conducteur de la charrette, c’est l’humain qui conduit la charrette pour emmener les animaux à la foire. Ici, la phrase c’est « le charton n’avait pas dessein ». Si vous regardez bien l’orthographe de dessein, ça s’écrit différemment du mot dessin — d-e-s-s-i-n — ce n’est pas quelque chose que vous allez dessiner. Un dessein, c’est un but, un objectif. Avoir un dessein, c’est avoir un objectif, avoir un but. Donc, je vous redis la phrase : le charton n’avait pas dessein, c’est-à-dire que le conducteur de la charrette n’avait pas pour but — ligne 6 — de les mener voir Tabarin. Alors, Tabarin, c’est un comique de l’époque de La Fontaine, quelqu’un qui faisait du spectacle. Donc, si on reprend la phrase entière : le conducteur de la charrette n’avait pas pour but de les emmener au spectacle. C’était quoi, son but ? Eh bien, c’était de vendre les animaux, bien sûr. Donc les animaux vont à la foire, mais pas pour s’amuser.
Ligne 7 : Don Pourceau criait en chemin. Le don ici — D-O-N — c’est une marque de respect, une marque de noblesse, comme on parle de Don Juan, de Don Quichotte. Et donc, La Fontaine utilise le don comme s’il accordait une marque de noblesse au cochon. Pourceau, ça veut dire cochon, ça veut dire porc. C’est en fait de l’ironie, c’est quelque chose d’humoristique. Donc, je vous reprends la ligne 7 : Don Pourceau criait en chemin, ça veut dire que le cochon criait. Ça va, vous suivez toujours ? Je vous ai pas perdu ? Allez, on continue.
Ligne 8 : comme s’il avait eu cent bouchers à ses trousses. Donc là, c’est une seule et même phrase entre la ligne 7 et la ligne 8. Le cochon criait comme s’il avait eu cent bouchers à ses trousses. Un boucher, c’est quoi ? C’est quelqu’un qui va découper, qui va mettre en morceaux le cochon pour le vendre. Eh bien ici, on nous dit cent bouchers — le chiffre cent, le nombre cent. Et à la fin de la phrase, on a « à ses trousses ». Avoir quelqu’un à ses trousses, c’est avoir quelqu’un qui nous poursuit, c’est être poursuivi par quelqu’un. Donc ici, le cochon crie comme s’il y avait des bouchers qui le poursuivaient, comme s’il était pourchassé par des bouchers qui veulent le tuer, qui veulent sa mort.
Ligne 9 : c’était une clameur à rendre les gens sourds. Une clameur ici, c’est un cri. Le cri du cochon est tellement fort — le cochon a tellement peur de mourir — qu’il peut rendre les gens sourds avec son cri. Il y a parfois des bruits, des sons qui sont tellement puissants, tellement forts, que les gens vont devenir sourds. En fait, le cochon criait de terreur, criait de peur.
Ligne 10 : les autres animaux, créatures plus douces. Là, il n’y a pas de grande difficulté. Les autres animaux, ce sont donc le mouton et la chèvre qui sont dans la charrette avec lui. Et on nous dit « créatures plus douces » — les créatures, ce sont les animaux — et doux, c’est le contraire de dur, de violent. Donc le cochon — pardon — il a peur, il crie, et le mouton et la chèvre sont plus tranquilles. On nous le dit d’ailleurs à la ligne d’après.
Ligne 11 : bonnes gens s’étonnaient qu’il criât au secours. Là, dans cette ligne, j’ai deux choses à vous expliquer. La première, c’est « bonnes gens ». Ça veut dire « de braves gens », « des personnes gentilles ». Mais ici, il y a un côté un peu ironique, un peu moqueur : ils sont trop gentils, ils ne s’aperçoivent pas qu’ils vont être emmenés à la foire pour être vendus, ou pire, pour être tués. Donc bonnes gens, ici, c’est un petit mot moqueur de La Fontaine pour les gens du peuple, pour les personnes du peuple qui ne disent rien, qui ne se révoltent pas contre leurs conditions difficiles. Et la deuxième chose que je voulais vous dire, c’est sur la conjugaison des deux verbes. C’est pour ça que c’est bien d’avoir les lignes sous les yeux pendant que vous écoutez le podcast, si c’est possible, parce que vous pouvez suivre en lisant ce que je vous dis. Donc je vous relis la ligne et je vous explique les conjugaisons. C’est la ligne 11 : bonnes gens s’étonnaient qu’il criât au secours. Le premier verbe, c’est le verbe s’étonner, conjugué à l’imparfait. Et ensuite on a qu’il criât au secours. Cette partie de la phrase, si on veut faire un peu de grammaire, c’est la proposition subordonnée, parce qu’il y a un pronom relatif — que ou plutôt qu’ suivi d’une apostrophe. Et en français, quand on a une proposition principale avec une proposition subordonnée, on va avoir une concordance des temps entre le temps de la principale et le temps de la subordonnée. Ici, le temps de la principale, c’est l’imparfait. Donc dans la subordonnée, comme le fait très bien ici La Fontaine, on doit mettre l’imparfait du subjonctif. Et donc ici, le verbe criât — c-r-i-â-t, avec un accent circonflexe — c’est l’imparfait du subjonctif du verbe crier. Je sais que c’est compliqué. Cette concordance des temps-là, on va la retrouver dans les livres, dans les fables de La Fontaine, mais vous pouvez dire en français aujourd’hui : bonnes gens s’étonnaient qu’il crie au secours — et on comprend très bien. Mais j’ai trouvé ça intéressant, comme j’avais l’exemple ici, de vous expliquer la concordance des temps, surtout avec un imparfait suivi d’un imparfait du subjonctif.
Ensuite, on passe à la ligne 12 : il ne voyait nul mal à craindre. Le il pluriel ici, c’est le mouton et la chèvre. Eux, ils ne voyaient pas le danger. Alors que le cochon crie, il a peur, il est terrorisé — le mouton et la chèvre, ils ne voient pas où est le problème.
Ligne 13 : le charton dit au porc : « Qu’as-tu tant à te plaindre ? » Le charton, je vous rappelle, c’est le conducteur de la charrette. Donc c’est l’homme qui parle au cochon, et il lui dit : Qu’as-tu tant à te plaindre ? Ça veut dire : pourquoi est-ce que tu cries comme ça ? Pourquoi cries-tu autant ? Le conducteur demande au cochon ce qui lui arrive. Et il continue, ligne 14, en disant : tu nous étourdis tous. Que ne te tiens-tu coi ? Alors là, c’est une formule ancienne qu’on ne dit plus aujourd’hui — et je me marre parce que c’est difficile à dire même pour moi : que ne te tiens-tu coi ? Il y a beaucoup de sons t. Se tenir coi, ça veut dire se tenir tranquille, être sage. Donc, le conducteur de la charrette dit au cochon : pourquoi tu ne restes pas tranquille ? Pourquoi tu cries comme ça ? Est-ce que tu peux rester calme ?
Ligne 15 : ces deux personnes-ci, plus honnêtes que toi. Là, il parle du mouton et de la chèvre en les appelant « personnes », et il dit au cochon que le mouton et la chèvre sont plus calmes que lui. Le conducteur trouve, évidemment, que la chèvre et le mouton qui ne disent rien sont plus calmes, plus tranquilles que le cochon. Dans la ligne 15, on a l’adjectif honnête qui est employé, mais ici c’est l’ancien sens de honnête qu’il faut comprendre — il faut comprendre calme, bien élevé.
Ligne 16 : devraient t’apprendre à vivre, ou du moins à te taire. Je vous donne la version complète avec la ligne 15 parce que c’est la même phrase : la chèvre et le mouton, plus calmes que toi, devraient t’apprendre à vivre, ou du moins à te taire. Ici, le conducteur — l’humain — dit au cochon que la chèvre et le mouton devraient lui apprendre à mieux se tenir, à se tenir comme quelqu’un d’éduqué. On a, comme toujours avec La Fontaine, une transposition de ce que sont les animaux vers ce que sont les humains. La Fontaine humanise toujours les animaux pour nous faire passer des messages. Ici, quel est le message qu’il veut faire passer ? En fait, La Fontaine critique la société. Il critique les normes sociales qui poussent à bien se tenir, la bienséance, le fait de bien se comporter même face au danger, même face à la mort. Et La Fontaine dénonce cela, il ne trouve pas ça normal. Donc la chèvre et le mouton, eux, ne disent rien. Ce sont les honnêtes gens, c’est le peuple qui ne dit rien face à son malheur. Alors que le cochon, lui, c’est celui qui crie, celui qui alerte, celui qui veut faire la révolution pour éviter la mort, parce qu’il sait qu’il va mourir s’il reste dans cette condition.
Allez, on continue, on reprend son souffle, on boit un peu d’eau et on continue la fable.
Ligne 17 : regarde ce mouton ! A-t-il dit un seul mot ? Là, c’est toujours le conducteur qui parle au cochon, et il lui dit : prends exemple sur le mouton. Le mouton ne dit rien.
Ligne 18 : là, on a d’abord le conducteur qui parle et qui dit il est sage, et ensuite le cochon qui répond il est sot — ça veut dire il est bête. Donc le conducteur considère que le mouton est sage, calme et tranquille, mais le cochon dit qu’il est bête. Il est bête parce qu’il ne dit rien alors qu’il va peut-être mourir.
Ligne 19 : répartit le cochon — là, on comprend bien que c’est le cochon qui parle. S’il savait son affaire, ligne 20, il crierait comme moi du haut de son gosier. Reprenons les deux lignes ensemble. S’il savait son affaire, ça veut dire : si le mouton savait ce qui va lui arriver, s’il savait qu’il allait mourir. Et donc le cochon dit : il crierait comme moi, il crierait le plus possible du haut de son gosier — le gosier, c’est la gorge des animaux.
Ligne 21 : c’est toujours le cochon qui parle, qui répond au conducteur. Et cette autre personne honnête — il parle de la chèvre, de l’autre animal — et il emploie aussi l’adjectif honnête pour dire brave, calme, comme les honnêtes gens. Donc, et cette autre personne honnête, ligne 22, crierait tout du haut de sa tête. Le cochon dit : et la chèvre aussi, si elle savait ce qui allait se passer, elle crierait comme moi, elle aurait peur, elle serait terrorisée.
Ligne 23 : toujours le cochon qui parle. Il pense qu’on les veut seulement décharger. Ici, je vais vous retranscrire la phrase en français moderne : il pense qu’on veut seulement les alléger. Le cochon dit que la chèvre et le mouton pensent qu’on veut uniquement enlever leur laine, prendre leur lait, que c’est tout ce qui va leur arriver. D’ailleurs, on nous le dit juste après, ligne 24 : la chèvre de son lait, le mouton de sa laine. Le cochon, lui, connaît la réalité, il sait ce qui va se passer, alors que la chèvre et le mouton n’en savent rien — c’est pour ça qu’ils sont calmes.
Ligne 25 : toujours le cochon qui parle. Je ne sais pas s’ils ont raison. Ici, La Fontaine installe un doute en nous. Le cochon aussi a un doute. On ne sait pas ce qui va arriver à ces animaux, parce que la chèvre produit du lait — donc elle peut rester vivante — et le mouton produit de la laine — donc il peut aussi rester vivant. Mais le cochon le dit juste après, ligne 26 : mais quant à moi qui ne suis bon — ligne 27 — qu’à manger, ma mort est certaine. Le cochon est lucide : il sait très bien qu’il ne fait pas de lait, il sait très bien qu’il ne fait pas de laine, et donc il sait qu’on va l’amener pour sa viande, pour le tuer, pour le manger.
Ligne 28, dernière phrase du cochon : adieu, mon toit et ma maison. Ici, on a un côté un peu attendrissant qui est fait pour nous émouvoir face à la mort du cochon. Le cochon dit adieu à là où il habitait — et là où vivent les cochons, ça s’appelle une étable.
On continue avec la ligne 29 — il nous reste cinq lignes, on a bientôt fini. Don Pourceau raisonnait en subtil personnage. Ici, on reprend le terme de Don Pourceau, c’est le cochon. Raisonner, ça veut dire réfléchir. Et subtil, c’est quelqu’un de malin, quelqu’un de fin. Donc là, ce n’est plus le cochon qui parle, c’est le narrateur, c’est l’auteur, c’est La Fontaine qui nous dit qu’en fait le cochon avait bien cerné son destin, avait bien compris ce qui allait lui arriver.
Et ligne 30 : mais que lui servait-il ? Ça veut dire : mais à quoi cela lui a-t-il servi ? À quoi ça lui a servi d’avoir peur, de crier, puisque sa mort était certaine ?
Là, l’histoire est finie, et les trois lignes d’après, c’est la morale. Je vais vous la dire d’une traite et après je vous explique :
Quand le mal est certain, La plainte ni la peur ne changent le destin, Et le moins prévoyant est toujours le plus sage.
Je vous explique la morale. La Fontaine nous dit : quand le mal est certain — certain, ça veut dire sûr, c’est quelque chose qui va arriver forcément. Donc, quand le mal est sûr, ni les cris, ni la peur ne peuvent changer cela, ne changent le destin. Quand vous savez que vous allez mourir, vous pouvez crier, vous pouvez pleurer, ça ne va rien changer. Et le moins prévoyant est toujours le plus sage — celui qui en sait le moins est finalement le plus serein, le plus calme, le plus tranquille.
Alors, pourquoi cette morale dans cette fable ? Qu’est-ce que veut nous dire La Fontaine ? C’est intéressant ici parce que c’est une morale différente d’habitude. On nous dit que l’ignorance va protéger. Le fait de ne pas savoir va éviter de la souffrance. On ne nous dit pas que c’est bien d’être ignorant, que c’est bien d’être bête — c’est pas ça. On nous dit que d’être lucide, de savoir ce qui va arriver mais sans pouvoir agir, c’est une torture, c’est encore plus dur que si on ne savait pas. En fait, dans cette fable, La Fontaine nous invite à réfléchir, à méditer sur la fatalité — sur le fait de savoir ce qui va se passer et de faire quand même face à cette fatalité — et sur la différence qui existe entre savoir ce qui va se passer et pouvoir faire quelque chose. Dans cette fable, le cochon a raison depuis le début. Il va être tué, mais il a beau crier, il a beau pleurer, ça ne sert à rien puisqu’il ne peut pas agir.
Est-ce que c’est clair pour vous ? J’espère que vous comprenez un petit peu. J’espère que je n’ai pas parlé pour rien. J’espère qu’il y a encore au moins une personne qui m’écoute, qui va m’écouter jusqu’au bout.
Allez, maintenant je vais vous relire la fable en entier, comme si je la lisais en français, donc un peu plus rapide. Et après, je vous lirai une version simplifiée, une version que j’ai créée qui est plus facile à comprendre.
Le cochon, la chèvre et le mouton, par Jean de La Fontaine.
Une chèvre, un mouton avec un cochon gras, Monté sur même char, s’en allait à la foire. Leur divertissement ne les y portait pas. On s’en allait les vendre, à ce que dit l’histoire. Le charton n’avait pas dessein de les mener voir Tabarin, Don Pourceau criait en chemin, Comme s’il avait eu cent bouchers à ses trousses. C’était une clameur à rendre les gens sourds. Les autres animaux, créatures plus douces, Bonnes gens, s’étonnaient qu’il criât au secours. Il ne voyait nul mal à craindre. Le charton dit au porc : « Qu’as-tu tant à te plaindre ? Tu nous étourdis tous. Que ne te tiens-tu coi ? Ces deux personnes-ci, plus honnêtes que toi, Devraient t’apprendre à vivre, ou du moins à te taire. Regarde ce mouton ! A-t-il dit un seul mot ? Il est sage. — Il est sot, répartit le cochon. S’il savait son affaire, Il crierait comme moi du haut de son gosier. Et cette autre personne honnête crierait tout du haut de sa tête. Il pense qu’on les veut seulement décharger, La chèvre de son lait, le mouton de sa laine. Je ne sais pas s’ils ont raison, Mais quant à moi qui ne suis bon qu’à manger, Ma mort est certaine. Adieu, mon toit et ma maison. » Don Pourceau raisonnait en subtil personnage, Mais que lui servait-il ? Quand le mal est certain, La plainte ni la peur ne changent le destin, Et le moins prévoyant est toujours le plus sage.
Et maintenant, on arrive bientôt au bout. Je vous lis ma version de la fable, plus facile à comprendre, pour que vous puissiez bien saisir le sens.
Le cochon, la chèvre et le mouton, par Adrien.
Une chèvre, un mouton et un gros cochon étaient emmenés à la foire dans une charrette. Ce n’est pas pour s’amuser qu’ils y allaient. L’histoire dit qu’on y allait pour les vendre. Le conducteur de la charrette n’allait pas les emmener au spectacle. Le cochon criait comme s’il était poursuivi par des bouchers. C’était un cri de terreur. Les autres animaux, créatures plus douces, s’étonnaient du cri du cochon. Ils ne voyaient pas le danger. Le conducteur dit au cochon : « Pourquoi cries-tu comme ça ? Tu vas nous rendre fous. Pourquoi ne restes-tu pas tranquille ? La chèvre et le mouton, plus calmes que toi, devraient t’apprendre à bien te tenir, ou au moins à te taire. Prends exemple sur le mouton. Il ne dit rien, lui. Il est sage. — Il est bête, répondit le cochon. S’il savait ce qui va lui arriver, il crierait le plus possible. Et si la chèvre savait, elle aussi, elle crierait comme moi. Il pense qu’on veut seulement les alléger, la chèvre de son lait, le mouton de sa laine. Je ne sais pas s’ils ont raison. Mais moi, je ne suis bon qu’à être mangé. Adieu, mon toit et ma maison. » Le cochon avait bien cerné son destin, mais à quoi cela lui a-t-il servi ? Quand le mal est sûr, ni les cris, ni la peur ne changent le destin. Et celui qui en sait le moins est finalement le plus serein.
Et voilà, on est arrivé au bout de cette fable, de cette analyse de fable de La Fontaine. J’espère qu’il y a, comme je vous disais tout à l’heure, encore au moins une seule personne avec moi. Si j’ai emmené une personne jusqu’au bout, c’est top ! Si j’en ai emmené plusieurs, c’est encore mieux !
On se retrouve donc demain pour un nouveau conte du Japon, dispo sur mon podcast Spotify, etc. et sur ma chaîne YouTube. Après-demain, un nouveau chapitre de Voyage au centre de la Terre qui va sortir sur ma chaîne YouTube, et dimanche, nouveau podcast avec une autre expression française. Merci beaucoup à vous de m’avoir écouté jusqu’au bout. Je vous souhaite de passer une bonne journée et on se retrouve bientôt. Bye bye, hasta luego ! El aleja ! Matane !
Questions fréquentes sur cette fable et cet épisode
Quelle est la morale de la fable Le cochon, la chèvre et le mouton ?
La morale est : « Quand le mal est certain, la plainte ni la peur ne changent le destin, et le moins prévoyant est toujours le plus sage. » La Fontaine nous dit que face à une fatalité inévitable, l’ignorance protège de la souffrance. Celui qui ne sait pas ce qui l’attend est plus serein que celui qui le sait sans pouvoir rien y changer.
Pourquoi le cochon crie-t-il dans la fable ?
Le cochon sait qu’on l’emmène à la foire pour le tuer et le manger. Contrairement à la chèvre (qui produit du lait) et au mouton (qui produit de la laine), il n’a aucune utilité autre que d’être mangé. Il crie de terreur car il a compris son destin, alors que les deux autres animaux l’ignorent.
Que représentent les animaux dans cette fable ?
La Fontaine humanise les animaux pour critiquer la société. Le cochon représente celui qui voit la réalité et se révolte. La chèvre et le mouton représentent les « bonnes gens », le peuple qui se tait et accepte sa condition sans se battre. La Fontaine critique cette résignation tout en soulignant l’impuissance de la révolte face à la fatalité.
Qu’est-ce que le mot « charton » dans la fable ?
Le charton est un mot ancien qui désigne le conducteur d’une charrette — c’est-à-dire l’humain qui emmène les animaux à la foire. Ce mot est complètement désuet aujourd’hui, on dirait simplement « le conducteur » ou « le cocher ».
Qu’est-ce que l’imparfait du subjonctif ? Exemple avec « criât »
Dans la fable, on lit : « bonnes gens s’étonnaient qu’il criât au secours ». Le verbe criât est l’imparfait du subjonctif du verbe crier. En français littéraire, quand la proposition principale est à l’imparfait, la subordonnée doit être à l’imparfait du subjonctif. En français moderne parlé, on dirait simplement : « ils s’étonnaient qu’il crie ».
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